Numéro 22Cultures ancestralesLa métamorphose du renard

Dalila Baha15 janvier 20265 min

Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982), de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,  on peut lire :

Semper peccator, semper justus, c’est en ces termes que Germaine Dieterlen résume l’idée que se fait la sagesse africaine de ce personnage ; et d’ajouter : Indépendant mais satisfait de l’être ; actif, inventif mais en même temps destructeur ; audacieux mais craintif ; inquiet, rusé et pourtant désinvolte, il incarne les contradictions inhérentes à la nature humaine. Tout ce que peut symboliser le renard, héros civilisateur ou compère d’innombrables mythes, traditions et contes de par le monde, peut être développé à partir de ce portrait, qui pour commencer, est bien celui de notre goupil, dont on connaît l’ambivalence. Des croyances plus archaïques survivent en Amérique et en Asie : ainsi le renard argenté est-il considéré comme un héros créateur par les Indiens de Californie centrale, tandis qu’en Sibérie le rusé messager des enfers qui attire des héros de légende vers le monde du dessous est souvent représenté sous la forme d’un renard noir. Ce renard-là aurait un certain pouvoir de psychopompe, ou guide des âmes, ce qui semble également attesté par des traditions celtiques.

Symbole de fertilité, il est au Japon le compagnon d’Inari, divinité de l’abondance auquel on l’identifie parfois au point de lui rendre un culte. Inari est une divinité shintoïste de la nourriture et de la culture de mûriers pour vers à soie, ainsi que l’étymologie de son nom l’indique. Non seulement il est protecteur de la nourriture, mais encore beaucoup de commerçants et hommes d’affaires ont chez eux un petit autel consacré au renard afin qu’il protège leur commerce. A l’entrée des temples consacrés à Inari, il y a beaucoup de statues de renards disposées par paires face à face : les uns ayant dans leur gueule la clef du grenier à riz ; les autres une boule représentant l’esprit de la nourriture. Mais l’animal lui-même est appelé Kitsune et une superstition populaire lui attribue nombre de cas d’hystérie ou de possession démoniaque. On emploie donc le terme Inari dans le cas religieux et favorable, et Kitsune, dans le sens populaire favorable et défavorable.

Son association aux divinités de la fertilité provient sans doute de sa vigueur et de la force de ses appétits, qui en font aussi, un peu partout dans le monde, un Don Juan, ou, comme nous allons voir, uneallumeuse. Dans la Chine des Tchou, note Van Gulik, les renards passaient pour être en possession d’une grande quantité de puissance vitale, du fait qu’ils vivent dans des trous et qu’ils sont donc proches des forces génératrices de la terre. Aussi prête-t-on au renard une grande longévité.

Cet aspect du symbole se développe en de multiples croyances, de par l’Extrême-Orient. Ainsi croit-on parfois que le renard est en possession de l’élixir de vie, ou bien qu’il st à l’origine de possessions démoniaques, dont on peut être délivré par Kouan-tI, le génie de la guerre. Le pouvoir d’exorcisme appartient cependant au Maître céleste du Taoïsme chinois, qui emprisonne les renards dans des jarres. Ayant atteint la longévité, l’animal peut devenir le fabuleux Renard céleste à neuf queues. Dans la Chine ancienne, le renard à neuf queues habitait le Tertre vert du Sud : c’était un monstre anthropophage, mais qui pouvait néanmoins protéger des maléfices.

Nous avons évoqué le Donjuanisme du renard ; cette croyance fut si forte qu’on lui conféra longtemps – et qu’on lui confère encore en certaines contrées d’Extrême Orient – un rôle de succube, et surtout d’incube : il se transforme en éphèbe pour tenter les femmes, et, plus encore, en femme pour attirer les hommes, croyance dont la sagesse populaire tire cette philosophique conclusion : un renard qui ensorcelle ne fera que peu de mal à l’homme, mais une femme qui ensorcelle comme un renard, voilà qui fera grand dommage.

Réfléchissant comme un miroir les contradictions humaines, le renard pourrait donc être considéré comme un double de la conscience humaine. Les Chinois affirment qu’il est le seul animal qui salue le lever du soleil : il plie les pattes de derrière, allonge et joint les pattes de devant et se prosterne. Quand il a fait cela pendant plusieurs années, il est alors capable de se transformer et de vivre au milieu des hommes, sans attirer leur attention : reflet dans un miroir, encore, tant il y a d’hommes-renards sous le soleil.”

Les qualités principales de ce Totem sont l’adaptabilité, la résilience, l’intelligence, la ruse, l’intuition, le camouflage et la métamorphose (entre-autres).

Ces qualités créatrices et vitales confèrent au renard des capacités de transformation et d’évolution quasiment illimitées. En effet, il est capable de s’adapter à tous les environnements extrêmes chaud ou froid. Grâce à ses oreilles qui lui servent de climatisation, sa fourrure de protection thermique et de camouflage totale en l’immaculée Arctique ou en forêt. Il possède une cape d’invisibilité. Cela permet à ceux qui bénéficient de ce totem de se fondre dans la foule, dans un événement,sans être contacté,si cela n’est pas souhaité. Il est aussi à contrario, possible d’attirer l’attention de qui l’on veut ; en optant pour la séduction, la pitrerie, l’humour, le jeu. Ainsi, il attire l’attention du  contact souhaité que cela soit pour des raisons sociales, amicales ou professionnelles. C’est un merveilleux atout. Il reflète l’ambivalence, la contradiction retrouvée chez les humains. Il a une capacité à paraître plus large qu’il ne l’est réellement grâce à son épaisse fourrure et le panache de sa queue. Il se fond littéralement dans son environnement, y compris la ville, qui a débordée sur la forêt. Il mange peu et cache le surplus de nourriture dans son terrier. Il mange plusieurs fois par jour et peu survivre en milieu extrêmement hostile. Son agilité et ses qualités d’endurances sont des atouts précieux pour lui. La médecine du renard permet de se fier à une forte intuition sur les personnes rencontrées ou l’environnement dans lequel on évolue. Que cela soit dans la vie de tous les jours ou dans le domaine de l’extraordinaire,  le renard navigue entre ces deux mondes avec aisance et majesté.

Faire appel à sa médecine est favorable, pour tous les cherchants spirituels, sur le chemin de la réalisation du Soi. Il est un catalyseur, un guide oracle pour qui sait se connecter à lui. Il reflète le nectar d’immortalité en passant dans de l’au-delà à ici-bas. Nous sommes bien loin de ce que certains appellent un nuisible. Par ailleurs c’est un excellent chasseur et seuls les renards malades ou âgées s’en prennent aux poules. Il est plutôt associé à Merlin l’Enchanteur officiant dans la merveilleuse et elfique forêt de Brocéliande. Il est un allié puissant dans la recherche du Saint Graal. Une métamorphose, en ce que nous n’avons jamais cessé d’être, mais dont le souvenir est enfoui dans l’ombre de l’égo. Il invite si on le suit ,dans la nuit sombre des profondeurs de notre moi, à sortir de sa chrysalide et devenir papillon. Ce passage de la peur à l’Amour divin et inconditionnel est nécessaire à qui rêve de liberté, de plénitude, de paix ; qui manquent cruellement à l’heure actuelle. Alors un conseil si vous apercevez un petit renard, à l’orée d’une forêt, suivez le, écoutez le faire chanter et danser les règnes animal, végétal et minéral en toute simplicité. Ainsi le souvenir de votre véritable nature  immuable, illimitée, immortelle, omnisciente et omniprésente mais aussi invisible, se révélera. Trottez à ses côtés et embrassez la véritable magie, de la vie cachée en vous.


Dalila Baha
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Fondatrice de B formation & Conseil et Wisdom & Joy

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