Numéro 2Santé animaleUn principe clef : pas d’abdominaux, pas de dos

Simon Lombardy15 janvier 20215 min

Tout cavalier connait ce principe de base à l’équilibre fonctionnel du corps. Moi-même, c’est une notion que j’ai découverte dans le livre de Patrick Galloux (Concours Complet d’Equitation, préparation, entrainement et compétition – Patrick Galloux – Editions Maloine 1990) quand j’étais cavalier de concours complet. Bien que certains points semblent évidents, j’ai mis du temps à comprendre l’étendu de ce principe. Mais aujourd’hui, celui-ci prend tout son sens dans ma conception biomécanique de l’animal. En réalité, cet équilibre fonctionnel s’applique à tout mammifère quadrupède.

Le postulat de départ est que la sangle abdominale et les muscles dorsaux sont antagonistes. Autrement dit, ils fonctionnent en opposition. Les muscles abdominaux sont fléchisseurs du rachis thoraco-lombaire. Les muscles dorsaux sont extenseurs de cette même portion du rachis.

Chez le mammifère quadrupède, on préfère le terme « rachis » pour désigner l’ensemble des vertèbres à celui de « colonne vertébrale ». Ceci pour la bonne raison que l’organisation successive des vertèbres, n’est pas verticale mais horizontale (chaque vertèbre est articulée avec la précédente et la suivante, par l’intermédiaire d’un disque intervertébral, central, et de deux facettes articulaires latérales et symétriques).

Chez les mammifères dont la station et la locomotion sont caractérisées par la quadrupédie, le rachis est disposé en un pont vertébral horizontal dont les aptitudes locomotrices et les contraintes biomécaniques diffèrent de la station érigée de l’humain bipède. En comparaison à un pont suspendu flexible où :

  • les membres antérieurs et postérieurs constituent des piliers d’amarrages, au nombre de 4
  • la tête, le garrot (c’est-à-dire les vertèbres thoraciques situées entre les deux omoplates) et le sacrum (région du bassin) sont des pylônes d’ancrage 
  • les sangles musculaires abdominales dorsales jouent le rôle de câbles de retenue
  • le ligament supra-épineux est un câble d’équilibre continu qui s’étend tout le long du rachis, depuis le sommet du crâne jusqu’au sacrum en adhérant à chaque vertèbre
  • et les processus épineux (partie supérieure d’une vertèbre) des suspentes

L’équilibre rachidien (c’est-à-dire l’équilibre articulaire intervertébral) est permis si la tonicité musculaire est proportionnée aux forces gravitationnelles qui s’y appliquent.

La légende dit bien que Newton a reçu une pomme sur la tête, en siestant sous un pommier. Elle ne  dit pas que cette pomme en se détachant de sa branche s’est envolée. Ceci est due à la gravité, cette force qui nous attire invariablement vers le sol. Que l’on soit animal, végétal, minéral… Les mammifères terrestres vivent sous les principes de cette gravité. Qui s’applique verticalement au niveau des vertèbres. Chaque vertèbre subit une force gravitationnelle verticale, abaissée en direction du sol. Et ce sont les disques intervertébraux, les ligaments et les muscles dorsaux qui s’y opposent. Seulement voilà, si les muscles dorsaux augmentent leur tonicité de manière disproportionnée, ils ont un effet lordosant sur le rachis. En se contractant, ils creusent le dos. Ils distendent l’abdomen. Et cette attitude lordosée est une prédisposition aux compressions vertébrales et articulaires, une prédisposition au déséquilibre rachidien. Ce qui se traduit, voire se traduira à plus ou moins court terme, par un mal de dos, une diminution de l’aisance locomotrice, une diminution de la propulsion des membres postérieures, des difficultés à sauter, se lever…

Il y a des facteurs aggravant à cela. La gravité est proportionnée au poids du corps, à la taille de l’animal…et notamment au poids des viscères. C’est-à-dire les organes abdominaux. Ceux-là même qui sont littéralement suspendus aux vertèbres. Plus ils sont lourds, plus ils augmentent la force gravitationnelle appliquée à chaque vertèbre. Ainsi, plus les muscles dorsaux augmentent leur tonicité, plus ils contribuent à creuser le dos et distendre l’abdomen…

Comment contrer cet effet, souvent croissant avec l’âge de l’animal, voire son état d’embonpoint ? Muscler les dorsaux ? Non, certainement pas. Il convient tout d’abord de retendre la sangle abdominale. Et, le cas échéant de réduire l’embonpoint.

Tout d’abord parce que les muscles abdominaux sont fléchisseurs du rachis thoraco-lombaire. Donc ils ont un effet cyphosant, antagoniste à l’effet lordosant des muscles dorsaux. Ils limitent les prédispositions au mal de dos, dues à une hypertonicité des muscles dorsaux. Ils réduisent la compression articulaire intervertébrale. Ils favorisent la rétroversion du bassin, depuis son insertion pubienne (le muscle Droit de l’abdomen s’insère sur l’os pubis et permet d’engager le bassin). Ils favorisent l’engagement des membres postérieurs et donc l’aisance locomotrice. L’animal est plus équilibré.

De plus, en agissant sur le sternum (le muscle droit de l’abdomen se termine sur le sternum), leur tonicité favorise l’élévation du garrot (zone située entre les deux omoplates) qui intervient on l’a dit comme un pylône d’ancrage. Autrement dit, il assure sa stabilité et donc celle des éléments qui y sont suspendus.

Ensuite parce qu’ils constituent un plancher aux viscères abdominaux. Les viscères ne seront plus suspendus aux vertèbres mais « posés » sur la sangle abdominale. Réduisant ainsi les efforts de traction sur le rachis thoraco-lombaire.

Mais le plancher abdominal n’est pas le seul à intervenir efficacement dans la contention viscérale. Il y a aussi une contention latérale via les muscles Obliques et Transverse de l’abdomen. L’abdomen est un caisson hermétiquement fermé. En avant par le muscle diaphragme, en arrière par le péritoine et latéralement par les muscles abdominaux. Il n’y a pas de vide dans ce caisson. Les viscères sont accolés les uns aux autres, voire au muscle diaphragme, abdominaux… Donc ce caisson est sous pression. Et cette pression est dépendante de la tonicité de la sangle abdominale. Une sangle abdominale distendue et c’est la pression abdominale qui diminue et avec la contention des viscères. Augmentant ainsi les efforts de traction sur le rachis thoraco-lombaire. Par contre, une sangle abdominale tendue, c’est augmenter la pression abdominale et donc « renvoyer » les viscères contre le corps des vertèbres. Autrement dit, non seulement les viscères sont soutenus depuis un « plancher », et non plus suspendus, mais ces mêmes viscères vont également par leur pression soutenir le plancher vertébral, réduisant ainsi les forces gravitationnelles au niveau des vertèbres elles-mêmes.

En conclusion, on pourrait dire que renforcer les muscles abdominaux est un moyen de lutte contre les dorsalgies (mal de dos) et autres lombalgies (mal de dos au niveau lombaire). Un moyen de diminuer l’hypertonicité des muscles dorsaux. Un moyen de réduire les prédispositions traumatiques et autres vieillissement articulaires. Un moyen de renforcer l’aisance locomotrice et son efficacité. Un moyen de lutter contre le poids du cavalier… Evidemment, cela s’entend dans une fourchette raisonnable. Une hypertonicité abdominale est défavorable, notamment au niveau des disques intervertébraux dont certaines races de chiens sont déjà exposées. Reste à déterminer comment renforcer la sangle abdominale chez l’animal et quels types d’exercices proposer ?

Simon Lombardy
Site Web | Autres articles

Ostéopathe équin et canin

Newsletter

Copyright © 2020-2022 Savoir Animal. Tous droits réservés.