Numéro 5Cosmétiques et mode éthiquesLuxe et fourrure : la fin de la love story

Isabelle Pierard15 octobre 20217 min

De la prise de conscience aux engagements des marques de Luxe

Il y a 2 semaines, le groupe Kering détenteur de nombreuses marques de luxe parmi lesquelles Yves Saint Laurent… a annoncé renoncer à l’utilisation de la fourrure animale dans ses collections à partir de l’automne 2022 : Kering goes Fur Free.

Une victoire pour les associations de défense des animaux, et particulièrement pour PeTA qui a œuvré sans relâche pour que le bien-être animal soit pris en compte par les acteurs de la mode et plus spécifiquement du luxe.

Car il s’agit bien de cela, même si ces annonces sont présentées comme des avancées, elles n’en restent pas moins des décisions s’inscrivant dans une démarche actuelle irréversible répondant aux attentes d’une majorité de consommateurs.

Avant Kering, d’autres grands noms du luxe avaient déjà affirmé leurs positions en renonçant à cette industrie cruelle.

Le tout premier à avoir eu le courage d’abandonner la fourrure animale est Calvin Klein en 1994, suivie par la créatrice Stella McCartney en 2001 qui décide également de supprimer le cuir de ses collections et propose une marque végane et responsable. Les maisons Chanel, Armani, Jean Paul Gauthier, Gucci, Alexander McQueen (ces 2 marques faisant parties du groupe Kering)… suivent également le mouvement.

Chanel a par ailleurs annoncé en 2018 renoncer aux peaux exotiques. Elle devient la première marque à ne plus utiliser de peaux de serpent, crocodile, lézard…, alors même qu’elle réalisait un chiffre d’affaires très important avec ses articles de maroquinerie confectionnés à partir de ces matériaux.

Les raisons invoquées par la marque sont qu’il ” est aujourd’hui de plus en plus difficile de se procurer en peaux exotiques qui correspondent à nos exigences en matière d’éthique “. ” Cette démarche nous incite à inventer une nouvelle génération de produits ultra luxe, qui s’appuient sur nos fondamentaux ” comme la créativité, le savoir-faire et les standards d’excellence.

Ces décisions interviennent également alors que les millennials, ces jeunes consommateurs du luxe, sont de plus en plus sensibles aux questions environnementales et de bien-être animal.

Pendant longtemps, la fourrure a été la matière chérie et iconique. Luxe ultime et véritable marqueur social, on arborait son vison comme preuve de ses comptes en banque bien garnis ! Les créateurs en ont usé et abusé et les militants de PeTA étaient perçus comme des énergumènes extrémistes dépourvus de style… Mais prise de conscience oblige, à l’heure où les réseaux sociaux poussent l’industrie à rendre des comptes, la fourrure ne fait plus l’unanimité.

Pour preuve supplémentaire, s’il est nécessaire, un pays, Israël, et une grande ville américaine ont interdit en 2021 et 2019, la commercialisation de toute pièce neuve en fourrure. Une décision faisant de San Francisco la plus grande ville à adopter ce genre de mesure et qui questionne : la fourrure a-t-elle encore un avenir mode ?

La fin de l’Industrie de la Fourrure Animale

Après des années de revendications, de nombreuses pétitions lancées par des associations de protection des animaux tels L 214, 30 millions d’Amis ou PeTA, la France a choisi d’abandonner la production nationale de fourrure. La dernière des quatre fermes d’élevage a été contrainte d’abattre précipitamment son élevage de visons pour cause de suspicion de cas de COVID chez les animaux élevés.

En France, une loi concernant la fermeture des fermes d’élevages de visons a été votée en 2020. Le Ministère de la Transition écologique a laissé cinq ans aux éleveurs pour mettre fin à leurs productions. L’élevage de visons représente aujourd’hui 90 % de la production de fourrure mondiale et l’importation de fourrures européennes et internationales est toujours autorisée, y compris en France. C’est grâce à cela que certaines maisons de luxe comme Louis-Vuitton, Hermès, Dior ou encore Fendi peuvent s’approvisionner en fourrures d’origine animale. Elles revendiquent par ailleurs la volonté de continuer à utiliser ces matières, et Hermès a même investit dans une ferme à crocodiles en Australie pour développer davantage son activité.

La réglementation de la fourrure animale et sa traçabilité sont désormais des sujets très suivis et répondent à nombre de critères explicitement décrits dans le programme Furmark. En Europe, il se nomme Welfur et encadre la traçabilité et la certification des peaux. Ce programme compte cinq labels provenant d’Europe et du monde entier. Un système permettant d’assurer des mesures de bien-être animal et de développer des modes de production de développement durable. Le porte-parole de la Fourrure Française rappelle ainsi que « les peaux utilisées dans le luxe par des artisans français ne proviennent que de zones très précises, Europe, Amérique du Nord, Russie Namibie. […] et qu’il n’y a pas de peaux chinoises sur le marché français et européen ».

Éthique et maltraitance animale

Le programme de certification Furmark semble pouvoir redonner de l’élan à un secteur en difficulté, tout en satisfaisant le souhait de transparence toujours plus pressant des consommateurs.

Mais demeure la problématique du bien-être animal, bien plus importante. Et en la matière, les défenseurs et militants ne se satisfont pas de ces normes.

Ils exigent régulièrement la fin de l’industrie de la fourrure animale qu’ils jugent “cruelle” quel qu’en soit le cadre.

De plus, comme l’indique un sondage IFOP réalisé en 2020 pour la fondation 30 Millions d’Amis, 91 % des Français s’opposeraient au commerce de la fourrure animale. L’arrêt des élevages français n’est qu’une infime victoire pour les associations. Elles réclament la fermeture de toutes les fermes d’élevage européennes pour des raisons éthiques liées à la vie animale.

Les nouvelles alternatives « Animal Friendly » à la Fourrure Animale

Chaque année, la filière de la fourrure utilise 56 millions d’animaux pour la fabrication de manteaux, écharpes ou couvre-chefs. Ce chiffre décroît très rapidement à mesure que la fausse fourrure gagne en popularité et en écoresponsabilité.

Car, on ne va pas se mentir, troquer de la vraie pour de la fausse cela veut dire d’avoir recours au pétrole. Les fibres entrant dans la confection des vêtements en fausse fourrure étant en acrylique ou polyester. 

Les procédés employés sont chimiques et les résidus terminent dans la nature contribuant à étoffer la collection de micro plastiques qui finit dans les océans.

Le secteur de la Mode a pris conscience de ces problématiques et cherche de plus en plus à utiliser des matières écologiques et vertueuses pour l’environnement.

Certaines entreprises offrent donc aujourd’hui de nouvelles alternatives véganes, pour aller vers plus de durabilité dans les matériaux utilisés. Certains proposent de recycler du plastique pour faire de la fourrure mais ce n’est pas la solution la plus optimale pour les raisons évoquées précédemment. En revanche, une piste très intéressante et bluffante de réalisme est née. C’est la fourrure végétale, avec des marques comme Ecopel qui conceptualisent des textiles et ont mis au point des matières avec des résidus issues de cultures agricoles comme le maïs ou le chanvre associés à du polyester recyclé.

« On a une progression d’à peu près 10 % cette année, par rapport à l’année précédente. Mais nous restons une niche. Cela dépend vraiment de plein de choses. La mode, le pays, la saison… Bien avant ces débats sur l’éthique et l’écologie, les deux clients qui ont donné une certaine aura à la fausse fourrure, c’était Stella McCartney et Armani. […] Désormais et depuis cinq ans, il y a une sorte d’intérêt grandissant pour les matières qui ne tuent pas d’animaux. Depuis 2017, tout a changé avec la déclaration de Gucci, qui est un mastodonte de la mode » explique Arnaud Brunois, responsable de la communication chez Ecopel.

Ainsi plus besoin de tuer des animaux, ni de polluer les océans pour bien se vêtir…

En mars 2018, Donatella Versace annonçait que sa maison n’utiliserait plus de fourrure animale dans ses produits. “La fourrure ? Je n’en veux pas”, avait-elle affirmé. “Je ne veux pas tuer des animaux pour faire de la mode. Cela ne me semble pas bien”.

La fourrure animale est passée de mode !

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Créatrice de Soulyé, chausseur éthique & Vegan

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