ActualitésManifestes et TribunesChasse à courre : une cruauté indigne de l’Humanité

Des citoyens non-chasseurs9 octobre 202617 min

La chasse à courre au cerf, appelée également grande vénerie, consiste à poursuivre à cheval durant des heures un animal traqué par une meute de chiens jusqu’à son épuisement physiologique l’empêchant de fuir. Il est alors « aux abois » et mis à mort dans d’atroces souffrances : dévoré vivant par les chiens, poignardé par une dague, transpercé par une lance, tiré au fusil ou encore noyé dans un étang ou une rivière.

Cette activité de loisir cruel est autorisée depuis le 15 septembre, en période de reproduction, sans aucune considération pour la période du brâme qui fatigue les cerfs, provoque des dispersions des biches allaitantes, dérange les autres espèces de faune sauvage, écrase la flore et le sol de nos forêts avec son armada de véhicules et de fantassins, perturbant aussi la circulation et la vie des riverains.

C’est une chasse au trophée défendue par quelques acharnés de cette pratique abjecte contestée par la population qui demande son interdiction.

La démocratie est bafouée et cette tradition de cruauté et de troubles à l’ordre public reste encore autorisée par la loi.

Les spécialistes expliquent que la cruauté est une disposition d’esprit qui pousse à chercher le plaisir et la satisfaction dans la souffrance d’autrui. C’est prendre plaisir à faire souffrir, dans l’indifférence de la victime ou encore par jouissance sadique.

La cruauté s’affiche par une empathie émotionnelle absente ou très pauvre, jumelée à un instinct agressif marqué.

Des motivations concernant les actes de cruauté envers les animaux ont été recensées par des scientifiques (Kellert et Felthous 1985) : la volonté de contrôle, le châtiment (suite à des dégâts), la déconsidération de la victime, l’instrumentalisation (mise en scène), l’amplification (utiliser un animal-outil pour atteindre l’animal-victime), le plaisir de choquer le public, la vengeance, l’exutoire à une frustration, l’obsession de la mort et de la souffrance.

La victime est transformée en objet ludique soumis à la volonté de son bourreau cherchant à s’affranchir de toute culpabilité par une distanciation exagérée.

La chasse à courre ne poursuit que les cerfs mâles.

Certains documents cynégétiques en précisent les motifs : «La vénerie du cerf. C’est la plus prestigieuse, sans être la plus difficile. On ne chasse que les mâles, les biches n’étant pas chassées en France, pour une raison d’éthique et peut-être pour éviter les débordements de sensiblerie que pourrait provoquer l’image de la biche aux abois. »

Chacun appréciera, les chasseurs ne sont sensibles, eux, qu’à leur image !

Les biches et les faons sont tués par la chasse à tir mais aussi par les dérapages des chiens de chasse à courre.

La chasse aux trophées est une chasse sélective visant le gros gibier, pratiquée par les humains à des fins récréatives et caractérisée par la volonté d’attester et de commémorer le succès de la chasse, grâce à l’exhibition d’un trophée de chasse.

Celui-ci consiste en une partie de l’animal ou son corps entier, souvent gardé en souvenir pour être taxidermisé et exposé, et traditionnellement photographié aux côtés du chasseur. Le trophée contribue à faire valoir un certain statut social, comme élément ostensible attestant des talents de chasse.

Les chasseurs exposent les trophées de leurs victimes tous les ans. [1]

La vénerie n’est pas une chasse de régulation puisque les veneurs affirment en tuer très peu malgré la quantité importante des chasses à courre autorisées entre le 15 septembre et le 31 mars.

La chasse à courre n’est pas seulement une chasse de loisir, ce n’est pas non plus seulement une chasse aux trophées, c’est une chasse cruelle.

Les demandes d’abolition de la chasse à courre sont nombreuses et anciennes et s’appuient sur des Rapports scientifiques démontrant la souffrance de l’animal traqué.

Selon David Morton, directeur du département d’éthique biomédicale à l’Université Birmingham, les animaux traqués souffrent sur les plans physique et psychologique, surtout lorsqu’ils sont dans l’impossibilité d’échapper à la menace :

“les animaux chassés […] souffrent de frayeur, surtout lorsqu’ils sont dans l’impossibilité d’échapper à la menace, comme c’est le cas du cerf aux abois ou du renard piégé dans un terrier. Vers la fin de la partie de chasse, lorsque le cerf, le renard ou le lièvre se rend compte que la meute se rapproche et qu’il ne pourra pas lui échapper, puis lorsque le cerf est cerné et attaqué par les chiens, il est on ne peut plus vraisemblable que la douleur se mêle à la terreur.” [2]

Des études sur la myopathie de capture démontre le stress physiologique et psychologique ainsi qu’une souffrance de l’animal aggravée au cours de la poursuite.

(Professor Patrick Bateson et Elizabeth L Bradshaw de l’Université de Cambridge, en 1997 The Behavioural and Physiological Effects of Culling Red Deer)

La myopathie de capture ou rhabdomyolyse d’effort est une manifestation physiopathologique entraînant une morbidité et une mortalité importantes chez les animaux sauvages poursuivis.

Cliniquement, l’animal présente une combinaison des signes suivants : léthargie, raideur musculaire, faiblesse, incoordination, décubitus, paralysie partielle, acidose métabolique, myoglobinurie. L’examen macroscopique révèle généralement une nécrose musculaire. Les lésions musculaires sont caractéristiques des efforts et du stress générés par la poursuite. [3]

Il semble peu probable que les muscles nécrosés de l’animal rendu malade par la poursuite à courre pendant des heures soit une viande de qualité !

Les veneurs se vantent de ne prendre qu’un cerf sur quatre, mais les trois autres ont subi la traque et les atteintes musculaires, rénales et cardiaques inhérentes à la myopathie de capture.

Les cerfs ayant échappés à la mort mais atteints par la rhabdomyolyse d’effort sont exposés à un choc de stress plus important lors de la poursuite suivante.

La souffrance animale lors de la chasse à courre est une réalité bien documentée et reconnue y compris par les veneurs et le gouvernement comme le ministre le rappelle à l’occasion d’une Question écrite d’une députée en 2019 demandant l’interdiction pour répondre à l’attente sociétale.

L’argument de la tradition est fallacieux puisque d’une part, la vénerie était un loisir royal lié à la pratique guerrière à cheval réservé à la noblesse, régime féodal aboli par la Révolution de 1789, et, d’autre part, les camions, 4×4, téléphones et talkies ne peuvent prétendre s’appliquer à une tradition moyenâgeuse !

Ce loisir d’une époque révolue reste lié à l’aristocratie et à la bourgeoisie fortunée, aux châteaux, aux grandes propriétés, à la richesse et au pouvoir.

L’utilisation des classes populaires pour les piqueux (valets de chiens) et les suiveurs (personnes accompagnant la chasse à courre sans être membres actifs de l’équipage) est une tentative laborieuse de changer l’image d’une classe dominante, permettant aux catégories privilégiées de conforter leur position sociale en se mettant en scène et en s’exhibant devant un public de suiveurs tout acquis. (Revue française de sociologie Luc Arrondel et Cyril Grangé). [4]

La chasse à courre se pratique sur de vastes territoires publics en provoquant des débordements inacceptables dans les propriétés privées riveraines et sur les voies publiques au mépris de la règlementation, des refus et protestations des propriétaires, des risques d’accidents.

La médiatisation des comportements des veneurs a contraint le gouvernement à imposer certaines restrictions autour des zones habitées en 2019 non pas pour le bien-être animal mais pour l’image de la vénerie. Les habitants et riverains constatent l’absence de respect de cette petite restriction règlementaire, par exemple :

-Dans la Sarthe. [5]

-En Seine-Maritime. [6]

-Dans l’Aisne. [7]

-Dans les Deux-Sèvres. [8]

Sur les routes, les débordements et traversées des animaux traqués mais aussi des chiens de chasse et des cavaliers sont fréquents.

-Sur la RN31 dans l’Oise :

« Samedi 14 décembre, un incident notable s’est produit en forêt de Compiègne (Oise) lors d’une chasse à courre. Un cerf traqué par l’équipage de chasse “La Futaie des Amis” a traversé la nationale 31, provoquant deux accidents de la route. » (Le Chasseur français 31 janvier 2025).

-Dans la ville jusqu’à la gare de Chantilly. [9]

72% de la population demande l’abolition de la chasse à courre, anachronique et cruelle Sondage de mars 2025.

En France, le débat public législatif n’a pas été possible du fait d’un blocage parlementaire malgré plus de 13 propositions de lois déposées depuis une quinzaine d’années, accompagnées de très nombreuses manifestations, de milliers de signataires de pétitions et tribunes.

Le mépris des législateurs pour le débat citoyen s’est clairement exposé lors du lancement de la pétition pour l’abolition de la chasse à courre sur le site du Sénat le 3 octobre 2022, le Sénat l’ayant fermé dès le 3 novembre soit bien avant le délai des 6 mois afin d’éviter les modalités prévues : création d’une mission de contrôle, inscription à l’ordre du jour d’un texte législatif, débat en séance publique. [10]

Pourtant, le Sénat s’était vanté de revivifier” le droit de pétition et faire plus de place à la démocratie participative. La plateforme permet notamment de soumettre aux sénateurs une proposition de loi ou de la soutenir. »

Au mépris de l’avis des citoyens, s’ajoute l’impunité judiciaire dont bénéficie la chasse à courre y compris envers les habitants, comme par exemple lors de la violation des arrêtés municipaux :

–Dans l’Oise.

-Dans les Yvelines. [11]

La chasse à courre est un loisir cruel, indigne de l’Humanité.

Députés et sénateurs français n’ont pas encore eu le courage de voter une loi d’interdiction.

La Cour européenne des droits de l’Homme a considéré que ces pratiques d’un sport consistant à chasser et mettre à mort des animaux d’une manière causant des souffrances est moralement condamnable et soulève des questions sociales et éthiques, validant ainsi son interdiction chez un de nos voisins européens. [12]

La dignité humaine est également invoquée par le Conseil scientifique du patrimoine naturel et de la biodiversité dans son avis du 2 juin 2016 à propos d’une pratique de vénerie sous terre exercé sur une autre espèce de faune sauvage :

« Quel que soit le motif invoqué pour abattre des animaux, cet abattage doit être réalisé dans des conditions dignes de l’homme et de sa responsabilité envers le monde vivant qui l’entoure.

Un dégât aux cultures ou un risque infectieux ne justifient en aucun cas l’emploi de méthodes violentes, ne tenant pas compte de la souffrance animale. Il en va de la responsabilité des autorités de mettre en œuvre, en cas de nécessité avérée, une politique de contrôle soucieuse de considérations éthiques.

La règlementation devrait proscrire et pénaliser les méthodes d’abattage inhumaines. »

Les veneurs s’opposent, parfois violemment, à la prise d’images montrant la réalité de leur chasse-loisir.

Ils cachent au public la cruauté de leurs pratiques en obligeant leurs adeptes à garder secrètes leurs photos, c’est la Charte des photographes de la vénerie :

Après les souffrances infligées par la traque qui durent de nombreuses heures, la cruauté s’exerce encore lors de la mise à mort dans des conditions indignes de l’Humanité, notamment dans les plans d’eau, spécifiquement recherchés par les veneurs pour le spectacle que ce final mortel offre à leurs adeptes et au public.

La mise à mort cruelle est légale et n’est pas un acte de chasse.

Alors que la réglementation liste les armes à utiliser pour achever le cerf aux abois :

« L’animal forcé par les chiens, devenu propriété de l’équipage, doit être servi.

Le choix de l’arme pour cette opération est laissé au responsable de l’action de chasse, parmi les armes à feu autorisées pour la chasse, le couteau de chasse, la lance, l’épieu ou la dague.

Cependant le responsable ou son suppléant peuvent être amenés à décider la grâce de l’animal. »

La noyade ne fait pas partie de la liste des moyens de mise à mort, c’est une pratique cruelle et sadique.

Les opposants à cette cruauté documentent les faits avec difficultés puisque les veneurs les empêchent de prendre des images.

-En Normandie :

https://www.instagram.com/lesdefenseursduvivant76/reel/DdZemjMhW-p

-Dans l’Oise :

https://actu.fr/hauts-de-france/vieux-moulin_60674/video-un-cerf-poursuivi-et-tue-dans-un-etang-par-la-chasse-a-courre-dans-l-oise_60515395.html

https://one-voice.fr/app/uploads/2024/06/la_realite_de_la_chasse_a_courre_en_france_revelee.pdf

L’utilisation des plans d’eau met l’animal traqué plus facilement à leur merci et surtout permet aux participants de bien profiter du spectacle de la mise à mort dans un espace majestueux et bien visible depuis les rives. La fin dans un étang est un effet recherché par la vénerie, le « bat-l’eau » avec fanfare et réjouissances particulières.

Les veneurs dans un acte de cruauté indigne de l’Humanité noient le cerf en lui maintenant la tête sous l’eau, pratique fréquente qu’ils tentent de cacher au grand public y compris par la violence et les procédures-bâillons.

Qu’est-ce qu’une procédure-bâillon ?

Abusant de leur position dominante, des acteurs privés ou publics lancent des procédures judiciaires non pas pour faire valoir ou exercer un droit, mais pour faire taire des personnes physiques ou morales, pour qu’elles ne puissent pas participer au débat public.

Ce sont des procédures dites « bâillons », coûteuses et longues, qui, au-delà de la seule personne qu’elles visent, fragilisent le débat public dans son ensemble.

Le débat public parlementaire empêché, les veneurs cachant au grand public la cruauté infligée par la chasse à courre, ce sont les militants et opposants à cette chasse indigne de l’Humanité qui documentent la réalité pour faire évoluer la loi et obtenir l’abolition comme chez nos voisins européens.

La liberté d’expression contre la chasse à courre et la cruauté de la vénerie : un nécessaire débat public

Une décision de la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire est à venir prochainement. Elle permettra un débat public sur l’atteinte à la dignité humaine et la cruauté de la chasse à courre à son paroxysme dans un étang.

Une chasse à courre s’est terminée dans un étang. Une voiture portant une barque sur son toit est arrivée. Les veneurs sont descendus de cheval pour se mettre dans la barque et ramer jusqu’au cerf aux abois, tétanisé de fatigue, pour le mettre à mort.

Une jeune femme a exprimé son empathie et son refus de la cruauté de la mise à mort de ce cerf, réfugié dans un étang, assistant pour la première fois à cette violence envers un animal épuisé par plusieurs heures de traque. Elle est entrée dans l’eau par instinct protecteur pour le cerf supplicié.

Les veneurs ont porté plainte pour mise en danger de la vie d’autrui craignant que la barque ne chavire et de se retrouver dans les 80 cm d’eau.

Le procureur a poursuivi non pas pour mise en danger mais pour obstruction concertée selon l’Article R428-12-1 du code de l’environnement. Elle a été condamnée à une amende qu’elle a contestée, le tribunal de 1ère instance l’a relaxée mais le procureur a fait appel. La Cour d’appel a prononcé une condamnation avec dispense de peine.

Cette jeune femme conteste désormais cette décision devant la Cour de cassation. Cette procédure s’inscrit dans un contexte d’intensification des poursuites pénales envers les opposants à la chasse à courre. En effet, de nombreux militants ont été poursuivis ces dernières années. Des gestes d’empathie s’inscrivant dans le cadre de la liberté d’expression et de manifestation font l’objet d’acharnement judiciaire.

Entre deux intérêts en concurrence, la jurisprudence privilégie l’intérêt le plus légitime.

La chasse à courre est une activité légale encadrée par une règlementation qui en donne les limites aux veneurs qui sont des professionnels

La liberté d’opinion, d’expression et de manifestation est un droit constitutionnel dont la restriction est encadrée par la jurisprudence avec une possibilité de clémence envers les militants lorsqu’il s’agit d’un sujet d’intérêt général.

La chasse à courre est un loisir royaliste et moyenâgeux, une chasse aux trophées, cruelle et indigne de l’Humanité qui n’a plus sa place dans notre société actuelle. Elle doit être remisée dans les musées et les livres d’Histoire.


[1]https://www.horizons-journal.fr/les-chasseurs-presentent-leurs-trophees-de-cerfs

[2]https://lesuricate.info/souffrance/

[3]https://academic.oup.com/conphys/article/7/1/coz027/5528374

[4]https://www.persee.fr/doc/rfsoc_0035-2969_1995_num_36_3_5079

[5]https://www.bfmtv.com/societe/sarthe-une-meute-de-chasse-a-courre-tue-une-chienne-apres-avoir-penetre-dans-un-jardin-prive_AN-202301160307.html

[6]https://france3-regions.franceinfo.fr/normandie/seine-maritime/polemique-ils-ont-tue-le-cerf-en-plein-milieu-du-village-sur-les-reseaux-sociaux-un-militant-anti-chasse-denonce-les-pratiques-illegales-d-un-equipage-de-venerie-3240364.html

[7]https://www.30millionsdamis.fr/article/23182-un-cerf-tue-dans-un-jardin-prive-les-riverains-choques-par-cet-acte-illicite/

[8]https://www.ouest-france.fr/nouvelle-aquitaine/deux-sevres/la-chasse-a-courre-se-finit-dans-leur-jardin-en-deux-sevres-on-vit-tres-mal-cette-intrusion-0b54de94-ef4d-11ee-aeb0-1ed1900e85aa

[9]https://www.30millionsdamis.fr/article/20433-chasse-a-courre-un-cerf-traumatise-traque-jusque-dans-une-gare/

[10]https://www.macommune.info/la-petition-pour-labolition-de-la-chasse-a-courre-fermee-doffice-par-le-senat/

[11]https://www.leberry.fr/mesnuls-78490/faits-divers/yvelines-la-chasse-a-courre-se-termine-dans-le-jardin-d-une-octogenaire_14221747/

[12]https://cpepesc.org/6-nature-et-pollutions/les-news/la-chasse-a-courre-ne-fait-pas-partie-des-droits-de-lhomme/

Photo : AVA Poitou


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