Le rôle des artistes animaliers

Manon Comparini15 janvier 20213 min

Ces dernières années, les prises de consciences se multiplient. Notre rapport aux animaux, à la nature et à la vie évolue.  Le fait que ce débat s’inscrive enfin dans le paysage politique est un progrès indéniable. Il en découle la remise en question de la présence des animaux en spectacle.
Je pense utile de s’interroger sur ce bien-fondé.

Je ne parlerai pas ici des animaux sauvages qui vont être progressivement interdits de représentations publiques.
J’oriente ma réflexion sur la présence, devant un public, des animaux qui peuvent avoir une vie au plus proche de leurs besoins fondamentaux en dehors des représentations.

Photo : Michel Petit

L’analyse suivante résulte de mon expérience personnelle et professionnelle. Je suis dresseuse, coach et artiste équestre. Pour moi ces trois métiers indissociablement liés.

En tant que dresseuse, spécialiste de la relation, j’éduque et rééduque des chevaux ayant des histoires diverses, dont certains ont été traumatisés et malmenés par l’homme. Grâce aux nombreux aspects de la relation et un lieu de vie adapté, les chevaux qui me sont confiés retrouvent leur étincelle, leur regard change, et leur personnalité s’épanouit. Je leur dédie ma vie. Ils sont devenus des amis intimes ; notre relation est équilibrée, je participe à leur bien-être physique et mental chaque jour. Ils m’offrent la possibilité d’améliorer l’humaine que je suis.

Photo : Michel Petit

Ensuite je suis coach, je transmets le langage des chevaux en France et à l’étranger aussi bien à des cavaliers qu’à des personnes novices. Ils me contactent car ils sont en quête d’introspection aux côtés des chevaux. Cette facette découle de la nécessité de partager ce savoir émotionnel, corporel et technique auprès du plus grand nombre. C’est aussi l’occasion de mettre à l’épreuve ma compréhension des chevaux et des hommes d’ans l’intention de créer un cercle vertueux de réflexions et de remises en questions.
Enfin, je suis artiste, cavalière et violoniste. Je crée des spectacles alliant musique et chevaux pour sensibiliser le public à la beauté de la vie et à l’extraordinaire pouvoir des chevaux. L’impact y est fort pour promouvoir l’existence d’un lien indéfectible inter-espèces. C’est un moment de magie, d’émerveillement et d’exploration intérieure.
Aujourd’hui plus que jamais l’humain à besoin de se reconnecter au Vivant. Ce n’est pas en bannissant tous les animaux du monde du spectacle, que nous améliorerons et valoriserons cet essentiel qu’est le lien.
Des dressages malsains existent, la violence, la soumission, l’objetisation perdurent. A chaque fois que je peux agir contre, j’agis. Cependant, pour moi « dresser » est synonyme d’élever, d’éduquer, de familiariser, d’apprivoiser et de prendre soin. En tant que dresseur nous sommes ceux qui passons un maximum de temps au contact des animaux, de la nature. Mon choix est donc de partager de l’espoir et d’être pour la réconciliation des rapports Humain/Animaux. Je participe en montrant l’authenticité et la réciprocité dans la relation qu’il est possible de vivre avec d’autres êtres vivants, celle que je partage avec mes chevaux, mais aussi avec ceux qui me sont confiés ou ceux que je rencontre lors de stages.
De mon point de vue, la clé n’est pas le refus total du dressage des animaux de peur de dénaturer leur intégrité, mais l’éducation du regard et de la compréhension de leur fonctionnement pour instaurer un dialogue enrichissant. L’œil doit être affuté à reconnaître un animal épanoui. Enfants comme adultes peuvent apprendre à distinguer une approche respectueuse d’une approche coercitive. Et si chaque personne ressent, observe, tout en se reliant à la nature, chacune avec sa sensibilité pourra aussi déceler ce qui est juste. Alors les simulacres de « relations » seront démasqués et ne seront plus tolérés. Je suis persuadée que des spectacles éthiques sont possibles. Alors, notre capacité à s’extasier et à rêver sera préservée et les liens de l’homme à la nature seront renforcés.
Et si nous partions à la recherche d’un équilibre ?

(photo en-tête : Pauline Radet)