Les baleiniers islandais sont revenus au port avec leurs premières prises depuis trois ans. Hier soir, le baleinier Hvalur 9 a harponné deux rorquals communs. Ceux-ci sont actuellement transportés vers la station baleinière de Hvalfjörður, où ils seront découpés. Jusqu’à 150 autres animaux pourraient être tués dans les semaines à venir.
« C’est la catastrophe que nous espérions ne jamais revoir. L’abattage insensé et brutal des baleines se poursuit, et ce n’est qu’un début », déclare Andreas Dinkelmeyer, responsable de campagne au Fonds international pour la protection des animaux (IFAW). « Tout cela est alimenté par les actions irresponsables d’un baleinier tristement célèbre qui ne parvient même plus à vendre la viande. »
L’entreprise baleinière islandaise Hvalur hf. a repris la chasse au rorqual commun avec deux navires après une interruption de deux ans. L’entreprise avait relancé ses activités baleinières en 2009 et a depuis tué 1 017 rorquals communs. Lors de la dernière saison, en 2023, seulement 24 rorquals communs ont été capturés, après une prise bien plus importante de 148 individus en 2022. La viande a été principalement exportée vers le Japon, où la demande est en baisse à mesure que le pays développe sa propre capacité baleinière, notamment avec la mise en service d’un nouveau navire-usine de transformation en 2024.
Pour la saison 2026, les baleiniers ont obtenu un quota de 150 rorquals communs et 168 petits rorquals.
Le rorqual commun est le deuxième plus grand animal au monde et est officiellement classé comme espèce vulnérable, ce qui signifie qu’il est exposé à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage.
Les défenseurs de la faune sauvage du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) dénoncent une pratique qu’ils jugent à la fois inutile, cruelle et inhumaine. Les baleines traquées subissent une grande souffrance et, souvent, une longue agonie après avoir été poursuivies sur de longues distances, puis frappées par un harpon. Des études officielles indiquent qu’il peut s’écouler jusqu’à deux heures avant qu’un animal harponné ne succombe à ses blessures. Dans certains cas, des baleines gravement blessées sont même parvenues à s’échapper, prolongeant encore leur souffrance.
La chasse commerciale à la baleine se poursuit alors même que la demande de viande de baleine est en baisse. Par ailleurs, un référendum sur une éventuelle reprise des négociations d’adhésion de l’Islande à l’Union européenne (UE) est prévu en août de cette année. L’UE s’oppose fermement à la chasse commerciale à la baleine, mais certains considèrent cette pratique comme un symbole de l’indépendance nationale islandaise. Le regain d’attention porté à cette question met en lumière les tensions autour de pratiques que certains craignent de voir remises en cause par un rapprochement avec l’UE.
« Nous nous demandons si Kristján Loftsson, propriétaire de Hvalur hf., utilise la chasse à la baleine pour attiser le débat politique, les rorquals communs n’étant que des dommages collatéraux », ajoute Andreas Dinkelmeyer. « C’est un recul dévastateur. Le gouvernement avait une occasion claire de mettre fin à la chasse à la baleine cette saison, ou du moins de l’entraver, et il a laissé passer cette opportunité. Cette chasse inutile et brutale est scandaleuse et ne peut être justifiée en aucune circonstance. »
Le gouvernement actuel a annoncé son intention de réexaminer la législation islandaise sur la chasse à la baleine à l’automne, avec pour objectif affiché d’y mettre un terme dans le pays. Toutefois, tout changement significatif pourrait ne pas entrer en vigueur avant l’expiration, en 2029, de la licence actuelle de cinq ans, laissant planer une incertitude quant au calendrier des réformes. La responsabilité du processus incombe à la ministre de l’Industrie, Hanna Katrín Friðriksson, chargée des pêcheries et appelée à jouer un rôle central dans l’avenir de la politique baleinière.
Même s’il est probable que cette chasse jugée inutile se poursuive à court terme, des signes montrent qu’un changement gagne du terrain. Au cours des deux dernières décennies, une large alliance d’acteurs islandais, comprenant des organisations environnementales et de protection animale, le secteur touristique, des responsables politiques et des experts juridiques, a œuvré à faire évoluer la société. Dans l’ensemble de la société islandaise, l’opposition à la chasse à la baleine s’est progressivement renforcée, avec une reconnaissance croissante que cette pratique ne reflète plus les valeurs des citoyens ni les réalités économiques.
« Nous appelons le gouvernement et la ministre compétente à réaffirmer clairement leur opposition à la chasse à la baleine dès maintenant et à présenter des plans concrets pour une nouvelle législation qui y mettra fin une fois pour toutes. Nous leur demandons de garantir l’application intégrale des réglementations en vigueur et de sanctionner strictement les infractions. Les Islandais ne veulent pas de la chasse à la baleine, et le gouvernement a le devoir de cesser de tolérer le comportement irresponsable et impitoyable de cette industrie. », conclut Andreas Dinkelmeyer.
Crédit photo : IFAW

IFAW
Le Fonds international pour la protection des animaux est une organisation mondiale à but non lucratif qui aide les animaux et les hommes à cohabiter harmonieusement.

















































































