En autorisant le zoo de Beauval (Loir-et-Cher) à créer un « centre d’études, de recherche scientifique et de sauvegarde pour dauphins », la préfecture vient de franchir une nouvelle étape vers l’ouverture d’un nouveau delphinarium en France. One Voice, qui dénonce de longue date ce projet de captivité maquillé en centre scientifique, refuse ce nouveau cap : reproduction programmée, bassins de béton, transferts à terme vers d’autres parcs et logique d’abord économique, au détriment du bien-être des dauphins.
Le projet n’est pas nouveau et One Voice le combat depuis des mois. Mais avec cette autorisation, il franchit un cap décisif : celui du feu vert administratif, que l’association entend bien contester. Ses avocates se sont immédiatement mises sur l’étude du dossier.
Beauval récupèrerait d’un côté les 11 dauphins de Planète Sauvage (Port-Saint-Père), dont le delphinarium est appelé à fermer. De l’autre, 8 des 12 dauphins de Marineland, déjà fermé au public. Selon la dernière annonce de Mathieu Lefèvre, ministre délégué à la transition écologique, les dauphins de Marineland seraient d’abord envoyés en Espagne ; huit d’entre eux reviendraient ensuite en France, à Beauval, une fois l’établissement prêt. Un aller-retour entre la France et l’Espagne, traumatisant pour ces animaux, pour aboutir… à un nouveau delphinarium.
Un label « recherche et sauvegarde » qui ne tient pas
On n’étudie pas des animaux sauvages en captivité, sinon pour mesurer sur eux les effets de cette captivité. Quant à la « sauvegarde », le grand dauphin (Tursiops truncatus) n’est pas une espèce en danger. L’UICN le classe en « préoccupation mineure ». Ce titre n’a qu’une fonction : satisfaire l’obligation d’un programme de recherche pour être autorisé à détenir des dauphins.
Le zoo adhérera au programme d’élevage européen (EEP) : autrement dit, il fera de la reproduction. Or la reproduction n’est nullement nécessaire au bien-être des dauphins, et aucune littérature scientifique sérieuse ne l’établit, comme le rappelle le Dr Pierre Gallego, vétérinaire et biologiste marin spécialiste des cétacés, dans son analyse du projet.
Les dimensions annoncées – de l’ordre de 10 000 m² de surface aquatique et 30 000 m³ d’eau de mer reconstituée – restent dérisoires pour des animaux qui parcourent librement 50 à 90 km par jour. Conscients d’eux-mêmes, dotés d’une signature vocale propre à chaque individu, les dauphins opèrent des choix en permanence : choisir leurs partenaires, éviter les conflits, plonger, chasser. Aucun bassin ne le permet, et le stress chronique qui en découle nuit gravement à leur santé.
Enfin, lors de la concertation, l’établissement a clairement envisagé des transferts de dauphins vers d’autres delphinariums, y compris chinois. A l’exact opposé des sanctuaires.
L’eau des bassins devra être traitée en continu. L’autorisation a pourtant été délivrée sans étude environnementale : on peut s’étonner qu’une telle décision soit prise sans évaluer l’impact d’un tel équipement sur le milieu.
La seule issue : de vrais sanctuaires marins
Le calcul est d’abord financier. En captivité, les dauphins se monnayent : spectacles renommés présentations pédagogiques, naissances, transferts d’un zoo à l’autre. Un sanctuaire, lui, ne rapporte rien – pas de représentations, pas de reproduction, pas de revente : un coût, sans retour commercial.
En validant Beauval, l’État épouse cette logique pécuniaire et fait passer la rentabilité d’une industrie avant le bien-être d’animaux dont il a la responsabilité. Réduits à de simples actifs à monnayer, les dauphins en font les frais. One Voice refuse de s’y plier.
« Il n’y a pas de sanctuaire magique », a déclaré le ministre. C’est faux. À Tarente, le San Paolo Dolphin Refuge, que One Voice a contribué à financer, devrait accueillir ses premiers dauphins dès cet été : la preuve qu’avec de la volonté politique, créer ce type de sanctuaire en Europe est réaliste. Construire un sanctuaire est d’ailleurs plus simple que d’ériger un delphinarium aussi beau soit-il pour les visiteurs… Encore faut-il le courage d’engager cette transition écologique que le ministère éponyme s’emploie méthodiquement à saborder.
« On nous a d’abord vendu un sanctuaire. Puis sont venues la reproduction, puis les exportations, jusqu’en Chine : les masques sont tombés. Étudier et “sauvegarder” en captivité des dauphins qui ne sont même pas une espèce en danger, c’est d’un cynisme absolu. Nous avons stoppé un delphinarium à Beauval en 2016 ; avec les scientifiques et nos partenaires partout en Europe, nous irons cette fois encore jusqu’au bout. » Muriel Arnal, présidente de One Voice.
One Voice combattra par tous les moyens la création de ce delphinarium. Si les dauphins devaient être ballottés vers l’Espagne, abandonnés à Valence ou enfermés dans un nouveau delphinarium à Beauval, les Françaises et les Français qui se sont mobilisés pour fermer les delphinariums verraient leur volonté bafouée. Un nouveau delphinarium en France serait une hérésie en 2026. L’association lance une campagne et invite toutes celles et ceux qui aiment les dauphins à se tenir prêts : les sanctuaires marins sont la seule issue acceptable – une issue crédible, à condition de courage politique.
Crédit photo : One Voice

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3 commentaires
Gaston F.
9 juin 2026 à 13h31
quelle différence entre un zoo où on paye pour venir voir les animaux et le “sanctuaire” de San Paolo où on paye pour venir voir les animaux en captivité??? (35€ pour visiter, billet en vente sur le site)
“sanctuaire”, c’est le mot magique pour ne pas dire zoo, mais le résultat est le même : des animaux en captivité, nourrit par des hommes et visitable en payant.
j’espère que ce sera pas une autre catastrophe du type zoo de pont Scorff.
Fiedler
9 juin 2026 à 10h34
Honte à la France pays de torture pour les animaux monstrueux continuons de nous battre contre ces injustices
MARQUIÉ
8 juin 2026 à 21h41
Si on pouvait tous se rassembler, les transporter dans un sanctuaire qu’on la mer appartient avant tout à eux. Nous ne devrions pas avoir de droits de vie sur leur sort