ActualitésAnimaux sauvagesVoir un hérisson en journée ne signifie pas forcément qu’il est en détresse

Corinne Rolland21 mai 20266 min

Nous souhaitons sensibiliser le public aux idées reçues très répandues concernant les hérissons vus en journée. Contrairement à une croyance largement diffusée, un hérisson observé en plein jour n’est pas systématiquement malade ou mourant. En s’appuyant sur des données éthologiques et des références scientifiques consacrées au hérisson européen, nous rappelons l’importance d’observer le comportement réel de l’animal avant toute intervention afin d’éviter des prises en charge inadaptées pouvant mettre en danger des portées entières.

Chaque printemps et chaque été, les réseaux sociaux relayent massivement le même message : « Un hérisson vu de jour est forcément malade ou mourant. »

Bien que souvent relayée avec de bonnes intentions, cette affirmation est pourtant scientifiquement inexacte et peut avoir des conséquences dramatiques pour l’espèce.

Les spécialistes du hérisson européen rappellent en effet que certains comportements diurnes sont parfaitement normaux, notamment chez les femelles durant la période de reproduction.

Le hérisson européen est un animal majoritairement nocturne, mais les études éthologiques montrent que certains individus, notamment les femelles en période de reproduction, peuvent présenter des activités diurnes normales liées à la recherche alimentaire, à la thermorégulation ou à la construction du nid.

Les travaux du Dr Nigel Reeve, auteur de l’ouvrage de référence Hedgehogs (1994), ainsi que ceux du Dr Pat Morris, spécialiste reconnu du hérisson européen, montrent que les hérissons ne sont pas exclusivement nocturnes dans toutes les situations.

Chez les femelles gestantes ou allaitantes, les besoins énergétiques deviennent considérables. Produire du lait pour nourrir une portée demande une dépense calorique très importante. Afin de trouver suffisamment d’invertébrés (vers, insectes, limaces), certaines femelles étendent alors leurs périodes d’activité au petit matin, en soirée… et parfois en pleine journée.

Des observations naturalistes rapportent également des sorties diurnes ponctuelles liées à la thermorégulation. D’autres observations documentent des déplacements en journée pour rechercher des matériaux nécessaires à la construction et à l’entretien du nid (Reeve & Morris, 1985).

Autrement dit : voir un hérisson actif au soleil ne signifie pas automatiquement qu’il est en train de mourir.

Le problème est que de nombreuses publications diffusent aujourd’hui des consignes simplistes invitant à ramasser systématiquement tout hérisson observé en journée.

Or, si l’animal est en réalité une femelle allaitante en quête de nourriture, son retrait du milieu naturel peut entraîner la mort de toute sa portée restée cachée dans le nid.

Cette réalité est bien connue des centres de soins spécialisés disposant d’une réelle expérience éthologique du hérisson.

Bien entendu, certains hérissons visibles le jour sont effectivement malades, blessés ou parasités. Mais c’est l’état général de l’animal qui doit guider l’évaluation, et non sa seule présence au soleil.

Un hérisson actif présente généralement plusieurs comportements caractéristiques :

  • il marche de manière dynamique et coordonnée ;
  • il explore activement le sol ou les feuilles ;
  • il réagit à la présence humaine ;
  • il cherche à fuir ou se met correctement en boule ;
  • ses yeux sont ouverts et vifs ;
  • sa respiration est silencieuse.
  • Il est bien rond sans creux de la faim au niveau du cou.

Dans ce cas, une simple surveillance discrète est souvent préférable à une intervention immédiate.

En revanche, une prise en charge rapide devient nécessaire si le hérisson :

  • reste immobile ou prostré, couché sur le côté en plein soleil ;
  • est très maigre, avec un creux marqué derrière la tête (un hérisson en bonne santé présente une silhouette arrondie, sans creux marqué au niveau du cou) ;
  • vacille, tourne en rond, ou semble désorienté ;
  • ne réagit pas lorsqu’on approche ;
  • est incapable de se mettre en boule (hérisson mou ou flasque) ;
  • présente des plaies, du sang ou une forte infestation de parasites ;
  • est entouré de mouches et/ou présente des pontes d’œufs de mouches (petits grains blancs ressemblant à du riz collés aux piquants ou aux poils) ;
  • respire difficilement ou bruyamment ;
  • correspond à un très jeune juvénile isolé de la taille d’une toute petite mandarine.

Dans ces situations, il est important de contacter rapidement un centre de soins spécialisé dans la prise en charge des hérissons.

Le hérisson européen connaît déjà un fort déclin dans de nombreux territoires en raison de la destruction des habitats, des pesticides, de la circulation routière et de la raréfaction de ses ressources alimentaires.

Dans ce contexte, la protection de l’espèce doit s’appuyer sur des connaissances scientifiques solides plutôt que sur des idées reçues diffusées massivement sur Internet.

Observer avant d’agir, apprendre à reconnaître les signes de détresse réelle et diffuser une information nuancée sont aujourd’hui essentiels pour éviter des interventions inadaptées pouvant nuire involontairement aux animaux que l’on souhaite protéger.

  • Nigel Reeve, Hedgehogs, T & AD Poyser, 1994.
  • Pat Morris, études sur l’écologie et le comportement du hérisson européen.
  • Reeve & Morris (1985), travaux sur la construction et l’utilisation des nids chez le hérisson européen.
  • PTES (People’s Trust for Endangered Species)
  • British Hedgehog Preservation Society

Corinne Rolland
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Fondatrice et porte parole du Collectif Renard Blaireau, Collectif Nature & Vivant

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