Rencontre avec Julie Lehideux Vernimmen du sanctuaire « Le Vernou »

Elisa Lorenzini4 juin 202136 min

Qu’est-ce que Le Vernou ?

Le Vernou est un sanctuaire animalier, construit sur une ancienne propriété de chasse.

Le domaine de 70 hectares est entièrement clôturé en « cynégétique » (à la manière d’un parc de chasse), ce qui nous permet de nous soustraire aux règles de chasse, notamment aux battues administratives qui sont sinon obligatoires dans tout espace de plus de 30 hectares.

Cette clôture permet également aux animaux de jouir de la totalité de l’espace disponible (de la forêt aux étangs), et de retrouver leur autonomie en vivant en semi-liberté et en sécurité.
Ainsi peuvent cohabiter chevaux, ânes, vaches, cochons, chèvres et moutons en toute quiétude, en se rapprochant au maximum de leur état naturel et en évitant toute domestication inutile.

Le refuge se situe dans une zone qu’on qualifie souvent de place forte pour la chasse en France. Quelle est la spécificité d’être implantée en Sologne en terme de relation avec l’extérieur ?

Avec plus de 346.000 hectares de superficie, le site Natura 2000 de la Sologne est le plus vaste de France. L’omniprésence de la forêt et des étangs et un sol peu propice à l’agriculture, en ont fait sa renommée de « pays de la chasse ». La forêt, qui constitue l’élément dominant de la Sologne, est privée à plus de 90% et majoritairement utilisée pour la pratique de la chasse.

Le sanctuaire Le Vernou est donc considéré localement comme une zone marginale, et l’interdiction de la chasse sur le domaine a été très mal perçue par une frange de chasseurs locaux qui avaient pour certains l’habitude d’y chasser depuis des décennies.

Nous avons constaté, à regret, plusieurs nuances de nuisances, comme des vols d’animaux ou du braconnage sur le domaine, du cyber-harcèlement, ou encore des dégâts matériels comme des dégradations sur nos clôtures, portails et véhicules.

Quels sont les enjeux particuliers d’un refuge pour animaux construit sur un enclos de chasse? Accueillez-vous aussi des animaux sauvages?

L’association Le Vernou est déclarée comme élevage bovin, caprin, ovin et porcin, ce qui lui permet d’accueillir des animaux d’élevage.

La notion d’enclos cynégétique quant à elle vise à nous assurer une jouissance totale de la propriété. Ainsi, elle est notamment exclue de l’application d’un plan de chasse, obligatoire sur toute propriété de plus de 30 hectare, et exempte donc le ou la propriétaire de la participation financière destinée à financer l’indemnisation et la prévention des dégâts de grand gibier. L’agrainage ou l’affouragement ne peuvent pas non plus être restreints, il y est donc légal de nourrir des animaux sauvages considérés comme du gibier.

Le gibier présent dans l’enclos cynégétique est considéré comme appartenant donc au propriétaire. Ce dernier peut ainsi être chassé toute l’année dans l’enclos, et donc aussi conservé jusqu’à la fin de sa vie. Un enclos cynégétique demeurant un milieu naturel, l’introduction dans l’enclos, tant de grands gibiers, nécessite une autorisation d’introduction délivrée par le préfet. A la différence d’un centre de soin, qui aura pour obligation de relâcher les animaux dans la nature les exposants ainsi aux risques de la chasse, un refuge construit sur un parc cynégétique peut donc assurer aux animaux sauvages considérés comme du gibier un espace de vie sur le long terme.

Racontez-nous une journée type au Vernou s’il vous plait ?

Les journées au Vernou sont très diverses et ne se ressemblent pas. Les tâches quotidiennes récurrentes sont essentiellement liées à la surveillance du bien-être des animaux, à l’analyse des comportements pour anticiper au mieux les possibles besoins vétérinaires, et s’assurer qu’ils ont accès à l’eau, la nourriture et à toutes les choses qui constituent leurs besoins essentiels liés à leur espèce.

Les chats ou les chiens par exemple nécessitent une attention particulière qui leur est apportée par l’équipe du sanctuaire, quand les autres animaux développent une vrai autonomie qui leur permet de dépendre au minimum des humains.

Une vérification quasi quotidienne des infrastructures comme la clôture, la maison et les abris des animaux, prennent aussi un temps non négligeable.

La charge administrative est aussi très présente, la diversité des activités mis en place pour financer le sanctuaire étant très variée, le travail de bureaucratie occupe un certain temps. Cependant, la gestion des stocks, des soins, des travaux en cours ou à venir, des urgences, ou simplement des conditions météorologiques rythment les journées de manière complètement imprévisible et difficilement explicable en quelques lignes.

Personnellement, qu’est ce qui vous donne la force nécessaire pour tenir ?

Suite à la succession et à l’héritage liés au décès de mon père, j’ai eu la chance d’être privilégiée foncièrement et financièrement. C’est cette aisance financière qui me permet de prendre en charge et de m’occuper d’animaux issus de l’exploitation au quotidien. Je ne pense pas pouvoir parler de force devant de tels privilèges. Cependant je pense avoir une certaine motivation pour essayer de faire bouger les choses à mon échelle, avec les moyens qui me sont donnés, et si c’est cela qu’on appelle la force, elle est présente chez chaque militant.

Récemment, on a vu des activistes animalistes être durement frappés judiciairement pour leurs actions. Quelle est votre vision de la libération animale et comment voyez-vous l’avenir pour le mouvement de protection animale en France ?

Le mouvement de protection animale en France a été très longtemps considéré comme dépolitisé, limité aux chiens et chats, en incluant cependant les animaux visés par la chasse, le cirque, ou les élevages de fourrure, au contraire des animaux de boucheries qui en ont été longtemps exclus.

Des associations procédant à des libérations comme 269 Libération Animale ou d’autres activistes autonomes a, à mon sens, repolitisé de manière forte et essentielle le mouvement en l’ancrant plus à gauche et en intégrant au cercle de compassion les animaux de consommations, là où l’indignation pour le sort des animaux de fermes se consacrait uniquement aux agneaux victimes de l’Aïd quand les cochons, vaches et autres animaux dit « de boucherie » étaient uniquement défendus par de rares associations et par la tranche des végétariens ou végans qui ne faisait pas l’unanimité dans le mouvement de protection animale.

Les condamnations dont ont été victimes les activistes comme par exemple les membres de 269 Libération Animale, ayant procédés à des libérations, revendiquant un droit à la vie des animaux d’élevages et de consommations, qui ont longtemps été les grands oubliés de la protection animale, sont à mon sens profondément injustes et représentatives du retard de la France sur ces questions qui sont essentielles.

Le manque de soutiens pour ces militants qui sont les pionniers sur les sujets comme
l’antispécisme, et qui par leurs actions et leurs engagements, représentent un vrai renouveau pour la protection de tous les animaux, quelle que soit leur espèce, est déplorable. La criminalisation de leurs action est la vitrine d’un vrai retard politique de la France sur ces questions, et une volonté de l’Etat de faire taire un mouvement pourtant plus que présent. Ces activistes ont besoin d’un soutien financier important qu’il est essentiel de leur donner afin de pouvoir continuer leurs actions. Il est important que ce mouvement ne soit pas muselé par les amendes ou autres condamnations que l’Etat met en place.

Julie Lehideux-Vermimmen, Présidente de l’association Le Vernou

https://www.facebook.com/levernou/

https://twitter.com/levernou

3 commentaires

  • Pierre Viaud

    5 juin 2021 à 11h40

    Bonjour. Merci de tous vos efforts envers les animaux. C’est une cause vraiment très noble. Je vous souhaite de continuer le même chemin de vie. Cordialement. Pierre.

    Répondre

  • HERVE Monique

    4 juin 2021 à 13h00

    BONNE IDEE J APROUVE TOUJOURS D ACCORD POUR DES SOLUTIONS POUR PROTEGER TOUS LES ANIMAUX

    Répondre

  • HERVE Monique

    4 juin 2021 à 12h58

    BONNE IDEE J APPROUVE

    Répondre

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