Ce jeudi 27 août, L214 publie une enquête exclusive sur les conditions de mise à mort des animaux à l’abattoir de Perpignan (La Catalane d’abattage) : un opérateur frappe des cochons à coups de poing, un autre enfonce son avant-bras dans l’incision de saignée d’un cochon encore conscient, des moutons sont balancés par la toison et par les pattes, des cochons et des moutons s’échappent des équipements de contention et courent dans l’abattoir, des vaches et des moutons sont découpés encore en vie…
L214 porte plainte pour actes de cruauté, sévices graves et mauvais traitements auprès du procureur de la République du tribunal judiciaire de Perpignan, et demande au préfet des Pyrénées-Orientales la fermeture immédiate de l’abattoir.
La veille de la publication de cette enquête, la préfecture des Pyrénées-Orientales a annoncé la mise à pied d’employés et une nouvelle inspection de l’abattoir de Perpignan, après avoir appris que nos images allaient être rendues publiques.
Pour Sébastien Arsac, cofondateur et porte-parole de L214 : « La préfecture n’a rien découvert ce jour-là. Elle a appris que nos images allaient devenir publiques et elle s’est empressée de communiquer avant leur diffusion. C’est de la communication politique, pas de la préoccupation pour les animaux. Ce qui se passe dans cet abattoir ne date pas de cette semaine, cela perdure depuis des mois voire des années. La responsabilité est entre les mains des services vétérinaires de l’État, présents sur place chaque jour d’abattage, et de la direction de l’abattoir. Sacrifier des employés le jour où l’affaire sort pour protéger l’établissement, c’est une manœuvre grossière. »
La demande de L214 reste entière : cet abattoir doit fermer.
Site internet de l’enquête et pétition
Graves dysfonctionnements et cruautés sur animaux
En mars 2016, alors que le ministre de l’Agriculture faisait inspecter tous les abattoirs de France, Bernard Guasch, administrateur de l’abattoir de Perpignan et président du club de rugby Les Dragons catalans, assurait dans L’Indépendant qu’« il n’y a pas de scandale des abattoirs » et que les inspecteurs « ne trouveront rien du tout chez nous ».
Dix ans plus tard, L214 dévoile comment les animaux subissent une cruauté inouïe dans cet abattoir. Ils sont les premières victimes des installations et des équipements inadaptés, des violations quasi systématiques de la réglementation, des comportements intentionnellement violents, et de l’inertie des services vétérinaires présents sur place.
Sur les violences volontaires :
- Des cochons sont frappés à coups de poing dans les couloirs de l’abattoir ;
- Un opérateur enfonce sa main et son avant-bras dans l’incision de saignée d’un cochon encore conscient ;
- Des cochons reçoivent des jets d’eau en même temps que des coups d’aiguillon électrique lors de leurs déplacements ;
- Des moutons sont balancés et déplacés par la toison, les pattes, la queue ou à coups de pied.
Sur les installations et les équipements inadaptés :
- Le couloir d’amenée des cochons est en angle droit, ce qui rend laborieuse l’avancée des animaux et entraîne des violences récurrentes ;
- Le box de contention des cochons et le restrainer (tapis roulant) des moutons sont mal conçus, des moutons et des cochons s’en échappent ;
- Le box de contention des bovins empêche une immobilisation suffisante des animaux pour réaliser un étourdissement précis. Conséquence : des animaux sont sensibles et conscients au moment de leur saignée.
- Pour l’abattage sans étourdissement, les systèmes de contention (mentonnière et box) dysfonctionnent et ne sont pas adaptés, notamment aux animaux à cornes.
Sur les modes opératoires non respectés :
- La découpe de certains animaux intervient avant qu’ils soient morts : des vaches et des moutons sont découpés encore en vie ;
- Les cochons reçoivent des coups d’aiguillon électrique de façon abusive et sur des zones du corps où son utilisation est interdite ;
- Des vaches sont égorgées par cisaillement en abattage sans étourdissement, ce qui augmente les souffrances ;
- Un agneau gravement blessé est envoyé sur la chaîne d’abattage alors qu’il aurait dû être étourdi et abattu en bouverie ;
- L’aiguillon électrique est utilisé sur de jeunes cochons alors que c’est interdit.
Ces infractions sont commises sous les yeux des services vétérinaires de la préfecture, présents dans l’abattoir chaque jour d’abattage.
Plainte contre l’abattoir pour sévices graves : 5 h 30 de vidéos envoyées au procureur
Les installations, les équipements et les modes opératoires ne répondent pas aux exigences réglementaires encadrant la mise à mort. Les infractions sont graves, répétées et relèvent en partie de la structure de l’abattoir.
L214 porte plainte pour sévices graves, actes de cruauté et mauvais traitements auprès du procureur du tribunal judiciaire de Perpignan. Une plainte de 70 pages accompagnée de 5 h 30 de vidéos d’infractions lui a été transmise. L’association demande au préfet des Pyrénées-Orientales la fermeture immédiate de l’abattoir de Perpignan et appuie sa demande par une pétition publiée sur le site de l’enquête.
Au‑delà des responsabilités de l’exploitant, L214 demande à Louis Aliot, président de Perpignan Méditerranée Métropole (collectivité ayant participé au capital de La Catalane d’Abattage) et maire de Perpignan, de réagir publiquement aux faits révélés par ces images tournées à l’abattoir de Perpignan et, en tant que maire, d’accélérer la végétalisation de la restauration scolaire à Perpignan, afin de réduire le nombre d’animaux envoyés à l’abattoir.
Pour Sébastien Arsac, cofondateur de L214 : « Rien de ce qui se passe dans cet abattoir n’est un accident. Le couloir en angle droit empêche les cochons d’avancer sans être poussés à coups d’aiguillon électrique, on les asperge d’eau et on les frappe. L’immobilisation des bovins est souvent défaillante, alors l’étourdissement rate et ils sont découpés vivants. Cet abattoir a été construit il y a dix ans avec de l’argent public, et il reste incapable de mettre les animaux à mort dans les conditions, pourtant minimalistes, exigées par la loi : il doit fermer. Les services vétérinaires de la préfecture sont sur place chaque jour d’abattage. Ils ne peuvent pas ignorer ce qui s’y passe. »
Transformés en viande par l’entreprise de Bernard Guasch, fondateur du club de rugby les Dragons catalans
Bernard Guasch est administrateur de La Catalane d’abattage et fondateur de Guasch Viandes, l’atelier de découpe attenant à l’abattoir, qui transforme les animaux qui y sont tués. Il est aussi le président fondateur du club de rugby Les Dragons catalans.
La viande est vendue dans des magasins Carrefour, E.Leclerc, Intermarché, Super U et Auchan de la région, ainsi que dans des boucheries et des restaurants. Une partie est commercialisée sous label bio certifié par Ecocert, sous l’IGP Rosée des Pyrénées catalanes, et sous les marques Tirabuxo pour les cochons et El Xaï pour les agneaux.
En mars 2016, après trois enquêtes de L214 dans les abattoirs d’Alès, du Vigan et de Mauléon-Licharre, le ministre de l’Agriculture avait ordonné aux préfets de faire inspecter tous les abattoirs de France. Bernard Guasch expliquait alors que « les services vétérinaires suivent notre travail en permanence » et qu’aucune bête n’est abattue sans leur présence.
Dix ans plus tard, les images dévoilées par L214 montrent une réalité bien différente.
9ᵉ enquête en abattoir en deux ans : L214 réclame un audit et un moratoire
En deux ans, L214 a publié neuf enquêtes en abattoir. À chaque fois, les images montrent des infractions commises dans des établissements placés sous le contrôle et la surveillance continue des services vétérinaires de l’État. Le problème n’est pas local, il est systémique. L214 a déjà fait condamner huit fois l’État pour manquement à sa mission de contrôle vétérinaire.
Le dernier état des lieux national remonte à 2016. L’audit lancé à l’époque par le ministre de l’Agriculture concluait que 80 % des abattoirs présentaient des non-conformités, et que 31 % présentaient des non-conformités moyennes ou majeures.. Dix ans plus tard, L214 demande à la ministre de l’Agriculture un audit généralisé des abattoirs français et la publication des rapports d’inspection par les préfectures.
L’abattoir de Perpignan n’est pas un établissement ancien en fin de vie : son nouveau site a été construit en 2015 pour 7,7 millions d’euros, avec des financements de l’État, de l’Union européenne, de la région, du département des Pyrénées-Orientales et de Perpignan Méditerranée. La société qui l’exploite a de nouveau perçu 1 445 500 euros d’aide publique du ministère de l’Agriculture en avril 2021. Tant que l’État n’est pas capable de faire respecter la réglementation dans les abattoirs existants, aucun nouvel établissement ne devrait sortir de terre : L214 demande un moratoire sur la construction de nouveaux abattoirs.
Réduire le nombre d’animaux tués reste la seule réponse à la hauteur. C’est l’objectif du Sauvetage du siècle, porté par L214 : 20 mesures concrètes pour réduire de moitié le nombre d’animaux tués pour l’alimentation d’ici 2030.



























































































































































































































