La relation au Vivant et la transe cognitive auto-induite

Manon Comparini15 juillet 20217 min

« Ce que nous voyons n’est pas le monde mais un modèle du monde créé par notre cerveau » Chris Frith

Les premières études abouties sur la méditation datent des années 2000, et celles qui concernent l’hypnose ont suivi une dizaine d’années après.

Ces fonctions cognitives ont pu commencer à être étudiées grâce au développement des technologies d’imagerie cérébrale telles que l’IRM fonctionnelle.

Désormais, c’est à la transe cognitive auto-induite de faire son entrée dans les neurosciences.

Au cours de l’Histoire, les pouvoirs politiques et religieux ont eu un rôle incontestable dans la marginalisation puis le rejet des pratiques de transes en Occident. Pendant des siècles, la pensée rationnelle était la seule tolérée et ses représentants persécutaient la « pensée sauvage », jugée folklorique voire diabolique. Au XXème siècle, les différentes formes de transes, pourtant ancrées dans plusieurs centaines de sociétés traditionnelles dans le monde, étaient encore considérées par les  anthropologues occidentaux comme une  théâtralisation culturelle.

Aujourd’hui, nos sociétés sont en quête de sens et cherchent à réintégrer certains savoirs ancestraux dont la transe fait partie.

Grâce au parcours inédit de Corine Sombrun, depuis 2017 la transe cognitive est officiellement reconnue comme potentiel cognitif naturel de notre cerveau.

Ethnomusicienne, pianiste, écrivaine, c’est au cours d’un documentaire qu’elle réalise en Mongolie pour BBC World en 2001, que Corine Sombrun assiste à une cérémonie chamanique et part pour la première fois en transe involontairement sans avoir pris aucune substance psycho active.

Au départ, déstabilisée par cette expérience à laquelle son éducation européenne ne l’avait pas préparée, elle finira par suivre une longueinitiation jusqu’à devenir la première occidentale à accéder au statut de ‘Udgan’ (femme chamane).

Au fur et à mesure de sa pratique de la transe, au-delà d’être chamane elle voulait absolument comprendre comment le son d’un tambour pouvait modifier à ce point ses perceptions. C’est pour répondre à cette interrogation qu’elle rassembla en quelques années autour d’elle un réseau international de chercheurs.

Photo © Mathilde Magnée

Quelle est la particularité de cette forme de transe ?

Pour rendre possible l’analyse de ce phénomène en laboratoire Corine Sombrun devait se passer du son du tambour, c’est ainsi qu’elle a découvert la possibilité d’auto induire une transe par la seule volonté. De nombreux tests psychologiques et divers investigations en psychiatrie et IRMf plus tard, le bilan est clair : son cerveau est parfaitement normal et les modifications de son fonctionnement en transe sont significatives.

Cet état modifié de conscience est enfin reconnu comme étant un potentiel naturel de tout cerveau humain, un phénomène dissociatif non pathologique. Sorti de tout contexte culturel, il sera nommé : « transe cognitive auto-induite »  

Ces premières études confirmant ses ressentis, Corine est persuadée de pouvoir trouver un son plus efficace que le tambour qui ne permettait qu’à 0,001% d’être identifié comme chamane en Mongolie.

Après de nombreux essais, une boucle de son est mise au point et aujourd’hui, testée sur plus de 1000 volontaires, cette boucle permet à 90% des personnes qui l’écoutent de vivre une transe et d’apprendre ensuite à l’auto   induire. C’est à dire qu’au cours des formations les participants apprennent à induire une transe en autonomie sans aucun support sonore. Ces formations sont actuellement principalement réservées aux chercheurs, thérapeutes et scientifiques dont l’objectif est de continuer d’étudier les mécanismes et les différents domaines d’applications thérapeutiques : oncologie, douleurs chroniques, épilepsie, etc.

Une formation DU et DESU commence en octobre 2021 à l’université IED Paris 8, c’est une première mondiale.

Cette boucle de son et l’apprentissage de l’auto-induction a permis d’augmenter le nombre de cerveaux étudiés : la dernière étude publiée actuellement évalue les similitudes et différences de l’état de la transe cognitive avec l’hypnose sur une cohorte de 27 « transeurs ».

Pour suivre les publications :

https://trancescience.science/fr/bibliographie/#publications

Qu’est-ce que cet état de conscience modifiée peut apporter à notre société occidentale ?

En transe, les perceptions sont modifiées : moins de douleur physique et psychique, plus de force et d’endurance, les notions d’espace et de temps varient. Le corps peut également se mettre spontanément en mouvement, des visions ainsi que des perceptions sensorielles hors norme peuvent émerger. Chaque transeur constate que la transe lui ouvre un accès amplifié à des informations pas ou peu accessibles dans un état de conscience ordinaire.

L’état de transe est un espace d’expression instinctive libre où le mental est toujours présent, cependant l’état dissociatif permet à des processus infra-conscients de s’extérioriser. Cette intelligence du corps et de l’esprit peut s’apparenter aux moments d’inspirations artistiques intenses, à de l’intuition où les idées originales sont multipliées et fluides.             

Des ressources naturelles d’apprentissages intuitifs peuvent se mettre en œuvre. Des expériences émotionnelles marquantes, des mémoires traumatiques peuvent être revécues. Grâce à la diminution de la perception de la douleur et à l’augmentation de la force de nouveaux schémas internes sont intégrés et certains traumas peuvent être surmontés, traversés, en sécurité. Ces premiers bénéfices non exhaustifs invitent chaque transeur à se rencontrer lui-même, à devenir plus conscient. Ces expériences autonomes d’expansion de conscience apportent également humilité, bienveillance et autonomie.

Photo © Mathilde Magnée

Et si l’homme pouvait amplifier lui-même son rapport à l’environnement ?

La transe cognitive auto induite est également un merveilleux tremplin pour rencontrer « l’autre » qu’il soit animal, végétal ou minéral. La notion de respect y est omniprésente.

Il est fréquent de poser une intention avant d’entrer en transe et de demander à l’autre « Que voudrais-tu bien m’apprendre ? ». Dans cet état la disponibilité est optimale pour apprendre et recevoir des informations subtiles de ce qui nous entoure. Sans hiérarchie aucune, il est possible d’expérimenter l’état de plancton, d’oiseaux, de rocher, de proie, de prédateurs, etc… Ces expériences transforment notre rapport au vivant, les souvenirs sont intégrés et nos perceptions dans la vie de tous les jours évoluent. De nouvelles ressources se mettent naturellement en place, confiance en soi, sérénité, joie… Et l’empathie s’étend bien au-delà de ce que l’on connait. Le contact intime que la transe crée avec l’intégralité de ce qui vit change notre relation au monde.

Peut-être qu’en se reliant à nos potentiels innés, nous saurons bientôt naturellement prendre de soin de la Vie. Respecter l’ensemble de la Nature et activer les ressources nécessaires pour la protéger deviendra une évidence.

Corine Sombrun
Photo ©Philippe Dobrowolska

Reconnue par les chamanes de Mongolie comme l’une des leurs et formée pendant plusieurs années aux rituels et techniques de transe, Corine Sombrun est à l’origine des premières recherches scientifiques sur la transe chamanique mongole. Depuis 2007 elle est à participé à plusieurs études démontrant que la transe est non seulement un potentiel de tout cerveau humain, mais qu’il est également possible de l’induire par la seule volonté. Elle a co-fondé en 2019 avec le Pr Francis Taulelle, le TranceScience Research Institute, un réseau international de chercheurs investis dans l’étude des mécanismes et des applications thérapeutiques liés à ce potentiel, désormais appelé Transe Cognitive Auto-Induite. Elle est également à l’initiative des deux premiers diplômes universitaires (DU et DESU) autour de la transe, ouverts en octobre 2021 à l’Université Paris 8 Vincennes, par les Prs Antoine Bioy et Marie-Carmen Castillo.

Parallèlement à ces recherches, Corine Sombrun est l’auteur de plusieurs livres dont Les esprits de la steppe (Albin Michel), Save the planet (Albin Michel, Shaffner Press) récompensé en 2019 par le Independant Publisher Book Award for Environment/Ecology,  La diagonale de la joie (Albin Michel, 2021) et Mon initiation chez les chamanes (Pocket), adapté au cinéma par Fabienne Berthaud sous le titre Un monde plus grand, avec Cécile de France. »

Couverture Photo © C.Manil – Petscan

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Artiste équestre, spécialiste de la relation aux chevaux et facilitatrice en transe cognitive auto induite

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