Numéro 25SolidaritéLucky Horse à Mazan : des alertes de mai aux retraits judiciaires, un dossier qui ne cesse de s’alourdir

Six équidés retirés en juin, quatre hospitalisés, de nouveaux retraits en septembre, des témoignages anciens décrivant privations alimentaires, chaînes, coups et absence de soins : Les Chevaux de l’Éden racontent comment ce dossier s’est construit, depuis la première alerte jusqu’à l’audience devant le tribunal correctionnel de Carpentras fixée au 4 novembre.

Tout commence à la mi-mai 2026. Une lanceuse d’alerte vient nous rencontrer avec un dossier qu’elle dit ne pas parvenir à faire traiter malgré la gravité des faits rapportés. Nous décidons de nous rendre sur place pour vérifier ce qui peut l’être. Ce que nous observons rejoint alors plusieurs éléments déjà décrits dans des attestations. Nous faisons le choix de documenter, de transmettre aux autorités et de rester discrets : à ce stade, notre priorité n’est pas de communiquer, mais de permettre une intervention solide sans mettre les animaux ni les témoins davantage en difficulté.

Avant même la saisie du 17 juin, les écrits étaient déjà lourds. Une ancienne salariée, présente au Lucky Horse de 2021 à 2025, écrit notamment : « Certains chevaux pouvaient être à jeun pendant plusieurs jours pour les affaiblir ». Elle décrit aussi des chevaux attachés à des arbres avec « une chaîne qui entoure le nez », susceptible de se resserrer lorsqu’ils tirent, ainsi que l’usage de bâtons rigides lors de séances dites de « cession d’espace ».

Une autre attestation, signée le 27 mai 2026 par une ancienne volontaire en service civique, décrit directement plusieurs animaux que nous retrouverons ensuite dans le dossier. À propos de Purusha, pouliche qui sera retirée en juin et confiée à notre refuge, la témoin écrit : « Il la faisait tourner en rond en la frappant violemment avec le bout de la longe ». Elle décrit également New Star frappé à la tête, Olympe laissée des heures à l’attache avec des chaînes, une jument maintenue avec une chaîne autour du museau jusqu’à des épisodes d’étouffement, et Triana dans un état d’extrême maigreur. Concernant cette dernière, elle rapporte cette justification : « ça ne sert à rien de la nourrir en quantité ».

Une troisième ancienne salariée, éducatrice sportive, résume pour sa part ce qu’elle dit avoir personnellement observé par les termes « privations alimentaires », « absence de soins vétérinaires » et « cadavres d’animaux déposés sur le compost ou enterrés sur place ». Ces phrases sont extraites d’attestations remises à notre association et transmises aux autorités. Elles rapportent les déclarations de leurs auteurs ; elles ne constituent pas, à elles seules, des constatations judiciaires.

Le 17 juin 2026, la justice ordonne un premier retrait. Six équidés sont confiés aux Chevaux de l’Éden. Quatre doivent être hospitalisés. Selon les éléments rendus publics, un poney est évalué par la DDPP à une note d’état corporel de seulement 0,25/5. Nos rapports vétérinaires décrivent chez plusieurs animaux un amaigrissement majeur et retiennent le diagnostic de « malnutrition ou dénutrition ». Des protocoles de réalimentation progressifs, des analyses, des traitements antiparasitaires et des soins sont mis en place. Au fil des semaines, plusieurs équidés reprennent de l’état, évolution documentée par les vétérinaires et nos photographies comparatives.

Mais la première saisie ne met pas fin aux alertes. Durant l’été, deux personnes présentes au sein de la structure nous transmettent de nouveaux éléments. Début septembre, plusieurs témoignages décrivent des violences sur New Star, jeune cheval de trois ans : coups avec un objet en bois, contention, chute et blessures. Des photographies prises ensuite montrent des lésions visibles sur la face et les membres. Nous avons toujours distingué ce que montrent les images de ce que rapportent les témoins : l’origine exacte de chaque lésion relève de l’examen vétérinaire et de l’enquête.

Le 26 août, deux cochons apparaissent dans plusieurs récits. Des témoins relatent leur mise à mort violente puis leur enfouissement sur la propriété. Un complément d’attestation fournit ensuite un plan des zones signalées. Selon les informations communiquées à notre association, des fouilles menées par la gendarmerie ont par la suite permis de retrouver deux carcasses de cochons. Cette découverte ne permet évidemment pas de tenir pour établies toutes les déclarations du dossier, mais elle donne un poids matériel particulier aux signalements d’enfouissement qui avaient été transmis avant les investigations.

Les 16 et 17 septembre, de nouveaux animaux sont retirés. Plusieurs équidés ainsi qu’un bouc sont mis en sécurité. Le bouc présente de graves lésions génitales dans un contexte de castration à l’élastique rapporté dans plusieurs attestations. Une jument présente, elle, une suspicion de fracture du bassin. Son état ne permet pas un transport dans les conditions habituelles lors de la première tentative. Elle est finalement évacuée le lendemain au moyen d’une ambulance équine afin de limiter au maximum les contraintes liées au déplacement. Cette évacuation illustre à elle seule le niveau d’urgence sanitaire rencontré sur certains animaux du dossier.

À ce stade, il ne s’agit plus d’une divergence sur des méthodes d’éducation équestre. Les témoignages parlent de privations de nourriture, d’animaux attachés ou isolés, de coups, de contentions décrites comme dangereuses, d’absence ou de retard de soins, de morts et d’enfouissements. Et surtout, certains faits allégués sont postérieurs à la première saisie judiciaire.

Le volet pénal est désormais ouvertement engagé. Face à la lourdeur du dossier et au manque de visibilité de notre petite association, nous avons directement sollicité l’Association Stéphane Lamart afin qu’elle nous aide à faire connaître cette affaire. Après lecture des documents transmis – attestations, photographies et éléments vétérinaires -, l’Association Stéphane Lamart a accepté de contribuer à la médiatisation du dossier et nous a informés de sa décision de se constituer partie civile. Le gérant du Lucky Horse a depuis été placé en garde à vue puis sous contrôle judiciaire. Il doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Carpentras le 4 novembre 2026 à 14 heures. La présomption d’innocence demeure naturellement applicable jusqu’à une décision définitive.

Pour nous, une urgence demeure : les animaux encore présents. Le dossier concernait initialement une trentaine d’équidés ainsi que plusieurs animaux de ferme. Plusieurs ont aujourd’hui été retirés, mais d’autres restent sur place. Au regard de l’ensemble des éléments recueillis, des faits allégués postérieurs à la première saisie et des constatations déjà objectivées sur les animaux retirés, nous demandons le retrait et la mise en sécurité de l’intégralité des animaux encore présents sur la structure, toutes espèces confondues. Les Chevaux de l’Éden ont proposé d’en assurer la prise en charge et la coordination avec les autorités et les structures partenaires nécessaires.

Nous avons déjà engagé près de 10 000 euros dans ce dossier avant même de lancer une campagne publique dédiée. Soins, hospitalisations, transports, analyses, alimentation spécifique, traitements, hébergement : nous avons assumé dans la discrétion pour préserver l’enquête. Aujourd’hui, nous avons besoin d’une mobilisation à la hauteur de la durée et de l’ampleur de cette prise en charge.

SOUTENIR LES ANIMAUX ET LA POURSUITE DES PRISES EN CHARGE : Collecte « Saisie judiciaire Mazan 84 » – Les Chevaux de l’Éden

Notre ligne reste la même : la justice déterminera les responsabilités. Notre rôle est de documenter, de soigner et de protéger. Et tant qu’il restera un animal à mettre à l’abri, nous ne considérerons pas ce dossier comme terminé.


Association Les Chevaux de l’Éden - Laura Fortit, présidente
Site Web | Autres articles

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.