Numéro 4Animaux sauvagesLe rat musqué, un rongeur mal-aimé

Laura Vandomme15 juillet 20217 min

En France, il existe des lieux où le temps semble s’être arrêté, où la végétation, les animaux et les humains tentent de vivre en parfaite harmonie. Le marais audomarois (Pas-de-Calais), inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2013, en fait partie. Différents animaux se côtoient et cohabitent dans cet environnement propice à la vie, comme des cygnes, des canards ou des foulques… Même les cigognes y ont trouvé refuge. Pourtant, dans ce lieu privilégié, tous les animaux ne bénéficient pas de cette bienveillance apparente.

Le rat d’Amérique, ou plus communément appelé, rat musqué, tente de survivre dans cet espace idyllique, où les pièges à éviter sont légion.

En 2018, 13 000 individus ont été capturés sur l’ensemble du territoire du Pays de Saint-Omer selon le GDON (Groupement de défense contre les organismes nuisibles). Des piégeurs professionnels et une centaine de volontaires (payés 2 euros « à la queue ») s’affairent à cette tâche mortifère.

Le rat musqué est l’ennemi public n°1 dans le marais depuis plus de 60 ans.

Ses griefs ? Dégradation des berges, des cultures maraîchères et la transmission de maladies.

Lorsque qu’on fait des recherches sur le rat musqué, les descriptions peu avantageuses ne manquent pas : nuisible, dangereux, destructeur, porteur de maladies, fléau… De nombreux maux lui sont reprochés.

Sans remettre en cause les problèmes que peuvent causer les rats musqués, nous allons essayer de comprendre pourquoi cet animal est si mal-aimé et au fond, méconnu. Venons-en à l’origine de sa croissance fulgurante dans les contrées aquatiques du Pas-de-Calais.

Un animal victime de sa fourrure

Le rat musqué est un rongeur originaire d’Amérique du Nord et a été introduit en Europe au début du XXème siècle pour sa fourrure, mais pas seulement. Comme son nom l’indique, il possède des glandes à musc qui secrètent un produit huileux à forte odeur musquée, utilisé en parfumerie.

En Amérique du Nord, plus de 10 millions de peaux étaient vendues annuellement sous le nom d’ondatra et de rat d’Amérique. Son introduction en France devait faire la fortune des opportunistes.

La reproduction en captivité s’est révélée un fiasco et des maladies liées à la très grande promiscuité des rongeurs dans les élevages sont apparues.

Les individus échappés d’élevages ou volontairement libérés dans la nature ont colonisé les milieux naturels et agricoles.

L’industrie de la fourrure a sa part de responsabilité dans l’introduction du rat musqué en Europe.

Son développement a été favorisé par l’absence en Europe de prédateurs naturels, comme l’alligator, les gros serpents et certains grands rapaces.

Il se nourrit principalement de plantes aquatiques, mais aussi de mollusques et de crustacés d’eau douce. Les cultures maraîchères complètent son régime alimentaire.

Son refuge est construit sur les berges, les fragilisant et favorisant l’érosion du sol. Le marais est un endroit propice pour le rat musqué, dépendant des zones humides.

Le rat musqué n’est pas seulement « susceptible de causer des dégâts », il est aussi un nageur hors pair grâce à ses pattes palmées. Il peut comme le castor, demeurer immergé une quinzaine de minutes. Aussi, la disposition particulière de ses dents antérieures lui permet de ronger sous l’eau, tout comme le castor.

Des méthodes contestables

Les moyens de lutte autorisés sont le tir, le déterrage et le piégeage. Ce dernier est le plus souvent utilisé dans le marais audomarois. Le piège en X est une méthode cruelle qui tue le rat musqué par écrasement.

Le piégeage chimique, qui s’est avéré désastreux d’un point de vue environnemental, a perduré pendant des années, avant d’être interdit en 2009.

En 2018, Pierre-Henri Dumont, député de la 7ème circonscription du Pas-de-Calais a tenté de le faire revenir. Refus du gouvernement.

Dans un article de la Voix du Nord du 12/11/20, le groupement ornithologique et naturaliste du Nord Pas-de-Calais (GON) s’interroge sur la régulation des espèces, dont le rat musqué : « Les corvidés, comme les pies, ont juste mauvaise réputation et les chasseurs n’aiment pas non plus les espèces exotiques, qui ne viennent pas de chez nous », assure Arnaud Boulanger, évoquant le rat musqué, le ragondin ou le raton laveur.

Le rat musqué, comme toute espèce dite « invasive », se reproduit facilement. Le piégeage n’est pas la solution car chaque individu capturé tend à libérer de la place à un autre individu. Celui-ci récupère l’espace laissé.

Toute espèce qui prolifère dans un milieu, le fait toujours dans un premier temps de façon rapide et inquiétante. Ensuite, les individus s’autorégulent naturellement, par exemple, par le biais de maladies qui en décimeraient certains. Cela rétablirait un équilibre naturel.

Les sangliers, comme les rats musqués, ne connaissent pas de prédateurs et sont victimes de la chasse. Dès lors, sous prétexte de régulation, il est toujours question d’en abattre de plus en plus alors que les sangliers font déjà l’objet d’une pression de chasse soutenue une très grande partie de l’année. Il est légitime de s’interroger sur les motifs de ces pratiques : ne visent-elles pas davantage à entretenir un ensemble d’individus permettant de satisfaire et de pérenniser un loisir ? Une économie ?

Si cette lutte permettait vraiment de traiter le problème, certaines activités comme la chasse n’auraient plus lieu d’être.

Si les pièges étaient efficaces, il y aurait de moins en moins d’individus capturés. Or, cette année, ceux-ci peuvent désormais être posés sept jours sur sept, le tir à vue des rats musqués est […] autorisé, tout comme le piégeage en coulée     

Malgré le recours aux tueries systématiques, les rats musqués sont toujours aussi nombreux chaque année.  Nous pouvons remettre en cause l’efficacité de ces moyens impitoyables pour venir à bout d’un problème dont les instigateurs sont les humains eux-mêmes.

Des solutions à étudier

En conclusion, le rat musqué est désigné :

  • coupable d’avoir été considéré comme un profit au bénéfice des humains ;
  • coupable de s’être sauvé d’une vie misérable et de tenter de survivre sur un territoire qui n’est pas le sien ;
  • coupable de dégrader les berges par la construction de son habitat, de se nourrir des cultures maraîchères et de développer des maladies.

L’industrie de la fourrure est responsable de sa venue hors de son milieu d’origine. On peut se demander quelle est sa contribution à réparer et à prévenir les dégâts causés par les rats musqués. La négligence des humains est à prendre en considération.

Le rat musqué n’a jamais fait l’objet de débat :  dès le début, son élimination fut une évidence, sans aucune autre forme de sommation. Les rats musqués sont des individus sensibles et ressentent la peur et la douleur que les piégeurs leur font subir. On peut se poser la question de cet acharnement à le faire disparaître (sans succès depuis 60 ans) et s’interroger sur la défaillance des méthodes cruelles et d’un autre temps.

Pourtant, des solutions non létales existent comme aménager les berges de façon moins propices aux terriers, éloigner et protéger les cultures des eaux stagnantes.

La lutte contre les rats musqués à un coût non négligeable pour les habitants des zones concernées. A titre d’exemple, en 2018, la Communauté de communes de la région d’Audruicq a dépensé 100 000 euros.

Nous incitons donc le GDON à réorienter une partie de ses subventions en faveur de solutions alternatives pour limiter les éventuels dégâts. Celles-ci doivent être encouragées et développées.

Les rats musqués méritent compassion et respect. Nous devons prendre en compte son intérêt à ne pas souffrir. Il nous faut changer notre regard sur ces rongeurs et trouver des solutions alternatives qui leur permettraient de vivre une vie digne. Un juste équilibre est à proposer, dans l’intérêt des animaux, exotiques et autochtones, de l’environnement et des humains. Les rats musqués font désormais partie intégrante de cet écosystème. Il nous faut désormais composer avec eux.

Une coexistence pacifique doit être priorisée, ayons le courage politique de les défendre !

Laura Vandomme, correspondante du Parti animaliste pour le Pas-de-Calais

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Correspondante du Parti animaliste pour le Pas-de-Calais

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