Des non-chasseurs sont victimes de violences de la part de certains chasseurs et toutes ne sont pas recensées dans les bilans annuels de l’Office français de la biodiversité (OFB) ni médiatisées.
PAN ! Le bruit de la détonation du fusil de chasse, le sifflement de la balle dans l’oreille, le bruit de l’impact à proximité : la confrontation au danger de mort sur une voie publique sidère et laisse des séquelles post-traumatiques.
Sur un chemin public, une silhouette se dessine en train de viser prête à tirer et se retourne en entendant du bruit : la vue du fusil de chasse à l’horizontale, le canon à bout portant, l’inquiétude du risque d’un tir involontaire sous le coup de la surprise, la peur de mourir sidère et laisse des séquelles post-traumatiques.
Des battues permettant des tirs en direction des maisons et routes à une distance inférieure à la portée des armes de chasse, les chasses désorganisées où les tireurs gesticulent dans tous les sens sont des risques mortels à répétition. La peur de mourir d’un « accident » de chasse chez soi ou sur la voie publique, dans son quotidien, est une violence psychologique continue.
Les menaces de mort envers les non-chasseurs refusant l’entrée de leurs propriétés privées aux chiens de chasse et chasseurs armés sont minimisées par les autorités et donc perdurent, les séquelles sont importantes.
Les intimidations, les mises en danger et les menaces physiques, verbales ou psychologiques envers les opposants de conscience à la chasse sur leurs propriétés privées font vivre un enfer, les victimes non-armés et non-violentes ont peu de moyens de défense.
Les violations de propriétés privées par les chasseurs, sont considérées comme un “viol de l’intimité”. L’intrusion dans l’espace le plus sacré (le chez-soi) brise le sentiment de sécurité fondamentale.
La victimisation secondaire liée au traitement de la situation par les autorités et l’impunité des agresseurs surajoute aux conséquences psychologiques.
Violences de certains chasseurs
Les altercations, menaces de mort, intimidations, mises en joue, dépôts de cadavres d’animaux devant et dans les propriétés, propos sexistes, racistes, misogynes, violations de propriété privée, chasses chez autrui sont fréquentes envers les non-chasseurs demandant le respect de leurs droits et de leurs propriétés privées.
Très souvent, les autorités ne protègent pas les non-chasseurs en leur déconseillant le dépôt de plainte, voire en le refusant, en mettant en doute la réalité des faits, en instruisant uniquement à décharge, en omettant des preuves, en donnant suite à des procédures-bâillons et à des représailles comme par exemple en accordant des battues administratives abusives.
Voici quelques exemples :
-En Haute Vienne :
Une victime atteinte d’un cancer a vu l’inscription suivante sur la route devant sa maison « Vive le cancer ! » Le titre de l’article de presse laisse pantois, il ne s’agit pas d’une fable mais de harcèlement, de violences et d’inaction des autorités locales. [1]
La multiplicité des battues empêche la tranquillité et l’usage de la propriété privée du fait du danger.
-En Vendée :
Un couple de retraités victimes de harcèlement pour ses opinons subit en représailles une battue administrative, annulée a posteriori par la justice administrative, la violence de l’intrusion légale de 60 louvetiers et chasseurs dans la petite propriété privée pour rechercher des sangliers inexistants est traumatisante.[2]
Une seconde battue a eu lieu pour des sangliers encore inexistants avec une nouvelle procédure en contestation, a posteriori puisqu’aucun délai ne permet un recours effectif.
-En Sologne :
Une victime de menaces de mort et de mise en danger de la vie d’autrui à répétition dépose de nombreuses plaintes sans suite.[3]
De nouvelles agressions avec nouvelles plaintes ont été déposées.
-Dans les Yvelines :
« Elle, on va la mater », visites d’intimidations régulières de gendarmes, lièvre décapité, figurine de cheval au cou et pattes brisées, cheval intoxiqué, impact de balle [4]
-Dans le Cher :
Des battues administratives à répétition depuis 35 ans suite à l’interruption du corridor écologique par absence d’écopont au-dessus de l’A71, profitant à certains tirant double bénéfice du gibier et de l’indemnisation pendant que la victime déplore ses chevaux morts de stress, une balle dans sa maison, des violences psychologiques y compris la nuit par l’intrusion dans sa propriété des louvetiers et chasseurs avec des moyens de guerre et des comportements d’intimidations. [5]
Les violations de propriétés privées sont ressenties comme une violence supplémentaire équivalente à un viol du fait de l’intrusion par la contrainte dans l’intimité de son chez-soi.
Ces traumatismes sont méconnus et invisibles comme la plupart des violences psychologiques, la présence de chasseurs en grand nombre et ayant légalement l’autorisation d’armes accentuant les traumatismes.
Invisibilisation
Les victimes des violences infligées par les chasseurs sont peu visibles.
Des articles de presse vont relayer les grands procès en cas d’homicide de chasse, comme pour Morgan ou Mélodie, mais il n’y a eu aucune information concernant l’homicide de Joël sur les circonstances de « l’accident » de chasse du fait des décès de la victime et du prévenu.
Les médias relaient à foison les procès pour braconnage.
Les accidents et incidents de chasse sont un peu médiatisés ponctuellement pour les blessures physiques, les tirs dans les maisons ou les voitures. Les bilans de l’OFB concernent les accidents caractérisés par une blessure corporelle humaine liée à l’utilisation d’une arme, tandis que les incidents correspondent à un dégât matériel sans blessure corporelle (y compris les animaux domestiques touchés). [6]
Mais il n’y a aucune information sur les suites, sur le devenir des victimes et leurs séquelles.
Les violences sans atteinte corporelle ou sans dégât matériel ne sont pas recensées, comme si elles étaient inexistantes !
La violence quotidienne en milieu rural par les chasseurs est invisibilisée.
Seules quelques associations la médiatise sur les réseaux sociaux et quelques pétitions circulent mais l’ampleur de cette violence et de ses séquelles est méconnue car passée sous silence.
Séquelles
Les séquelles invisibles
Les séquelles peuvent être très importantes, de longue durée, parfois irréversibles.
Si les blessures physiques sont identifiables par des radios, des handicaps, des séquelles physiologiques et donc assez facilement compréhensibles et explicables devant la justice et pour le grand public, les blessures psychologiques sont impalpables, abstraites et les certificats médicaux et ITT plus complexes.
Un pied amputé par un tir de chasse ou un genou explosé par une balle sont des handicaps concrets.
Des angoisses suite à un tir dans la cuisine ou la chambre d’enfant ayant laissé un impact de balle sont compréhensibles puisque des éléments matériels existent.
Mais, un tir de chasse dangereux resté sans impact est compliqué à prouver et ses séquelles difficiles à présenter.
La confrontation au danger de mort réel, immédiat, provoque un traumatisme psychologique, stress aigu puis stress post-traumatique, divers troubles bien connus dans d’autres agressions mais minimisés, ignorés, méprisés dès lors qu’il s’agit de la chasse.
Il peut s’agir de troubles psycho-somatiques, insomnies, anxiété, perte d’appétit, repliement sur soi, peur de sortir, crises d’angoisse, cauchemars, tachycardie, palpitations cardiaques, arythmies, etc…
Des atteintes physiologiques existent également comme les attaques cardiaques par exemple et d’autres encore ignorées pour la chasse alors que bien identifiées dans d’autres agressions (harcèlement moral, agressions, menaces, conflit de voisinage, etc…).
Les professionnels constatent des traumatismes équivalents à celui du viol lors de violation de la propriété privée.
Il y a effraction de l’intimité: la propriété privée est considérée psychologiquement comme le prolongement corporel et le prolongement du domicile privé, environnement protecteur. L’intrusion forcée génère un sentiment aigu de profanation de l’intimité. La violation de son espace privé est d’une grande violence provoquant une perte de sécurité, une vulnérabilité, un sentiment d’impuissance, de l’hypervigilance épuisante, des angoisses face à la profanation de son chez-soi.
C’est un traumatisme psychique majeur, comparable, en intensité, à une situation de guerre, de torture ou de catastrophe extrême. Il ne disparaît pas avec le temps, il se transforme, s’enfouit, se déplace, ressurgit.
La mémoire traumatique ne s’intègre pas comme un souvenir ordinaire : elle revient sous forme de sensations, d’images, de douleurs, de peurs diffuses. Le cerveau utilise des réponses neurologiques de protection.
Les conséquences peuvent être psychiques, comportementales, somatiques.
La réponse au trauma n’est pas une faiblesse mais un comportement de défense et de survie.
Les preuves médicales difficiles à établir
Un médecin peut lire la radio d’une fracture, voir les hématomes sur le corps d’une femme battue mais comment établir un certificat sur une violence de chasseurs ?
Les preuves ne sont pas médicales, établir des ITT (au sens pénal) est très compliqué encore plus si le médecin ne considère pas la chasse comme dangereuse et ne comprend pas la volonté d’interdire la chasse dans sa propriété.
La culpabilisation des victimes est récurrente et aggravent les conséquences.
Les faits et les preuves par photos ou vidéos ne constituent pas des informations médicales pouvant être mentionnés dans le certificat médical contrairement à une radio, des contusions, des oedèmes cérébraux.
Les rendez-vous médicaux sont difficiles à obtenir du fait de la pénurie en milieu rural, l’agression par un chasseur ou le choc consécutif au danger de mort du fait du comportement d’un chasseur ne sont pas considérés comme une urgence médicale, encore moins pour obtenir un rendez-vous avec un spécialiste, psychiatre ou psychologue.
Il est impensable d’encombrer les services d’urgence pour de telles situations de chocs psychologiques.
Les unités médico-judiciaires reçoivent essentiellement sur réquisition judiciaire en vue d’établir les ITT au sens pénal (pas toujours bien comprises par les médecins généralistes). Ces unités médico-judiciaires sont en ville préfecture et souvent éloignés des domiciles des victimes rurales en état de choc et pas toujours en capacité ni de déposer plainte immédiatement ni de faire de long déplacement dans un contexte de dénigrement.
Voici des exemples de séquelles d’agression ou de mise en danger de mort suite au comportement d’un ou de plusieurs chasseurs :
- « anxiété, pleurs, troubles de sommeil, troubles de concentration, tremblements, céphalée, sentiments d’insécurité, colère, se sent harcelée, intimidée, en danger, déprimée. »
- « trouble du sommeil, anorexie, troubles de la concentration, incapacité d’effectuer les tâches quotidienne »
- « trouble du rythme cardiaque dans un contexte de stress important, mise en place traitement médicamenteux »
- «Elle présente un état de stress aigu, avec une insomnie tenace, des angoisses permanentes et une mémorisation anxieuse des faits, encombrant tout son champ psychique, gênant ses activités personnelles et professionnelles et une inappétence. Cliniquement, il y a une hypertension inhabituelle, des fréquences cardiaque et respiratoire élevées. L’état actuel entraine une ITT qui sera réévaluée en fonction de l’évolution de psychologique et de l’apparition éventuelle d’un état de stress chronique. »
Les conséquences
Les troubles du stress post-traumatique sont des troubles psychiatriques qui surviennent après un événement traumatisant. Ils se traduisent par une souffrance morale et des complications physiques qui altèrent profondément la vie personnelle, sociale et professionnelle.
Dans d’autres types d’agression, notamment harcèlement moral au travail ou harcèlement scolaire, il y a des infarctus, des attaques cardiaques mortelles, des suicides.
Les agressions psychologiques dans la vie quotidienne liées à la chasse ne sont pas identifiées comme des violences, les chasseurs sont protégés par un discours généralisé en leur faveur, par une protection quasi-systématique des autorités locales, par des procédures inadaptées à l’urgence de la situation.
Pourtant ces violences sont exercées par des personnes armées et souvent en groupe alors que les victimes sont souvent des personnes vulnérables, retraités, femmes, sans arme, isolées. Les habitats ruraux sont souvent espacés et manquent de témoins sans parler de la crainte de représailles empêchant les signalements aux autorités ou suite à des intimidations y compris des autorités.
La qualité de vie et la santé des victimes sont en péril et les agresseurs impunis persistent.
Les troubles du stress post-traumatique se manifestent par sa reviviscence régulière, accompagnée de manifestations physique liées à l’émotion extrême ressentie. Les chasseurs-agresseurs provoquent ces reviviscences régulières à chaque nouvelle chasse, à chaque présence en arme, à chaque nouvelle altercation.
Les troubles du stress post-traumatique altèrent de façon significative la vie personnelle, sociale et/ou professionnelle des victimes, dans la durée du fait du contexte.
Toutes les victimes ont pour point commun d’avoir vécu cet évènement comme un facteur de stress intense ou d’effroi, face auxquels ils se sont sentis impuissants.
Le souvenir traumatique ne suit pas la procédure habituelle d’analyse et de mise à distance. En effet, dans les troubles du stress post-traumatique, l’intensité de l’évènement serait telle qu’elle provoque une hypermnésie sur le plan émotionnel. Seules les émotions ressurgissent, avec une puissance similaire à l’évènement initial.
Le stress post-traumatique peut se chroniciser et s’associer à d’autres types de manifestations perturbant la vie quotidienne et des troubles du comportement comme de la dépression ou l’anxiété, des manifestations somatiques, obligeant à traitement médicamenteux et suivi par des spécialistes.
Il a des répercussions handicapantes sur la vie sociale, familiale et professionnelle.[7]
L’absence de considération pour les victimes de la chasse ne permet pas une prise en charge rapide et adaptée.
Victimisation secondaire : la double peine
Au‑delà du droit français, la victimisation secondaire est mentionnée dans différents textes internationaux signés et ratifiés par la France.
Elle désigne les dommages psychologiques, sociaux et symboliques que la victime subit non pas du fait de l’agresseur, responsable de la victimisation primaire, mais du fait du système institutionnel et judiciaire, de sa lenteur, de son incrédulité, de ses stéréotypes, des humiliations qu’il inflige parfois sans en avoir conscience.
Extrait de la Recommandation CM/Rec(2023)2 du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe aux États membres sur les droits, les services d’aide et le soutien des victimes de la criminalité :
« Conscient de la nécessité de veiller à ce que les victimes soient reconnues et traitées avec respect, tact, professionnalisme, de façon personnalisée et de manière non discriminatoire, chaque fois qu’elles sont en contact avec des services d’aide aux victimes ou de justice restaurative, ou une autorité compétente agissant dans le cadre d’une procédure pénale ou autre procédure judiciaire applicable;
Favorable à une approche plus globale des droits des victimes pour chercher à développer et à élargir encore les droits des victimes et les services aux victimes au‑delà du cadre de la procédure pénale en mettant en avant les droits des victimes non seulement dans le cadre des procédures pénales, mais aussi avant, après ou indépendamment de ces procédures; » [8]
La France a été condamnée à deux reprises en 2025 par la CEDH qui rappelle les obligations positives, c’est-à-dire le devoir par les autorités de l’Etat de prendre des mesures en vue de sauvegarder les droits de la Convention.
La victimisation secondaire résulte non pas directement de l’infraction pénale initiale mais de la réponse apportée à la victime par les institutions publiques et privées ainsi que les autres individus, créant un préjudice distinct, ouvrant droit à réparation.
C’est la maltraitance institutionnelle, l’atteinte à la dignité de la victime présumée. La Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a retenu la caractérisation d’une victimisation secondaire, quand bien même les poursuites n’aboutissent pas à une condamnation de la personne accusée.
C’est le double traumatisme de l’agression suivie de la réponse institutionnelle inadaptée, fautive. Les propos culpabilisants, stéréotypés, sexistes, les questions intrusives, la minimisation des faits, l’inversion de la réalité lors des auditions, les refus de plaintes ou délais excessifs de procédures sont des agressions secondaires à celle initiale, insupportables pour la victime en état de choc et de sidération de la part d’institutions alors même que le danger persiste au quotidien et plus encore le risque de représailles par des individus armés.
Cette situation est particulièrement difficile à vivre puisque, contrairement à d’autres types d’agressions, les chasseurs ont le droit légal de détenir des armes, de se déplacer avec leurs armes et d’utiliser leurs armes.
Atteintes aux droits fondamentaux
Les victimes des chasseurs et de la chasse sont privées de leurs droits fondamentaux, notamment :
- Droit à la liberté d’opinion
- Droit à l’opposition de conscience à la chasse
- Droit à la liberté d’expression
- Droit à la vie
- Droit à la santé et à l’intégrité physique
- Droit à la propriété et à l’usage de sa propriété
- Droit d’aller et venir
- Droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé, en milieu rural
- Droit à un procès équitable
- Droit à la dignité des victimes.
Face au loisir de la chasse, les droits fondamentaux des non-chasseurs sont prioritaires par principe mais pas dans les faits ni dans les procédures concernant les victimes de cette activité récréative.
L’invisibilisation des victimes des chasseurs et l’impunité instaure et renforce la normalisation de leur violence.
[1]https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/haute-vienne/chatelains-chasseurs-mauvaise-fable-1605189.html
[2]https://france3-regions.franceinfo.fr/pays-de-la-loire/vendee/la-roche-sur-yon/dans-cette-commune-de-vendee-la-justice-dit-non-a-la-chasse-illimitee-aux-sangliers-3391294.html
[3]https://www.ecologie-radicale.org/images/stories/11_09_26_Victime_riveraine.pdf
[4]https://www.leparisien.fr/yvelines-78/lievre-decapite-cheval-alcoolise-impact-de-balle-dans-ce-fief-de-chasseurs-le-parcours-seme-dembuches-dune-eleveuse-23-07-2026-NXOSHPUR2BDJPCP72DQVCMNIVY.php
[5]https://www.mypetition.org/petition/animaux/stop-massacre-biches-cerfs-prefecture-propriete/273480/actualite/87430
[6]https://ofb.gouv.fr/la-securite-a-la-chasse
[7]https://www.inserm.fr/dossier/troubles-stress-post-traumatique/
[8]https://www.europedeslibertes.eu/article/souffrir-deux-fois-ou-quand-la-procedure-devient-une-epreuve-la-notion-de-victimisation-secondaire-dans-la-jurisprudence-de-la-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme/




















