ActualitésDroit animalierDroit et alimentation végétale

Maïwenn Rouxel5 octobre 202624 min

La France compterait environ 2 % de personnes végétariennes (soit près de 1,4 million de personnes) et environ 0,3 % de personnes véganes / végétaliennes (soit près de 200 000 personnes).

Ces régimes, bénéfiques tant pour l’environnement que pour la cause animale, sont souvent l’objet de débats, notamment juridiques.

Très récemment, le 16 juillet 2026, la Cour européenne des droits de l’homme a sanctionné la Suisse pour avoir rejeté les demandes de deux détenus souhaitant suivre un régime alimentaire végétalien, ce rejet étant jugé comme une violation de la liberté de pensée et de conscience protégée par l’article 9 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Jusqu’alors, la Cour européenne n’avait reconnu cette liberté que sous un angle religieux.

La loi du 30 octobre 2018 « pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous » et loi du 22 août 2021 « portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets » dite loi « Climat et Résilience » ont introduit notamment l’obligation de proposer régulièrement un menu végétarien dans les cantines scolaires.

Cette mesure est reproduite à l’article L.230-5-6 du Code rural et de la pêche maritime.

Pourtant, la commune d’Arveyres ne proposant qu’un menu quotidien non végétarien, la mère d’une élève avait contesté les titres exécutoires émis pour les repas carnés servis à son enfant.

Or, en réponse, le 6 juillet 2026 (n° 2504788), le Tribunal administratif de Bordeaux a jugé que les collectivités territoriales ne sont pas tenues de proposer des repas différenciés dans le cadre du service public de restauration scolaire, qui permettraient pourtant aux usagers de ne pas consommer des aliments proscrits par leur conscience, mais a précisé qu’elles pourraient choisir de le faire, en tenant compte de l’intérêt général et des moyens disponibles.

Cette interprétation n’est pas tout à fait fidèle à l’article précité du Code rural qui dispose : « Les gestionnaires, publics et privés, des services de restauration collective scolaire proposent, au moins une fois par semaine, un menu végétarien {…}. »

Tout espoir n’est pas perdu, le Tribunal administratif de Lyon, par décision du 24 juin 2025 (n°2305728), a annulé la décision du Président de la région Auvergne-Rhône-Alpes qui refusait de prendre des mesures pour rendre effective l’obligation de proposer un repas végétarien hebdomadaire dans les établissements scolaires.

Les articles 7 « Pratiques loyales en matière d’information » et 17 « Dénomination de la denrée alimentaire » issus du règlement (UE) n° 1169/2011 du 25 octobre 2011 sur l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires, ont vocation à prévenir le risque d’induire le consommateur en erreur. L’article 38 « Mesures nationales » du règlement précité interdit quant à lui aux États membres d’adopter ou de conserver des mesures internes visant les points expressément harmonisés par ledit règlement européen.

En France, le décret n° 2022-947 du 29 juin 2022 relatif à l’utilisation de certaines dénominations employées pour désigner des denrées comportant des protéines végétales visait à interdire l’utilisation de termes “steak” ou “saucisse“, et le décret n° 2024-144 du 26 février 2024 visait, quant à lui, à interdire l’utilisation de termes « filet » ou « escalope ».

Parallèlement, la Cour de justice de l’Union européenne, par un arrêt rendu le 4 octobre 2024 (n° C-438/23) a considéré que l’harmonisation de la protection des consommateurs apportée par les différents articles du règlement 1169/2011 s’oppose, d’une part, à ce qu’un État membre édicte des mesures nationales qui réglementent ou interdisent l’usage de telles dénominations ; et d’autre part,  à ce qu’un État membre édicte une mesure nationale déterminant des taux de protéines végétales en deçà desquels resterait autorisée l’utilisation de dénominations, autres que des dénominations légales.

Partant de cet arrêt, le Conseil d’État a donc annulé les décrets susmentionnés par décisions du 28 janvier 2025 (n°465835 et 492839).

Ainsi, le régime végétal prend progressivement place dans les assiettes et s’impose dans la sphère juridique. Si le droit communautaire tend à limiter les restrictions nationales, la mise en œuvre du régime végétal demeure inégale en droit interne, bien que les dernières décisions montrent une évolution favorable à une meilleure prise en compte des convictions éthiques et environnementales.


Maïwenn Rouxel
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Avocat à la Cour

2 commentaires

  • Kocher

    6 octobre 2026 à 13h03

    Que l’on aime ou non les animaux, que leur souffrance nous passe au dessus ou nous touche, ou même nous révolte, le problème est bien plus profond. La consommation de viande, de produits laitiers, d’oeufs etc est la cause principale du réchauffement climatique. Ca a été démontré X fois, les scientifiques un tant soit peu sérieux le reconnaissent TOUS. Et notre Planète nous l’a bien montré cet été. Les canicules, les incendies, et autres catastrophes climatiques ne sont pas sorties de nulle part sans raisons. Elles sont le résultat de nos abus. Non seulement on élève/abat/produit bien trop de quantités par rapport aux ressources qu’elles exigent et qui sont disponibles, et en plus une grosse partie de ce qui est produit finit aux déchets (les invendus). Les consciences et les assiettes doivent évoluer. Comme les Suisses ont tenté de faire comprendre cela il y a peu par leurs votations – L’alimentation DOIT devenir beaucoup plus végétale. On ne demande pas à 8 milliards de gens d’être vegans. Mais juste de réfléchir. Car certes, ce que vous mettez dans votre assiette c’est VOTRE choix. Mais avec VOS choix vous bousillez NOTRE planète. Sur laquelle, spoiler, vous résidez également. Si celle-ci en a marre, et elle commence de bien le montrer, et nous pète à la gueule, viandard ou bouffeur de salade n’y changera rien, on pètera tous et toutes avec elle.
    Donc y’a un moment il faut réfléchir. Soit on continue on va droit dans le mur, soit on devient un tant soit peu malins (y’a du job… on va pas se mentir) et on réequilibre notre alimentation (non, être vegan ne vous rend pas famélique et malade, ça c’est un vieux cliché de merde) et on essaie de laisser un futur et une planète vivable à nos enfants, soit d’ici peu, la planète aura tellement morflé que les cultures souffriront, les réserves d’eau, deja bien flinguées pour abreuver les bêtes et d’autres animaux très gourmands appelés DATA CENTERS seront à sec, et sans eau, pas de vie. Ni végétale, ni animale ni humaine.
    Que vous vouliez le voir ou non, les élevages intensifs SONT la base de tous les problèmes.
    On ne vous demande pas d’aimer les animaux. Juste de leur foutre la paix.

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  • Gaston F.

    5 octobre 2026 à 12h55

    2% de la population veulent contraindre 98%, pour un problème de conscience .
    La solution est pourtant simple: si on vous sert de la viande soit vous la refusez poliment, soit vous la laissez dans votre assiette. Ou mieux, vous la donnez à votre voisin qui va se régaler!!
    Et tout le monde est content, mange ce qu’il a envie et ça sent bon le vivre ensemble!
    Mais j’ai oublié que la tolérance a disparue…..

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