Les petites associations doivent être aidées en priorité !

Gorete Neves17 décembre 20205 min

Il aura fallu plusieurs mois pour qu’elle soit entendue. Gorete Neves, responsable du Collectif Chats et Compagnie, a rejoint au même titre que One Voice et L’Arche des Associations l’initiative portée par Ethics For Animals demandant au Gouvernement une aide en faveur de la protection animale.

Elle revient pour Savoir Animal sur cette bataille rondement menée qui n’est que le début d’une action permettant la reconnaissance des associations de protection animale !

Il y a quelques mois, vous vous êtes lancée dans un combat : celui de faire entendre les associations de protection animale auprès des décideurs politiques. Comment est né ce travail ?

Avec Ethics For Animals, One Voice et L’Arche des Associations, le Collectif Chats et Compagnie a mené une enquête qui n’avait jamais été faites jusqu’alors. Nous avons commencé à recenser les associations de protection animale sans refuge. Nous en avons trouvé au moins 3200 réparties sur le territoire français. Elles viennent en complément des associations avec refuge qui sont au nombre de 775 selon le Ministère de l’Agriculture.

Nous ne nous attendions pas à obtenir de tels chiffres. Cela change forcément la perception que doivent avoir les décideurs politiques sur la protection animale.

Justement, comment ont réagi les décideurs politiques concernant le travail que vous avez fourni ?

La première réaction était de nous renvoyer à la SPA. Il  a fallu une certaine force de persuasion pour expliquer que la SPA n’était en fait que minoritaire en terme de refuges (55 sur les 775) et que si cette grande association a la chance d’être en très bonne santé financière avec 68 millions d’euros de budget annuel, c’est loin d’être le cas de nombreuses petites associations et refuges de protection animale présentes dans tout le territoire français métropole mais aussi dans les DOM-TOM. La plupart des décideurs politiques pensaient que la SPA, c’était la protection animale. Il a fallu expliquer, parler et démontrer que c’était loin d’être le cas sans remettre en cause évidemment l’utilité de la plus ancienne et connue des associations de protection animale. 

Vous y êtes arrivée ?

Disons que nous avons fait entendre une voix différente de la protection animale et en cela, c’était primordial. Nous considérons que tout le monde doit avoir sa voix au chapitre. Que toutes ces associations sont complémentaires. Que deviendraient les associations avec refuge si les associations sans refuge disparaissaient ? Elles ne pourraient pas faire face à l’afflux d’animaux ! Les associations sans refuge ne pourraient pas avancer si les associations avec refuge n’existaient pas. La protection animale ne doit faire qu’un tout en prenant en compte et en respectant les différences de chacun.

Cette belle victoire n’aurait pas été possible évidemment sans les associations mais aussi sans les personnalités et tous les anonymes qui ont signé nos pétitions.


En effet, plusieurs pétitions ont rencontré un certain succès…

Oui, les pétitions que nous avons lancé ont été lues, comprises et entendues par les décideurs politiques. Souvent, les gens rechignent à signer en disant que cela ne fonctionnera pas. Ils ont désormais la preuve que les pétitions peuvent avoir un impact positif et peuvent être actrices d’un changement. L’union a fait la force et il ne faut pas oublier.


Après des semaines de travail, une rencontre a été organisée avec le Ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie.

Oui, avec l’association Ethics For Animal  nous avons aidé à organiser une rencontre dans un refuge indépendant, dans l’Essonne. Le directeur de Ethics for Animal a pu rencontrer le Ministre lors de ce rendez-vous et ce dernier a été à notre écoute. Il avait remarqué notre campagne et voulait nous annoncer une grande nouvelle : un fonds pour les associations de protection animale pourrait être débloqué conformément à notre demande dans le cadre du plan de relance. C’était un signe positif et je dois dire que ce ministre est le premier à s’intéresser aux milliers d’associations.

Suite à ce rendez-vous, nous avons eu plusieurs rendez-vous avec les personnes en charge de cette mesure au sein du Ministère de l’Agriculture pour évoquer les critères que nous souhaitions porter dans cette mesure.


Quels sont-ils ?

Pour nous, les petites associations doivent être aidées en priorité. Lorsqu’on voit entre 2019 et 2020, elles ont perdu 32 % de leurs ressources, que leur déficit s’est accru de 58 % et que 75% d’entre elles n’ont pas de fonds de roulement, on se dit qu’un critère d’urgence doit être décrété. Nous avions très peur de ce critère « 1er arrivé / 1er servi » qui allait défavoriser les structures les plus fragiles. Nous avons une fois de plus réussi à l’éloigner en obtenant certaines garanties.

Au-delà de ça, les associations qui veulent construire et améliorer des refuges pourront être aidées jusqu’à 100 % de leur demande tandis que les associations qui organisent des campagnes de stérilisations pourront voir leur matériel pris à charge à 100 % et les stérilisations prises en charge à 50%. Les dossiers doivent être déposés auprès des directions départementales de la protection des populations (DDPP) à partir du 2 janvier prochain. Les aides pourront aller de 2 000 à 300 000 €.

C’est un premier pas en avant. Nous en espérons d’autres.

Lesquels par exemple ?

Une aide en nourriture ou en soins vétérinaires récurrents pour les associations de protection animale. Il faut savoir que les petites associations ont été durement touchées par la crise de la COVID. Aujourd’hui, elles ont besoin d’aide. On les oublie trop souvent et ce n’est pas acceptable. 


Gérald Darmanin, le Ministre de l’Intérieur, a fait savoir par une décision du Conseil Municipal de Tourcoing qu’il allait reverser une subvention de 20 000 € à la SPA pour les soutenir. Qu’en pensez-vous ?

Cela ne peut que me faire sourire. D’une part car Gérald Darmanin est le Ministre qui avait milité contre un fonds d’urgence en faveur des associations de protection animale car la SPA de Tourcoing se portait bien… et d’autre part parce que la SPA, même si elle réalise un travail indéniable en faveur de la protection animale, n’avait pas besoin de ces 20 000 €. Lorsque la SPA finit un exercice annuel avec un bénéfice de presque 6 millions d’euros, on se dit forcément que les 20 000 € donnés par Gérald Darmanin auraient dû aller à des associations de Tourcoing qui en ont réellement besoin ! Je ne comprendrais jamais cet intérêt de donner toujours aux plus riches.


Après plusieurs mois de travail, êtes-vous satisfaite des résultats obtenus ?

Evidemment, je suis satisfaite dans le sens que la protection animale a enfin été entendue. Mais ce n’était pas gagné. Notre collectif associatif a pu faire entendre une voix différente de la protection animale. Celle de ceux que l’on ne voit pas mais qui réalisent un travail formidable de terrain et de maillage territorial. Nous avons milité pour que les associations les plus en difficultés soient le mieux aidées et j’espère que ce critère soit celui qui sera privilégié, après tout c’est le propre d’un plan de relance !

Responsable du Collectif Chat et Compagnie.
Ancienne co-responsable du Collectif Chat Stérilisation Obligatoire
Ancienne membre au conseil d'administration du Club de Défense des Animaux (7 ans)
Ancienne membre du conseil d'administration et Vice-présidente du Refuge ASCLAF (plus de 8 ans)

Il y a un commentaire

  • Triolet

    17 décembre 2020 à 22h05

    Je suis une petite association qui s’occupe de capturer les chats errants, de les faire stériliser et d’essayer de les faire adopter quand ils sont sociables. Quand ils sont sauvages ils sont remis où ils vivaient. Nous y installons des niches et allons les nourrir chaque jour.
    Que faut-il faite pour avoir droit à une subvention pour en faire stériliser le plus possible ?

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