En adoptant un article 14 largement durci au cours des débats, les députés ont ouvert la voie à un affaiblissement sans précédent de la protection des loups en France. Pour One Voice, ce vote constitue une attaque majeure contre une espèce protégée et vulnérable. Le texte doit encore être examiné par le Sénat, et notre association continue à se mobiliser pour empêcher qu’une politique d’éradication ne devienne la réponse officielle de l’État à un problème dont les causes sont bien plus profondes.
En adoptant l’article 14 du projet de loi pour la protection et la souveraineté agricoles, l’Assemblée nationale a franchi un cap sans précédent dans sa volonté de faire disparaître les loups en France.
Présenté par le gouvernement comme une recherche d’équilibre entre les intérêts des éleveurs et la préservation de la biodiversité, l’article 14 ouvre en réalité la voie à un régime dérogatoire spécifiquement conçu contre les loups, à l’opposé de celui applicable aux autres espèces protégées.
Alors qu’il devait initialement se limiter à donner une base légale à des dispositions que nous contestions déjà, le texte a été considérablement durci au cours des débats parlementaires. Plusieurs amendements particulièrement préoccupants ont été adoptés, parmi lesquels :
- l’autorisation de tirs de défense sans déclaration préalable dans certains cas de « légitime défense » ;
- la possibilité de tuer des loups au sein même des parcs nationaux et des réserves naturelles ;
- l’autorisation de tirs sur les troupeaux bovins et équins au motif contesté qu’ils seraient « non protégeables » ;
- l’utilisation de lunettes thermiques par des détenteurs du permis de chasse ayant reçu une formation spécifique.
Plus inquiétant encore, aucune disposition du texte n’évoque les mesures de protection des troupeaux. À aucun moment la loi ne mentionne l’accompagnement des éleveurs ou le développement des moyens de prévention. Toutes les références aux mesures de gestion concernent exclusivement les dispositifs de tirs et de “destruction”.
Faire des loups des boucs émissaires ne résoudra pas la crise agricole
Pour One Voice, ce texte illustre l’abandon progressif des loups par les pouvoirs publics. Face à une crise agricole profonde et multifactorielle, le gouvernement et une large majorité de députés ont choisi de les désigner comme responsables, plutôt que de s’attaquer aux causes structurelles des difficultés rencontrées par le monde agricole.
Pourtant, les connaissances scientifiques disponibles permettent de conclure à l’inefficacité des tirs pour réduire durablement les attaques sur les troupeaux. En revanche, ces massacres contribuent directement à fragiliser une population lupine qui demeure très éloignée du seuil de viabilité estimé entre 2 500 et 5 000 individus. La population française est aujourd’hui évaluée à un peu plus de 1 000 loups.
L’association rappelle également que les troupeaux bovins et équins ne sont pas officiellement reconnus comme « non protégeables » et que plusieurs rapports publics ont remis en cause la pertinence technique de cette notion.
« Aucun gouvernement n’est allé aussi loin dans sa volonté de faire disparaître une espèce indispensable à la nature et à la biodiversité. Alors que les loups jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes et bénéficient d’un logique statut de protection, les politiques choisissent de ramper devant des lobbys qui ne cherchent que leurs petits profits à court-terme en s’essuyant les pieds sur le patrimoine de nos enfants et sur l’opinion de la vaste majorité des Français qui aiment les loups et veulent les voir vivre en paix dans nos paysages. » Muriel Arnal, présidente de One Voice.
Le vote de l’Assemblée nationale ne constitue qu’une première étape du processus législatif. Le texte doit désormais être examiné par le Sénat dans les prochaines semaines avant l’adoption définitive attendue à l’été.

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