Le Tribunal judiciaire d’Avesnes-sur-Helpe examinera le lundi 12 octobre 2026 une affaire de trafic d’espèces sauvages et protégées. Un réseau étendu à plusieurs pays européens et qui participe à un important marché clandestin.
L’affaire est portée à la connaissance de l’Association Stéphane LAMART le 23 février 2026, lorsqu’elle est contactée à plusieurs reprises par une femme domiciliée dans le secteur de Maubeuge, dans le Nord.
Cette dernière explique avoir récemment récupéré auprès d’un couple deux très jeunes servals âgés d’environ cinq mois, tous deux dans un état sanitaire particulièrement préoccupant.
L’un des félins présente une importante blessure à une patte. Le second est victime de convulsions. Face à la gravité de leur état, un vétérinaire est sollicité. Le coût de leur prise en charge est alors estimé à plusieurs milliers d’euros.
La personne ayant recueilli les animaux contacte les forces de l’ordre, puis l’Association Stéphane LAMART afin qu’une solution puisse être trouvée pour les prendre en charge. Elle affirme que son objectif est désormais de dénoncer les personnes impliquées dans ce trafic même si elle craint des représailles de la part de certains intermédiaires. Et surtout elle souhaite faire transférer les servals à l’association afin qu’elle puisse prendre en charge les soins médicaux.
Face à la nature des espèces concernées et afin de garantir un retrait dans un cadre juridiquement sécurisé, l’Association Stéphane LAMART demande l’établissement d’une réquisition judiciaire et propose le transfert des animaux vers une structure spécialisée dans l’accueil d’animaux sauvages.
L’un des servals meurt, le second doit être opéré
Malheureusement, l’un des deux jeunes servals ne survivra pas. Il n’avait qu’environ cinq mois.
Selon les éléments versés au dossier, l’autopsie pratiquée sur son corps met notamment en évidence des poumons congestionnés ainsi que la présence de mousse dans les bronches. Plusieurs hypothèses sont alors envisagées pour expliquer son décès, notamment une origine toxique ou traumatique, sans qu’une cause puisse être affirmée sur la seule base de ces constatations.
Le second serval, lui aussi âgé d’environ cinq mois, présente une blessure particulièrement sérieuse. L’animal aurait souffert pendant plusieurs jours avant sa prise en charge.
Il est examiné par un vétérinaire. Les examens mettent en évidence une fracture de l’humérus droit nécessitant une intervention chirurgicale.
Derrière le sort de ces deux jeunes félins apparaît alors une affaire potentiellement beaucoup plus vaste.
Des intermédiaires en France et dans plusieurs pays européens
Au cours de ses échanges avec l’Association Stéphane LAMART, la personne à l’origine du signalement affirme connaître plusieurs individus impliqués dans la détention, le transport ou la cession d’animaux sauvages. Certains animaux passeraient ainsi successivement entre les mains de différents intermédiaires ou « nourrices », chargés de les héberger temporairement avant leur remise à d’autres détenteurs.
Des personnes remplissant ce rôle seraient notamment présentes dans les secteurs de Paris, Strasbourg et Valenciennes, ainsi qu’en Belgique. Les éléments transmis à l’association font également état de contacts ou de ramifications présumés en Allemagne et en Pologne.
Les servals ne seraient d’ailleurs pas les seules espèces concernées : les échanges recueillis dans cette affaire font également référence à la circulation ou à la commercialisation de bébés pumas, de crocodiles et d’autres animaux exotiques.
Un singe magot exhibé en train de fumer une chicha
Parmi les éléments particulièrement préoccupants signalés à l’association figurent également des images montrant un macaque de Barbarie, communément appelé singe magot, vêtu d’une jupe et amené ou incité à fumer une chicha.
Le macaque de Barbarie est une espèce sauvage menacée faisant l’objet d’une protection internationale stricte. Son commerce international est fortement réglementé.
Ces images viennent renforcer les interrogations sur les conditions dans lesquelles certains animaux sauvages auraient été détenus et utilisés par les personnes apparaissant dans le dossier.
Selon les témoignages recueillis, certains animaux confiés aux différents intermédiaires auraient également subi des coups, des défauts de soins ou des conditions de détention inadaptées, ayant dans certains cas pu contribuer à leur mort.
Un phénomène qui avait déjà été constaté dans le Nord
La circulation illégale de servals chez des particuliers n’est pas un phénomène inédit dans le département.
En juin 2022, l’Office français de la biodiversité avait notamment saisi à Valenciennes un serval âgé de 12 à 16 mois, détenu illégalement dans une discothèque. Quelques jours auparavant, un autre serval avait été découvert errant dans des jardins à Tourcoing.
L’OFB alertait déjà à l’époque sur le développement du commerce de ces félins sauvages auprès de particuliers.
« Le serval n’est pourtant pas un animal domestique » s’alarme Stéphane Lamart, président et fondateur de l’association.
« Derrière l’apparence spectaculaire de ces jeunes félins, particulièrement mise en valeur sur les réseaux sociaux, se trouvent des animaux sauvages dont les besoins physiologiques et comportementaux sont incompatibles avec une détention improvisée. Détenir illégalement ces animaux, c’est les mettre en grand danger ! Mais c’est aussi nourrir le réseau clandestin depuis la capture jusqu’à la vente et menacer des espèces déjà fragilisées par le braconnage. »
Remonter toute la chaîne
Pour l’Association Stéphane LAMART, l’état dans lequel ont été retrouvés ces deux servals illustre les conséquences auxquelles peut conduire le commerce clandestin d’animaux sauvages : séparations précoces, transports successifs, changements répétés de détenteurs, absence de suivi vétérinaire et conditions de détention incompatibles avec leurs besoins biologiques.
Le sauvetage d’un animal ne peut donc constituer que la première étape.
L’Association Stéphane LAMART demande que les investigations permettent d’identifier l’ensemble des personnes ayant participé, lorsque les faits sont établis, à l’approvisionnement, au transport, à l’hébergement, à la cession ou à l’acquisition de ces animaux.
Car derrière un serval blessé ou un primate exhibé sur les réseaux sociaux peut se trouver toute une chaîne : celui qui fournit l’animal, celui qui le transporte, celui qui l’héberge, celui qui le revend et celui qui, finalement, l’achète.
C’est l’ensemble de cette chaîne que l’Association Stéphane LAMART souhaite voir mise au jour et, lorsque des infractions sont caractérisées, poursuivie à la hauteur de la gravité des faits.
Photo d’illustration

















































