Alors qu’un nouveau navire, de type NGV (navire à grande vitesse) à foils, exploité par la Compagnie Cors’Express, a débuté cette fin de mois ses rotations entre l’Italie et la Corse, les associations et chercheurs signataires de cette tribune demandent aux autorités françaises, italiennes, monégasques et internationales de prendre des mesures immédiates pour éviter les risques de collision et les nuisances sonores associés.
Le NGV baptisé « Christine L » proposera bientôt ses premières liaisons directes de la Corse vers la péninsule italienne. Reliant l’île de Beauté aux ports italiens de Livourne, Gênes et Civitavecchia en un temps record variant de 2h à 3h30, il est entré en service ce mois d’août et ambitionne d’effectuer 24 départs par semaine. Battant pavillon italien aujourd’hui, il prévoit de passer en pavillon français. La compagnie maritime Cors’Express le présente comme « le choix responsable pour relier la Corse et l’Italie » en raison de son impact environnemental, puisqu’ équipé de foils, il est 3 fois moins polluant qu’un moteur thermique de ferry.
Pourtant les trajets qu’il effectuera se dérouleront intégralement dans une zone à très forte sensibilité environnementale en raison de la présence de plusieurs espèces de cétacés, intégralement protégés et pour la plupart menacés. Cette biodiversité remarquable bénéficie d’une protection établie par de nombreux textes internationaux, notamment l’Accord Pelagos relatif à la création du Sanctuaire Pelagos pour les mammifères marins, entré en vigueur depuis 2002i.
Mais en Méditerranée où transite plus de 20% du trafic maritime mondial, les collisions avec les navires constituent la première cause de mortalité non naturelle pour le Rorqual commun (Balaenoptera physalus) et le Cachalot (Physeter macrocephalus), deux espèces dont la population méditerranéenne est classée. En Danger selon la Liste rouge UICN. On estime que 33 rorquals meurent chaque année en raison des collisions, causant un déclin probable de la population.
Or la vitesse des navires est un facteur déterminant influençant le risque de collision et la mortalité en cas d’impact. Plus la vitesse du navire est grande, plus la probabilité de détection et d’évitement est faible, tant pour le navire que pour le cétacé. De plus, au-delà d’une certaine vitesse, le risque de mortalité augmente fortement, passant d’environ 20% à 10 nœuds à près de 80 % à 13 nœuds. L’hydrofoil Christine L, seul navire à grande vitesse évoluant dans le Sanctuaire Pelagos se déplace à une vitesse 35 nœuds, soit quasiment deux fois plus vite que les ferry qui relient le continent à la Corse. Il représente donc un danger indéniable pour les mammifères marins, à la fois pour les grands cétacés mais également pour les petits odontocètes. Le fait qu’il puisse être autorisé dans une zone dédiée à leur protection apparaît complètement incohérent et questionne l’efficacité de l’arsenal juridique de protection des cétacés déployé dans cette région de la Méditerranée.
Les chercheurs et plusieurs associations environnementales signataires de cette Tribune ont interpellé les autorités des 3 pays de l’Accord Pelagos. Ils rappellent que la vitesse des navires doit pouvoir être adaptée aux enjeux écologiques des secteurs traversés, notamment la présence de cétacés.
Mais il n’y a pas que la vitesse qui représente une menace pour les baleines et dauphins. La densité du trafic maritime, le volume sonore généré par la cavitation des hélices et la machinerie participent à l’augmentation du bruit sous-marin qui exerce une pression continue et constante sur les cétacés, impactant leurs communications et leurs fonctions vitales telles que l’alimentation et la reproduction. Avec plusieurs trajets quotidiens annoncés en saison touristique, le Christine L ajoutera sa signature sonore à un environnement déjà significativement saturé pour les cétacés.
Enfin, cette liaison pourrait créer un précédent, ouvrant la voie au développement de nouvelles liaisons rapides en Méditerranée qui apparaîtraient en totale contradiction avec les objectifs du Sanctuaire Pelagos et des autres instruments juridiques de préservation, et pour lesquels la réduction de la vitesse et du bruit sous-marin sont affichés comme des enjeux centraux de préservation des cétacés.
Pour les organisations signataires, la question n’est donc pas de remettre en cause le principe des liaisons maritimes, mais de veiller à ce que leur développement soit compatible avec les objectifs de conservation du Sanctuaire Pelagos.
Aux autorités françaises, italiennes et monégasques, il est demandé :
1- A ce que le « Christine L » ne soit pas autorisé dans les eaux nationales des pays respectifs du Sanctuaire Pelagos. Les cétacés étant des espèces mobiles, ils sont présents dans toute la Méditerranée, et il est nécessaire qu’ils disposent d’une protection géographiquement adaptée ;
Aux autorités françaises :
2-De refuser sa demande de pavillon français
Le Sanctuaire Pelagos ne peut pas être une zone de protection sur le papier et une zone de circulation à grande vitesse dans les faits. Il est temps de lui redonner tout son sens.
Organisations signataires
BlueSeeds
Centre international d’Intelligence Artificielle en Acoustique Naturelle Ecopolis
Groupe de Recherche sur les Cétacés
Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) Istituto Tethys ETS
LONGITUDE 181
Mare Vivu MIRACETI
SOS Grand Bleu
1 Le Sanctuaire Pelagos est reconnu comme Aire Spécialement Protégée d’Importance Méditerranéenne (ASPIM) dans le cadre de la Convention de Barcelone. Les itinéraires du « Christine L » se situeront également dans la Zone maritime particulièrement
vulnérable (ZMPV) désignée en 2023 par l’Organisation maritime internationale afin de renforcer la protection des mammifères marins face aux pressions exercées par le trafic maritime. Enfin la Méditerranée dispose d’un outil juridique de conservation de la biodiversité, l’Accord sur la Conservation des Cétacés de la Mer Noire, de la Méditerranée et de la zone Atlantique adjacente (ACCOBAMS) dont l’objectif est de réduire les menaces qui pèsent sur les cétacés.

IFAW
Le Fonds international pour la protection des animaux est une organisation mondiale à but non lucratif qui aide les animaux et les hommes à cohabiter harmonieusement.

























































































