Par un arrêté publié au Journal officiel le 14 juillet, les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique élargissent l’effarouchement dit « renforcé » des ours bruns dans les Pyrénées : les tirs à effet sonore pourront désormais être réalisés par les éleveurs, les bergers et les gestionnaires d’estives eux-mêmes, et non plus seulement par les agents de l’Office français de la biodiversité (OFB). One Voice dépose ce mercredi 15 juillet un recours devant le Conseil d’État.
Des « effarouchements renforcés », ce sont des tirs de cartouches à double détonation tirées au fusil — dirigés sur les ours pour les terroriser et les faire fuir. Ces opérations se déroulent de nuit et peuvent se répéter plusieurs nuits de suite sur une même estive. Imaginons ces ours : dans le noir, des déflagrations qui claquent, une fuite affolée à travers la montagne.
Jusqu’à présent, seuls des agents de l’OFB, formés et encadrés, pouvaient procéder à ces tirs de nuit destinés à faire fuir les ours à l’approche des troupeaux. Avec ce nouvel arrêté, les éleveurs, les membres de groupements pastoraux, les gestionnaires d’estives, les bergers et les lieutenants de louveterie (chasseurs) pourront tirer eux-mêmes, munis d’un simple permis de chasser et après une formation assurée par l’OFB. Le texte les autorise aussi à faire usage de bombes au poivre (lacrymogènes) contre les ours jugés « menaçants ».
Pour One Voice, cet élargissement de l’effarouchement franchit une ligne rouge. Des tirs effectués de nuit, en montagne, par des personnes directement intéressées à la persécution des ours, avec un simple compte rendu à transmettre dans les 72 heures : les garde-fous s’amenuisent autour d’une espèce protégée, dont la conservation est une obligation légale.
Ces tirs sont loin d’être anodins. Ils peuvent perturber les femelles accompagnées de leurs petits et particulièrement sensibles au dérangement, avec un risque de stress, de fuite désordonnée ou de séparation accidentelle. Le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) a lui-même signalé le risque de dommages auditifs causés aux ours par ces tirs. Surtout, aucun protocole scientifique clair n’a permis d’établir l’efficacité de l’effarouchement à long terme, quand les études disponibles convergent vers les techniques d’élevage adaptées — clôtures électriques, présence humaine, mesures de protection des troupeaux — comme solutions les plus efficaces.
« Quel cynisme de publier discrètement ce texte un jour férié, en pleine canicule, au milieu des incendies, de la part d’un ministère dont la mission serait de protéger ce qu’il reste de biodiversité et de nature s’il n’était pas devenu le vassal de l’agriculture intensive… Il ne reste plus que nos voix, notre vigilance et la robe des avocats pour protéger la nature et les animaux face aux armes », déclare Muriel Arnal, présidente de One Voice.
One Voice dépose ce mercredi 15 juillet 2026 un recours devant le Conseil d’État pour obtenir l’annulation de cet arrêté. Pour One Voice, une seule voie est viable et doit être pleinement mise en œuvre : la cohabitation, qui passe par une meilleure sensibilisation du grand public et une réelle volonté de protéger ce qu’il reste de nature dans les Pyrénées.

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