ActualitésAnimaux sauvagesNeuf loups braconnés dans les Hautes-Alpes : One Voice sera au procès en janvier 2027 

One Voice31 juillet 20265 min

Un charnier pour les appâter, des armes à feu, des photographies d’animaux morts : l’Office français de la biodiversité a annoncé le 28 juillet le démantèlement d’un réseau de braconnage dans les Hautes-Alpes. Neuf loups y ont été tués. Trois personnes seront jugées en janvier 2027 et One Voice est partie prenante de la procédure. Dix jours après la mort de Pomme, une semaine après l’adoption de la loi d’urgence agricole, notre association le dit sans détour : ce massacre est le produit d’un climat de haine que l’État entretient. 

Tout part d’un signalement, en avril 2025, dans le nord du département. Près d’un an de surveillance plus tard, les perquisitions menées par l’OFB et la gendarmerie mettent au jour un charnier d’animaux, vraisemblablement destiné à appâter les loups, de nombreuses armes à feu et le cadavre d’un loup. Les téléphones saisis contiennent des photographies d’animaux morts. Le 28 juillet, les perquisitions simultanées se soldent par trois gardes à vue et six auditions libres : neuf loups tués illégalement, trois personnes placées sous contrôle judiciaire sous l’autorité du parquet de Gap, une audience correctionnelle en janvier 2027 pour destruction et complicité de destruction d’espèce protégée. 

One Voice est partie prenante de la procédure.  Neuf loups dans un seul département. Et pendant ce temps, 85 autres ont été tués légalement en France depuis janvier, sur un plafond national de 227 – pour une population estimée à 1 082 individus -, très loin du seuil de viabilité que les scientifiques situent a minima entre 2 500 et 5 000. Il n’y a pas, d’un côté, des braconniers et, de l’autre, une politique publique : il y a la même curée, dont une part est punie et l’autre financée. 

Le 16 juillet, Pomme était abattue à La Bréole, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Les données de son collier GPS démontrent qu’elle n’était pas responsable du dommage invoqué pour justifier le tir : elle chassait des animaux sauvages et n’avait attaqué aucun troupeau. Le président des Jeunes agriculteurs du département a pourtant affirmé dans la presse qu’elle avait été tuée en flagrant délit. Elle n’avait rien fait. On l’a tuée quand même, et on a menti ensuite. 

Partout, c’est le même renversement. Dans le Morbihan, l’OFB dit seulement, pour les moutons tués autour de Ploërmel, que l’hypothèse d’un loup « n’est pas exclue » : sur ce seul mot, on réclame déjà une mort, alors que la prédation attribuée aux loups en Bretagne recule nettement cette année. En Alsace, deux mâles seulement ont été identifiés à Kiffis ; la fédération des chasseurs du Haut-Rhin laisse entendre qu’ils sont plus nombreux et leur impute l’effondrement du gibier, sur ses propres estimations. Deux loups accusés d’avoir vidé les forêts : voilà le niveau du débat. 

Sur le plateau de Millevaches, deux louveteaux viennent de naître : Girole et Truffe. Là aussi les attaques reculent – cinq, pour onze animaux, en six mois. Cela n’a rien changé : un documentaire de l’association Carduelis y a été déprogrammé deux fois en quinze mois, dans un lycée de Corrèze puis dans une salle municipale de la Creuse, jusqu’à ce que le tribunal administratif de Limoges donne tort au maire. On ne veut pas seulement tuer les loups. On veut faire taire ceux qui les défendent. 

Le 21 juillet, le Parlement a définitivement adopté la loi d’urgence agricole. Son article 14 répute les troupeaux bovins, équins et ainsi « non protégeables », remplace l’autorisation préalable de tir de défense par une simple déclaration et autorise les tirs jusque dans les réserves naturelles. Pas une ligne sur la protection des troupeaux. Quand l’État organise lui-même la mise à mort et supprime tout contrôle, de quel droit s’étonne-t-il que d’autres se servent la nuit ? 

Car le système marche à l’envers. Un éleveur est indemnisé dès lors que la responsabilité du loup « n’est pas écartée » – et ce sont ces mêmes constats qui servent ensuite à justifier les tirs. En Corrèze, sur 87 constats réalisés en 2025, 50 ont conclu que la responsabilité du loup n’était « pas écartée » – jamais qu’elle était établie – et 7 dossiers de cause indéterminée ont pourtant été proposés à l’indemnisation « au vu du contexte local de prédation ». Les chiens, eux, tuent des brebis depuis toujours : mais une brebis tuée par un chien n’ouvre aucun droit. Alors on montre le loup du doigt, et c’est lui qui paie de sa vie

One Voice demande que cette logique soit inversée. Que l’argent public aille à ce qui protège réellement les troupeaux – clôtures, chiens de protection, bergers, regroupement nocturne – et que l’indemnisation soit conditionnée à la mise en œuvre effective de ces mesures, sans dérogation ni exception. Que tuer cesse d’être la réponse la plus simple et la mieux remboursée. Les loups ne demandent rien d’autre qu’on les laisse vivre : cohabiter est possible partout où l’on s’en donne les moyens, et c’est un choix politique, pas une fatalité. 

« On veut nous faire croire que les loups sont des monstres, et neuf d’entre eux ont été tués dans l’ombre par ceux qui hurlent le plus fort contre eux. Assez de mensonges : nous ne les croyons pas. Ce que nous voulons, c’est un pays qui accepte enfin de vivre avec eux. Que les politiques cessent d’être à la botte de syndicats qui ont fait de la biodiversité leur ennemie, et que les loups soient enfin laissés tranquilles », déclare Muriel Arnal, présidente de One Voice. 

L’association renouvelle son appel aux témoins : quiconque détient des informations sur des loups tués en France peut les lui transmettre. L’anonymat est garanti de façon totale et absolue. 

Photo d’illustration


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