Numéro 25Culture contemporaineEcouter, Observer et Protéger les Oiseaux

Grégory Pitaud15 octobre 20266 min

Les oiseaux, et plus particulièrement les oiseaux de jardins, ont cette faculté de pouvoir presque unanimement remporter l’adhésion du public. Leur chant est pour beaucoup synonyme d’apaisement et de sérénité. Leur vision évoque en nous la beauté, la grâce et la fragilité. En effet, qui n’a pas déjà craqué devant une mésange bleue se lissant les plumes sur une branche ou un rossignol chantant à gorge déployée au sommet d’un bosquet. Il n’en est malheureusement pas de même pour tous les représentants des différentes familles d’oiseaux, et notamment pour les mal-aimés corvidés, accusés bien injustement de tant de maux. Nos chers passereaux jouissent quant à eux d’un capital sympathie chez leurs nombreux observateurs attentifs ou occasionnels

Le plus souvent, nous les entendons plutôt que les voyons, leurs chants trahissant leur présence lors d’une promenade en forêt, lors d’une pause dans un parc ou un jardin. Nous associons bien souvent, consciemment ou non, leur écoute à un sentiment de bien-être. En effet, selon une étude scientifique menée par le King’s College de Londres, publiée dans la revue Scientific Reports, les rencontres avec les oiseaux, qu’elles soient visuelles ou auditives, améliorent de manière significative le bien-être mental des personnes et cela même durant plusieurs heures après que le contact ou l’écoute ait eu lieu. Il est même mis en relation par une autre étude (BioScience, 2017) que plus le nombre d’oiseaux présents dans les quartiers urbains est important, moins les populations souffrent de dépression, d’anxiété et de stress. Ces travaux scientifiques convergent vers un bienfait avéré de la présence des oiseaux pour nous autres humains. Il est donc tout à fait normal que nous associons leur chants et leur  vision à un sentiment de bien-être.

Les chants des oiseaux sont un message que nous connaissons depuis la nuit des temps, il a toujours été, pour l’homme, un synonyme de sécurité et d’apaisement. A l’inverse une absence totale de bruits au sein d’une forêt révélait sans nul doute la présence d’un prédateur impliquant de se cacher et rester silencieux pour ne pas révéler notre présence. Il semblerait que notre cerveau reptilien traduise les chants d’oiseaux comme un signal nous autorisant à relâcher notre vigilance, réduisant ainsi  immédiatement notre stress. Certains oiseaux sont également coutumier, d’annoncer la présence d’un intru par un cri d’alerte à destination de ses congénères et des habitants de la forêt. Le merle noir en est un parfait exemple, qui plus est, facile à observer grâce à sa bonne représentativité sur notre territoire. Si vous avez l’habitude de vous promener en forêt et que vous venez à déranger par mégarde un merle noir caché dans les fourrés, vous avez surement déjà entendu ce cri d’alerte, répétitif et aigu, qu’il émet en s’envolant devant vos pas. Ce cri a pour destination ses semblables mais il est également interprété par l’ensemble des êtres vivants de la forêt qui voient en lui un messager porteur d’alerte. Bien entendu les chants et cris des oiseaux ne se bornent pas à alerter, ils ont pour vocation de nombreuses fonctions comme, le marquage territorial, la reproduction ou tout simplement la communication entre individus. Ces chants sont complexes et propres à chaque espèce, il peut varier selon les habitats et même pour chaque groupe d’individu. En effet, il a été prouvé en étudiant des mésanges femelles qu’elles étaient potentiellement plus attirées par des mâles qui avaient un chant proche de celui de leur père que d’autres. Autant vous dire que nous n’avons accès qu’à une infime partie du message porté par un chant d’oiseau.

L’observation des oiseaux reste une activité finalement assez simple si on se plie à quelques règles basiques qui prévalent pour toutes les espèces d’animaux sauvages : la discrétion, le silence, et surtout la patience. Le but premier est ne pas déranger les animaux, être un observateur invisible. Jumelles, longue-vue ou appareil photo, en billebaude ou en affut, peu importe le moyen, il faut rester discret. En tant que photographe amateur, je respecte une règle simple : mieux vaut une photo d’un sujet éloigné qu’un gros plan qui fait fuir celui-ci. Le Saint Graal est de réussir un gros plan sans se faire voir ou de rester dans une zone de sécurité pour l’animal. Cette règle est importante car on ne mesure pas toujours l’impact de notre présence. Dans le meilleur des cas, une intrusion peut faire fuir le sujet, mais dans le pire des cas elle peut déclencher un abandon de nid. Préférons toujours laisser les oiseaux s’approcher qu’aller à leur rencontre de manière intrusive. Privilégiez les observations à partir du lever du jour lorsque les oiseaux sont les plus actifs, ceci facilite le repérage et permet d’écouter au fur et à mesure l’arrivée des différentes espèces dans la chorale générale.

Comme nous avons pu le préciser, les oiseaux sont parmi les animaux sauvages les plus simples à observer, compte tenu des multiples familles et espèces représentées. Leur habitat est également bien souvent assez proche de nos lieux de vie. Qui n’a pas déjà fait l’expérience de nourrir ces chers petits lors des périodes de froid, lorsque les ressources à leur disposition sont réduites. J’insiste ici sur le fait que ce petit coup de pouce doit être ponctuel et se limiter à des périodes de froid et ne surtout pas perdurer toute l’année pour ne pas perturber les cycles naturels de régimes alimentaires et limiter les prédations. Je vous invite sur ce point à consulter le site de la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux – https://www.lpo.fr/) où vous trouverez toutes les informations importantes à ce sujet. Un point d’eau propre et régulièrement entretenu sera en revanche apprécié toute l‘année, d’autant plus avec la tendance du climat actuel. Cet oasis devient rapidement un point d’intérêt pour les oiseaux qui viennent ensuite régulièrement s’abreuver. Il peut constituer pour vous un premier rendez-vous régulier avec les espèces peuplant votre région et donner lieu à des observations intéressantes. Si vous vous prenez au jeux, la LPO et le Muséum National d’Histoire Naturelle ont mis en place un site internet (https://www.oiseauxdesjardins.fr/) participatif concernant le recensement et le comptage des oiseaux de jardins. Cette initiative permet de suivre les évolutions des populations à grande échelle via des campagnes de comptages ou au quotidien, en complément d‘études scientifiques.

Le baromètre de l’avifaune récemment publié par la LPO, qui mesure les tendances, les effectifs, les répartitions au travers un protocole scientifique, ressort des indicateurs sur l’état de santé des oiseaux. Celle-ci met en évidence la chute du nombre d’individus au global. Bien que les passereaux soient bien représentés sur la quantité totale des oiseaux de France, ils sont eux aussi en déclin d’une manière globale et ce pour presque la moitié des espèces représentées. Les causes sont malheureusement connues et identifiées : la banalisation des paysages se traduisant par la disparition des haies, des bocages, des zones humides et des prairies, ainsi que l’utilisation de pesticides dans les cultures qui entraine également la diminution des insectes. Le réchauffement climatique a également un impact réel sur les oiseaux, en modifiant leurs périodes de nidification. Celle-ci peut alors coïncider avec la saison des récoltes et entrainer la destruction des couvées pour les espèces nichant au sol. Les périodes de migrations peuvent également être bouleversées et amener les oiseaux à ne jamais rencontrer des proies essentielles à leur voyage. Certains groupes tels que les galliformes et les limicoles payent le prix fort et sont en très fort déclin, d’autres se portent mieux comme les rapaces ou les échassiers qui ont bénéficiés de mesures de protections et de conservation. Ce qui prouve que stopper les persécutions (chasse, destruction d’habitats et nichées…) et protéger permet aux populations de se reformer, ce qui est un signe d’espoir.

Malgré des chiffres qui ne prêtent pas à sourire, en tout cas, pas pour toutes les espèces, il est possible pour chacun d’agir, seul ou via des associations dédiées. En 2025 deux tiers des français déclaraient posséder un jardin (source Ifop), ce qui laisse une belle marge de manœuvre pour réensauvager nos pelouses, faire pousser des haies et laisser la nature s’exprimer par elle-même afin d’aider les oiseaux à reconquérir nos cieux, nos arbres, et nos balcons…        


Grégory Pitaud
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Photographe animalier amateur - Centre Val de Loire

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