Numéro 5Animaux domestiquesAdoptés, des histoires de chats, racontées par les chats… Et leur maman

Marie de Launay15 octobre 20214 min

J’ai adopté des chats invisibles, de ceux que personne ne regarde, de ceux qui ne sont plus assez jeunes, pas assez beaux, un peu malades, trop peu sociables. J’ai adopté des rebuts, des déchets, j’ai adopté  des encombrants.

Certains ont eu des familles, d’autres sont nés dans la rue, petite vie insignifiante issue de l’inconscience de l’humain qui ne stérilise pas.

Jetés à la rue dès que « ça » devient trop grand, parfois même à peine nés. De plus en plus souvent, simplement nés sauvages ; le temps a fait son travail et ce sont désormais des générations de chats qui se sont reproduits dans nos villes et nos campagnes.

Si on ne prend pas conscience de l’ampleur de la catastrophe, si on ne trouve pas rapidement une solution pérenne au problème, une loi finira par autoriser les chasseurs à massacrer en toute légalité ces indésirables petites boules de poils qu’on accuse de mettre en péril la faune.

Ma « conscience animale » s’est éveillée très tôt devant un reportage sur le massacre des bébés phoques. À peine âgée de six ans, la brutalité des images s’est ancrée dans mon jeune cerveau et a tourné en boucle tel un disque rayé. Je ne savais ni quand ni comment mais j’avais la certitude que la cause animale serait une priorité dans ma vie future.

Mon engagement a démarré aux alentours de mes dix-sept ans, le jour où j’ai croisé Margotte, une petite chatte errante battue et brûlée vive. De ma vie entière, je n’ai pas souvenir d’avoir pris une décision aussi rapide, l’adopter était une évidence. Je n’avais aucune connaissance des chats, n’en ayant jamais côtoyé. De leurs caractères et de leurs besoins élémentaires je ne savais rien.

Il est de ces rencontres de hasard qui bouleversent votre existence, choisir d’adopter un animal dans cet état alors que je n’étais pas encore majeure a eu un impact considérable sur l’adulte que j’allais devenir.

Je n’irai pas jusqu’à dire que Margotte m’a façonnée mais il est indéniable qu’avoir à prendre soin d’un félin terrorisé et agressif alors que j’étais moi-même en pleine construction m’a fait grandir d’une manière différente. Je n’étais plus seule, j’avais la responsabilité d’une petite vie remplie de traumatismes et j’étais bien décidée à la sauver de toutes les manières possibles.

À compter de cet instant, je décide de venir en aide à ceux dont personne ne veut: les invisibles qui peuplent les refuges.

Durant trois décennies j’adopte des indésirables, des vieux, des handicapés, des peureux, partageant mon quotidien avec des animaux si terrorisés par l’humain que chaque adoption est une sorte de challenge personnel à relever. À chaque nouvel arrivant, traumatisé par son passé, je me demande de quelle manière il me perçoit, j’essaie de me mettre à sa place, de penser comme lui. J’adapte mes gestes et mon approche à son comportement, j’interagis différemment avec chacun car j’ai conscience que pour eux, à cet instant décisif de leur arrivée au sein de mon foyer, je suis perçue comme une menace et non comme leur sauveuse.

Alors que je viens en moins de trois mois d’adopter deux nouveaux malheureux, de perdre le chat de ma vie et de prendre en charge un chat errant, un accident me contraint pour quelques mois à l’inactivité totale. Je passe mes journées clouée dans un fauteuil à ruminer, je n’ai pas l’habitude de rester ainsi alors je concrétise un vieux projet : mettre par écrit ce que mes compagnons de route m’ont apporté.

Je choisis une forme narrative originale en donnant la parole à ceux qui ne l’ont pas. Je fais parler mes chats, j’imagine leur vie, telle qu’ils ont pu la ressentir. À travers mes mots, ils racontent ce qu’ils ont enduré et leur bonheur de retrouver la chaleur d’un foyer. Un ouvrage personnel sans prétention, des tranches de vie si banales que je n’ose en parler et partager mes écrits qu’à quelques amis proches et dévoués comme moi à la cause animale. Leurs retours sont enthousiastes et me poussent à aller plus loin et à tenter l’auto édition.

Je bricole ma mise en page, ma fille m’aide à fabriquer un visuel pour la couverture et je me lance.

Pour mettre en avant mon ouvrage, je parle de récit à double narration puisqu’après avoir donné la parole à mes chats, je raconte chaque histoire de mon point de vue. J’ai des doutes au moment de le mettre en ligne : quel  intérêt un lecteur pourrait trouver à lire ma vie et celle de mes chats ? C’est un exercice difficile de m’exposer ainsi.

Je propose à des refuges et associations qui me tiennent à cœur de partager quelques mots de mon livre sur les réseaux sociaux et en contrepartie je m’engage à leur reverser une partie de mes droits d’auteur. Et l’engouement arrive, oh pas un succès certain de librairie bien sûr, je ne suis pas une spécialiste de la communication, mais mes mots touchent les lecteurs, ils versent parfois quelques larmes, rient aux bêtises de mes chats et me laissent de beaux commentaires.

En six mois j’ai déjà reversé une jolie somme à plusieurs associations alors à l’approche des fêtes de fin d’année, j’écris rapidement un petit conte qui met en lumière le calvaire parfois subi par l’animal offert en cadeau. Je reverse l’intégralité de mes droits d’auteur à une association qui œuvre pour les chats handicapés. Encore une fois les commentaires sont unanimes.

En plus d’un an, j’ai reversé des centaines d’euros aux associations. Je suis heureuse de ce résultat, fière de pouvoir contribuer à ma mesure, à les aider un peu.

Mais ma plus belle récompense est venue de cette lectrice qui a acheté mon livre uniquement parce qu’elle me connaissait vaguement et qui, après sa lecture, m’a dit ces quelques mots « J’ai pris conscience en vous lisant de la détresse des animaux de refuge, la prochaine fois que je décide de prendre un animal, j’irai en choisir un vieux, ou un handicapé, ou un peureux ».


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