Jusqu’au 8 novembre, aux Orres (Hautes-Alpes), des renards peuvent être abattus de jour comme de nuit, repérés à la caméra thermique jusqu’aux abords des maisons. La préfecture invoque deux agneaux retrouvés morts dans un filet et un troisième disparu, pour accuser les renards. One Voice demande la suspension en urgence de ces battues. L’audience se tiendra lundi 26 octobre à 14 h devant le tribunal administratif de Marseille.
La nuit, dans une lunette thermique, un renard n’est plus qu’une tache de chaleur sur fond noir. Il ne voit pas le tireur, il ne sait pas qu’on le vise. C’est ce que l’arrêté préfectoral du 6 octobre autorise aux Orres pendant un mois, y compris à proximité immédiate des habitations, là où l’on ne chasse pas d’ordinaire.
Rôder près d’une carcasse ne fait pas du renard un coupable
Pour justifier les tirs, la préfecture s’appuie sur des fèces et des photographies attestant la présence de renards aux alentours. Rien d’étonnant : le renard est charognard. Là où un animal meurt, il vient se nourrir, et en consommant les carcasses il contribue au bon fonctionnement des écosystèmes, en nettoyant les milieux naturels et en limitant la propagation de maladies. Sa présence prouve qu’il se comporte en renard, pas qu’il a tué. Le renard n’est pas un prédateur habituel des agneaux, et à cette période de l’année, ceux-ci ont grandi : une prédation est particulièrement improbable.
Une mesure d’exception transformée en chasse ordinaire
Une battue administrative n’est pas une partie de chasse. La loi ne l’autorise que si elle est nécessaire, et elle doit rester strictement limitée dans le temps et dans l’espace. Ici la préfecture autorise un mois de tirs, de jour comme de nuit, sur la foi d’indices qui ne démontrent rien. Quand bien même les renards auraient été responsables de dommages, répondre par des coups de fusil n’est pas nécessaire, des mesures alternatives existent.
« On ne condamne pas un animal parce qu’il était là. Les renards débarrassent la montagne des cadavres, et c’est pour cela qu’on les accuse de les avoir causés. Les traquer la nuit à la caméra thermique, sans preuve, au pied des maisons, c’est une chasse déguisée en mesure d’urgence. Les renards sont accusés de tous les maux, parce que les chasseurs n’en veulent pas dans la nature, toutes les occasions de les persécuter sont bonnes », déclare Muriel Arnal, présidente de One Voice
Représentée par Me Nicolas Yahyaoui, One Voice demandera au juge la suspension immédiate de l’arrêté et le rappel d’une exigence simple : une battue administrative reste une exception, qui doit reposer sur des faits établis et sur un examen réel des solutions non létales. Les renards des Orres n’ont pas à payer de leur vie une mort que rien ne leur impute.

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