ActualitésPolitique & AnimauxLe Sénat approuve l’aggravation climatique en votant le projet de loi d’urgence agricole

L214 Ethique & Animaux3 juillet 20265 min

Ce matin, le Sénat a définitivement adopté le projet de loi d’urgence agricole. En votant ce texte, les sénateurs ont choisi d’appuyer sur la pédale d’accélération du système de l’intensification agricole, et en particulier du modèle d’élevage intensif, qui nous conduit droit dans le mur.

Le passage du projet de loi d’urgence agricole au Sénat a suscité d’importantes polémiques. La réintroduction de l’acétamipride par le co-rapporteur du texte et très médiatisé Laurent Duplomb, ainsi que la redéfinition des zones humides votée mercredi, n’ont pas manqué de marquer une régression des normes environnementales.

Cette doctrine s’est aussi exprimée à travers le soutien des rapporteurs à l’article 17 du projet de loi. Cet article prévoit de retirer complètement les élevages du régime des installations classées pour l’environnement (ICPE) et de laisser carte blanche au gouvernement pour légiférer par ordonnance à leur sujet. Le ministre délégué à la Transition écologique lui-même a alerté sur le risque de dérégulation totale que représente cet article, en particulier via l’exclusion des élevages bovins. Il a reconnu ce jeudi soir en séance au Sénat que si le texte était adopté en l’état, « demain il n’y aurait plus de prescriptions sur les élevages bovins ». Les Sénateurs ont pourtant rejeté l’amendement visant à corriger cette situation.

Le but affiché de cet article : faciliter l’installation et l’agrandissement d’élevage intensifs de grandes tailles, et notamment de 2 200 nouveaux poulaillers intensifs d’ici 2035. Après une adoption du projet de loi par les députés le 2 juin, les sénateurs affirment à leur tour leur soutien à l’élevage intensif à l’heure même où la mortalité observée dans les élevages en raison de la canicule témoigne de l’insoutenabilité de ce modèle.

Pendant les débats au Sénat, la ministre Annie Genevard est allée jusqu’à présenter l’article 17 comme une mesure favorable au bien-être animal, affirmant que faciliter la rénovation des bâtiments d’élevage constituerait un progrès pour les animaux. Or, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) identifie pas moins de 17 conséquences graves sur le bien-être des poulets dans les systèmes intensifs, et des chercheurs de l’INRAE et du CNRS ont établi que « améliorer le bien-être des animaux dans les systèmes intensifs n’est pas possible ».

Sous prétexte de simplifier les projets d’installation et d’extension des éleveurs pour entasser toujours plus d’animaux dans des élevages, les sénateurs affirment œuvrer pour la souveraineté alimentaire de la France. Enfoncer le modèle agricole dans l’intensification est pourtant une course perdue d’avance : l’élevage repose lui-même sur la dépendance aux importations d’intrants, notamment le soja utilisé pour l’alimentation des animaux élevés. Lors des débats, le rapporteur Laurent Duplomb a fustigé la « montée en gamme » comme l’une des causes du déficit de la balance commerciale agricole française, citant la consommation d’œufs de poules hors cage. Il a qualifié d’« hypocrites » ceux qui s’opposent à ce modèle. Mais l’hypocrisie est ailleurs : on ne peut pas diaboliser l’élevage des autres pays tout en affaiblissant ses propres normes pour tenter de les concurrencer. C’est cette politique qui crée de la défiance chez les consommateurs.

En plus de ne pas répondre aux défis que pose la souveraineté alimentaire, le modèle de l’élevage intensif aggrave d’autres problèmes pour le moins urgents. Alors que la France a déjà traversé deux canicules précoces et d’une intensité sans précédent, les sénateurs choisissent délibérément de faciliter ce modèle qui contribue à la crise climatique. L’élevage est en effet responsable de 70 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole en Europe. C’est un cercle vicieux que les débats au Sénat n’ont pas permis d’adresser : l’élevage contribue au réchauffement climatique, qui menace les capacités productives agricoles et tuent par millions les animaux dans des hangars surchauffés.

Pour Marie Waniowski, chargée des campagnes politiques nationales de L214 : « Nous avons tous vu ces images terribles d’animaux qui suffoquent dans les bâtiments agricoles au mois de juin. Les morts se comptent par millions à travers le pays. Mais aux yeux des sénateurs, ces images ne témoignent en rien de l’insoutenabilité du modèle de l’élevage intensif. Leur vote ne nous conduit pas dans une impasse, il nous entraîne dans un précipice. La véritable urgence agricole est de réduire le nombre d’animaux tués pour la consommation alimentaire. C’est la seule option viable pour les animaux, la santé des citoyens mais aussi l’activité des éleveurs, asphyxiés économiquement par le modèle intensif. »

Crédit photo : L214


L214 Ethique & Animaux
Site Web |  Autres articles

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.