ConsommationActualitésNouvelle enquête L214 dans un élevage de poulets vitrine Le Gaulois en Mayenne (53)

L214 Ethique & Animaux18 novembre 202111 min

L214 porte plainte et demande au leader du poulet de s’engager contre les pires pratiques d’élevage

L214 dévoile ce jeudi 18 novembre une nouvelle enquête filmée dans un immense complexe d’élevage à Saint-Saturnin-du-Limet (Mayenne). Il s’agit du plus grand élevage de poulets de France (à notre connaissance) : plus de 2 millions de poulets y sont élevés chaque année dans 8 bâtiments.

Les images montrent des animaux en piteux état, d’autres atteints de stéréotypie (gestes répétitifs dus à l’ennui ou un dysfonctionnement cérébral), d’autres encore mourants. Un poulet, une patte à l’équerre, peine à atteindre le système d’abreuvement. Des cadavres sont au milieu des poulets vivants.

On y voit également un « canon à poulets » : une machine qui aspire les poulets d’un côté et les expulse de l’autre à grande vitesse dans les caisses de transport pour partir à l’abattoir.

Sur le site de l’élevage, le bac d’équarrissage – poubelle dans laquelle sont placés les cadavres d’oiseaux morts en élevage – déborde de vers qui empêchent presque de distinguer les corps des poulets. Ceci montre un défaut d’enlèvement des cadavres.

Au vu de l’état sanitaire et des manquements de cet élevage à la réglementation, L214 porte plainte et demande au groupe LDC de s’engager fermement contre les pires pratiques d’élevage et d’abattage, et pour du plein air pour les poulets.

Un élevage vitrine de la marque Le Gaulois…

… Mais sans fenêtres. Sur son site internet, Le Gaulois met pourtant en avant cet éleveur sous son label Oui c’est bon!
L’éleveur affirme qu’il « aime [s]’occuper de [ses] animaux, les voir grandir, voir qu’ils sont bien dans le poulailler ». Et rassure le consommateur en disant « Achetez en toute confiance Le Gaulois, une marque de qualité française ! »
Sur le complexe de l’élevage, seulement 4 des 8 bâtiments semblent disposer de fenêtres. Les autres n’offrent aucune lumière naturelle aux oiseaux.

La démarche Oui c’est bon! prétend garantir aux consommateurs « des élevages propres et rangés », « un respect du bien-être animal ». Le Gaulois encourage par cette démarche la « présence de pierres à picorer ou de ballots de paille », la « diffusion de musique ou de radio pour que les volailles soient calmes », et garantit de la « lumière naturelle pour que les poulets et les dindes grandissent à la lumière du jour ». Des mesures largement insuffisantes puisqu’elles ignorent notamment une pratique source de souffrance majeure pour les animaux : l’utilisation d’une souche de poulets à croissance ultrarapide.

Par ailleurs, ce bâtiment d’élevage ne dispose même pas de fenêtres, les oiseaux n’ont donc pas accès à la lumière naturelle.

Les éleveurs Oui c'est bon!
Capture d’écran du site internet Le Gaulois

→ Voir la page de l’élevage sur le site Le Gaulois

→ Voir la version sauvegardée (2 novembre 2021) de la page de l’élevage sur le site Le Gaulois

→ Voir une photo aérienne prise par drone

L214 porte plainte pour mauvais traitements

L’EARL du Limet utilise une souche de poulets à croissance rapide, ce qui est constitutif en soi de mauvais traitements. En effet, les caractéristiques génétiques des poulets de race Ross 308 induisent de façon inévitable des problèmes de santé et de la souffrance pour les animaux. L’article 2 de l’arrêté du 25 octobre 1982 relatif à l’élevage, à la garde et à la détention des animaux l’interdit : « L’élevage, la garde ou la détention d’un animal, tel que défini à l’article 1er du présent arrêté, ne doit entraîner, en fonction de ses caractéristiques génotypiques ou phénotypiques, aucune souffrance évitable, ni aucun effet néfaste sur sa santé. »

Feuille de suivi de l’élevage indiquant la souche de poulets Ross 308
Feuille de suivi de l’élevage indiquant la souche de poulets Ross 308

L’association porte plainte pour mauvais traitement auprès du procureur de Laval contre l’EARL, l’exploitant, le vétérinaire, le technicien de l’élevage ainsi que le groupe LDC qui cautionne cette infraction.

Mobilisation et affichage à Sablé-sur-Sarthe, fief de LDC

Le 18 novembre, les bénévoles de L214 se rassembleront à Sablé-sur-Sarthe à 11 h pour distribuer des tracts aux passants et faire signer la pétition (qui compte à ce jour plus de 89 000 signatures) pour que le groupe LDC, dont le siège se situe à Sablé-sur-Sarthe, s’engage enfin contre le pire de l’élevage intensif des poulets.

→ Lire la pétition sur le site LDC.stopcruaute.com

Une délégation se rendra ensuite à 11 h 30 au siège social de LDC, rue Saint-Laurent, pour demander à rencontrer la direction et lui remettre la pétition.

Pour Brigitte Gothière, cofondatrice de l’association L214 : « Ces nouvelles images démontrent une fois de plus que le groupe LDC est complètement indifférent aux souffrances des animaux. Les conditions de vie et la méthode de ramassage des animaux sont désastreuses dans cet élevage qui fournit LDC. Pourtant, le groupe n’hésite pas à mettre en avant l’éleveur sur son site !

Alors que plus de 100 entreprises de l’agroalimentaire comme Carrefour, Leclerc, KFC, Domino’s Pizza, La Mie Câline, Paul, Elior, Sodexo, Fleury Michon ou encore Bonduelle se sont déjà engagées contre les pires pratiques de l’élevage intensif des poulets, l’absence d’engagement du leader de la production en France est injustifiable. »

L’EARL du Limet déjà mise en demeure par la préfecture en 2012

Cette véritable « usine à poulets » a déjà fait l’objet d’une mise en demeure de la préfecture de la Mayenne en 2012 pour dépassement du nombre de poulets autorisés, et pour non-respect des distances d’épandage vis-à-vis des points de prélèvement d’eau.

Sous le coup de cette mise en demeure, l’EARL du Limet s’est pourtant vu accorder une extension de son permis d’exploiter de 220 000 à 330 000 animaux équivalents “afin de permettre une mise en conformité de la situation administrative” (voir l’arrêté du 10 juillet 2014). Et en 2016, c’est l’autorisation d’augmenter à 360 000 animaux équivalents qui est autorisée sans enquête publique (voir l’arrêté du 8 août 2016).

À noter que cette exploitation apparaît en outre dans l’actualité locale en raison d’une violente querelle familiale, de détournement de fonds, de violence. (Voir cet article).

→ Lire l’article de presse du 19 juillet 2013 sur la mise en demeure

→ Lire l’article de presse du 6 juin 2013 sur les autorisations d’extension

Les poulets endurent les pires souffrances dans cet élevage

Dans l’élevage du Limet, on observe des animaux issus de la souche Ross 308, qui favorise une croissance extrêmement rapide. Un plan vidéo d’ensemble montre une véritable marrée de poulets. Le bâtiment en compte plus de 31 000 d’après un document de l’élevage. (Images brutes de plans larges à 1 min 18)

Les images montrent un poulet couché sur le dos, dans la litière, la poitrine complètement déplumée, les pattes écartées, incapable de se relever. Son cloaque est crotté de gris blanchâtre, signe possible d’une infection bactérienne (ex. : salmonelle)1. (Images brutes à 2 min 17)

Un poulet est assis sur son postérieur, les pattes en avant, signe possible d’une infection de la moelle épinière par une bactérie (Enterococcus cecorum) au niveau des vertèbres thoraciques2. Il tente de se relever, tombe en arrière et marche péniblement sur ses jarrets. Il agite les ailes pour essayer de s’appuyer au sol et s’aider à se relever. En vain. Sa poitrine et son plumage sont souillés de litière. Il présente d’importantes dermatites aux pattes, en raison d’une trop forte densité dans l’élevage et d’une litière de mauvaise qualité, souillée et humide par endroits. (Images brutes à 6 min 16)

Dans un autre plan, on voit un poulet à la patte déformée au niveau du tarse. Il parvient à grande peine à se déplacer en boitant. Il est maigre et beaucoup plus petit que les autres poulets. Il parvient à peine à atteindre l’abreuvoir en se jetant vers le haut avec sa patte valide. (Images brutes à 6 min 38)

Plus loin, un poulet malade maintient sa tête rétractée. Il a des gestes pénibles et saccadés. Il tourne maladroitement sur lui-même, atteint de stéréotypie (gestes répétitifs induits par l’ennui, le stress, ou une dysfonction cérébrale), et s’effondre sur la litière après dix tours. (Images brutes à 7 min 31)

Enfin, on observe plusieurs poulets morts. L’un d’entre eux est sur le dos, avec les ailes étendues, signe d’une mort subite causée par un symptôme cardiaque en raison d’une croissance trop rapide. Un autre cadavre présente une peau nue sur l’abdomen, brûlée par l’ammoniac de la litière. (Images brutes à 9 min 17)

Peu d’oiseaux pourraient résister à ces conditions plus de 35 jours, âge moyen auquel ceux qui ont survécu jusque là sont envoyés à l’abattoir.

1. « Cloaque crotté » in Signes de poulets, guide pratique de l’observation des poulets de chair, Roodbont Agricultural Publishers, 2016, p. 60.
2. « Boiterie » in Signes de poulets, guide pratique de l’observation des poulets de chair, Roodbont Agricultural Publishers, 2016, p. 93.

LDC déjà épinglé sur les poulets dans le passé

En 2018, L214 avait déjà diffusé des images d’un élevage Maître CoQ du groupe LDC servant de lieu de formation pour des étudiants en BTS Productions animales. Ces images montraient déjà les conditions de vie déplorables des poulets élevés pour la marque.

→ Voir l’enquête Maître CoQ de 2018

En mai 2021, L214 a lancé une campagne d’information publique pour demander au groupe LDC de s’engager à respecter les critères du European Chicken Commitment, soutenus par une trentaine d’associations européennes.

→ Lire le communiqué de presse de la campagne lancée en mai 2021 à destination du groupe LDC

En juillet 2021, l’actrice Julie Depardieu présentait les images d’une enquête de L214 dans un élevage Maître CoQ utilisant, comme à l’EARL du Limet, de la souche de poulet à croissance rapide Ross 308.

→ Voir l’enquête Maître CoQ de 2021

Races de poulets à croissance moins rapide, lumière naturelle et intensité lumineuse minimale, baisse des densités dans les élevages, enrichissement du milieu de vie, abandon de l’accrochage des poulets encore conscients à l’abattoir : les mesures du European Chicken Commitment (ECC) sont un strict minimum. L214 dénonce le refus du plus grand producteur français de prendre un engagement sur ces critères.

→ Voir les critères du European Chicken Commitment (ECC)

→ Voir la liste des entreprises engagées sur l’ECC

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