ActualitésAnimaux domestiquesPrès de 300 teckels nains au cœur d’un trafic présumé : un vétérinaire et deux femmes renvoyés devant le tribunal correctionnel

Association Stéphane Lamart30 juillet 20266 min

Demain, le vendredi 31 juillet 2026 à 13 h 30, le tribunal correctionnel d’Évry-Courcouronnes examinera une affaire d’une ampleur exceptionnelle mettant en cause deux femmes et un vétérinaire.

Les deux femmes sont notamment poursuivies pour escroquerie en bande organisée, mauvais traitements sur animaux et plusieurs infractions relatives à l’élevage et à la commercialisation d’animaux. Le vétérinaire est, pour sa part, poursuivi du chef d’escroquerie en bande organisée, la prévention lui reprochant d’avoir fourni une traçabilité permettant la commercialisation des chiots à partir d’informations présentées comme erronées, fictives ou incohérentes. 

 L’Association Stéphane Lamart sera présente à l’audience afin de défendre les intérêts des animaux victimes de ce système présumé.

L’affaire débute en septembre 2025, lorsque deux chiots teckels nains vendus illicitement sur un marché sont saisis. Tous deux avaient été identifiés par le même vétérinaire dont le nom apparaîtra ensuite de manière récurrente tout au long des investigations.

En novembre 2025, un riverain alerte les autorités après avoir entendu, durant plusieurs semaines, les hurlements de jeunes chiens provenant d’un appartement situé à Leuville-sur-Orge (Essonne).

 Le 12 décembre 2025, deux femmes se présentent dans une clinique vétérinaire avec trois teckels nains prénommés Milo, Wendy et Louna. L’un d’eux, Milo, apparaît particulièrement amaigri, fragile et souffrant d’un retard de croissance. Après les premiers soins, un rendez-vous de contrôle est fixé, auquel les intéressées ne se présenteront jamais.

Le 21 décembre 2025, huit chiots âgés d’environ deux mois et demi sont découverts dans cet appartement. Selon les constatations figurant au dossier, ils étaient privés d’eau et de nourriture, enfermés dans une cage inadaptée et maintenus dans des conditions particulièrement dégradées. La majorité avait été identifiée la veille par le même vétérinaire et enregistrée dans les fichiers I-CAD sous des informations présentant de nombreuses incohérences.

Les identifications se poursuivent ensuite à un rythme soutenu : seize nouveaux teckels le 29 décembre 2025, puis plusieurs autres au cours du mois de janvier 2026.

Le 9 janvier 2026, cinq jeunes teckels sont découverts enfermés dans un sac de sport abandonné près du lac de Carouge, à Brétigny-sur-Orge.

Retrouvés en état de suffocation, déshydratés, terrorisés et particulièrement craintifs envers l’être humain, ils sont immédiatement pris en charge par une clinique vétérinaire avant d’être saisis et confiés à une association de protection animale.

Pour les enquêteurs, cette découverte marque un tournant dans les investigations.

Face à la répétition de ces faits, plusieurs associations locales, commencent à surveiller les annonces publiées sur Le Bon Coin. Elles repèrent de nombreuses ventes de teckels nains proposées entre 500 et 1 800 euros, souvent par les mêmes vendeurs ou à partir des mêmes coordonnées téléphoniques.

Au fil des investigations, les policiers mettent en évidence de nombreuses anomalies dans les fichiers I-CAD : changements très rapides de détenteurs, identités difficilement vérifiables, coordonnées identiques associées à plusieurs propriétaires différents ou encore utilisation répétée des mêmes numéros de téléphone.

Selon les éléments de la procédure, le Docteur Vétérianaire D. aurait procédé à 397 identifications canines entre le 1er janvier 2025 et le 8 février 2026, dont plus de 300 concernaient des teckels nains.

Entendue au cours de l’enquête, une vétérinaire estime qu’un tel volume d’identifications concentré sur une seule race paraît particulièrement atypique au regard d’une activité vétérinaire habituelle.

Les enquêteurs soupçonnent également le vétérinaire d’avoir exercé une activité irrégulière au sein de son cabinet. Lors d’une perquisition, 15 000 euros en espèces sont découverts à son domicile.

Quelques mois plus tard, une expulsion locative menée à Saulx-les-Chartreux (dép 91) conduit les enquêteurs à découvrir ce qui s’apparente à un élevage clandestin.

Près d’une cinquantaine de teckels nains sont retrouvés sur place. 

Selon les procès-verbaux, plusieurs animaux étaient entassés dans des installations exiguës. Une chienne ayant récemment mis bas était enfermée avec ses huit chiots dans un espace d’environ un mètre carré.

Les enquêteurs découvrent également une pièce utilisée comme salle de mise bas, où les animaux évoluaient au milieu d’excréments, sur de la sciure destinée aux rongeurs, dans des conditions sanitaires particulièrement dégradées.

Selon les déclarations consignées dans la procédure, les chiots décédés auraient été jetés à la poubelle. Lors de cette même intervention, un fusil de chasse ainsi que plusieurs munitions sont également saisis.

Selon les investigations, près de 300 teckels nains auraient été importés, principalement depuis la Roumanie, avant d’être revendus en France jusqu’à 1 800 euros l’animal.

Les acquéreurs auraient pu être trompés sur l’origine réelle des chiots, leur âge ainsi que leur état sanitaire. Le vétérinaire Docteur D. est notamment soupçonné d’avoir procédé à des identifications sous des identités fictives ou difficilement vérifiables afin de masquer leur véritable provenance.

Selon les éléments figurant au dossier, plusieurs personnes mises en cause apparaissent également dans différentes procédures antérieures. Il appartiendra toutefois au tribunal d’apprécier la portée de ces éléments.

L’Association Stéphane Lamart  demande des sanctions exemplaires au Tribunal d’Evry. 

Pour Stéphane Lamart, « Il y a quinze ans, notre association obtenait en Île-de-France et sur un plan national une circulaire mettant fin à la mendicité organisée avec des animaux provenant des pays de l’Est. Aujourd’hui, nous constatons que ces trafics présumés ont évolué et semblent s’être structurés autour de filières de commercialisation beaucoup plus organisées.

Cette affaire démontre l’urgence de renforcer les contrôles sur l’importation et la traçabilité des animaux. Elle relance également le débat sur la nécessité de rétablir des contrôles aux frontières, voire de réinstaurer des frontières permettant d’assurer un contrôle plus efficace des flux, afin de mieux lutter contre les trafics d’animaux et les autres formes de criminalité organisée.

Nous attendons de la justice une réponse ferme  à la hauteur de la gravité des faits reprochés et des souffrances subies par les animaux. »

Photo d’illustration


Association Stéphane Lamart
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