Numéro 7Animaux sauvagesLe blaireau, un animal si méconnu

Amandine15 avril 20226 min

Blaireau, qui es-tu ?

Le blaireau, de son nom latin meles meles, appartient à la famille des mustélidés dont il est le plus gros représentant en Europe. La femelle s’appelle la blairelle et son petit est nommé blaireautin. C’est un mammifère qui a un régime omnivore : les vers de terre et les racines sont les mets les plus souvent trouvés ; mais il mange également des insectes, œufs, petits mammifères (dont le hérisson), fruits et quelques céréales. Il mesure entre 60 et 90 cm d’un bout à l’autre du corps, avec une hauteur au garrot de 30 cm et atteint sa taille adulte vers un an. Son poids moyen est d’environ 12 kilos : entre 9 et 16 kilos pour le mâle, 6 et 13 kilos pour la femelle. Son corps et trapu et ses pattes puissantes sont munies de longues griffes non rétractiles. Il possède un masque facial contrasté très caractéristique et une mauvaise vue, d’ailleurs il perçoit mieux les mouvements et les contrastes.

Saviez-vous que l’odorat du blaireau est son sens le plus développé (700 à 800 fois plus sensible que le nôtre !) ? C’est ce qui assure la sécurité de l’espèce. En effet, la première chose qu’il fait en sortant sa tête hors du terrier, c’est de flairer l’environnement pour déterminer si une odeur inconnue est présente ou non.

Blaireau, comment vis-tu ?

Le blaireau vit dans un terrier, qu’il creuse lui-même. Ce dernier est le plus souvent situé en forêt, mais peut aussi se trouver en champs, voire en prairie. C’est un animal qui vit en clan, dans un terrier intergénérationnel. La période de reproduction se situe entre janvier et mars, mais les ovules fécondés ne s’implanteront dans l’utérus que 10 mois après l’accouplement : c’est l’ovo implantation différée. Les petits naissent en général vers février-mars de l’année suivante, au nombre de 2 à 7 (bien souvent 3 en moyenne). Mais ils ne sortiront du terrier que vers avril-mai, et resteront le plus souvent autour de ce dernier pour jouer et imiter les adultes. En octobre, ils feront presque la taille de leurs parents, et ils atteindront leur maturité sexuelle vers 2 ans. Cependant, la mortalité des jeunes durant leur première année est très élevée, ce qui en fait donc un animal très peu prolifique malgré ce que l’on peut entendre dire.

Le blaireau n’hiberne pas mais dort davantage pendant l’hiver. Sa masse corporelle augmente fortement en automne (accumulation de graisse jusque 4-5cm d’épaisseur) puis il y a une diminution marquée au cours de l’hiver, avec un minimum au printemps. Animal crépusculaire et nocturne, il peut parcourir jusque 10km en une nuit ! Le blaireau est connu comme étant un animal pacifique : il peut cohabiter avec renard, lapin de garenne, voire porc-épic (Italie) et chien viverrin (Russie, Japon par exemple). Cependant, il est fort probable que les espèces n’interagissent pas ou très peu dans les terriers.

Saviez-vous que le blaireau était capable de nager ? Même si cela reste rare, il utilise une technique de nage similaire au chien.

Blaireau, es-tu aimé de l’Homme ?

Apprécié des photographes et naturalistes, le blaireau n’en est pas moins un animal très persécuté. En France, du 15 septembre au 15 janvier, il se pratique un mode de chasse très cruel nommé la vénerie sous terre ou déterrage. Cette pratique consiste à lâcher un ou plusieurs chiens (teckels, fox terrier, etc.) dressés pour ce type de chasse, directement dans les terriers. Le chien va poursuivre l’animal à l’intérieur du terrier en aboyant, pour enfin l’acculer à un endroit, et c’est à ce moment où les chasseurs vont se positionner pour creuser. Le blaireau est enfin capturé à l’aide d’une pince à mâchoire, tiré à la carabine et donné aux chiens en curée. Parfois relâché et donné vivant aux chiens, avec tous les dommages que cela engendre aussi bien pour le blaireau que pour le ou les chiens. A cette chasse, nous pouvons ajouter d’autres méthodes pour exterminer cet animal : l’empoisonnement, le gazage, le piégeage (collet) ou encore le braconnage. Le blaireau n’est pas très bien vu des éleveurs, ces derniers craignant la transmission de la tuberculose bovine au bétail (ce qui pourtant est chose rare). Malheureusement, il est aussi très concerné par la mortalité routière (collisions).

Mais pourtant, ce petit animal à l’allure d’ours, si pacifique et discret, qu’a-t-il fait de mal pour mériter tant d’atrocités ? C’est une question sans réponse, et c’est pourquoi de plus en plus d’associations œuvrent pour tenter de le protéger, telles que l’ASPAS, MELES, le collectif RENARD BLAIREAU ou encore BADGERTRUST (en Angleterre). Malheureusement, la route est longue pour arriver à redorer l’image de cet animal.

Saviez-vous que l’espérance de vie du blaireau pouvait atteindre 15-20 ans ? Pourtant en milieu naturel, les trois quarts décèdent avant leurs 5 ans (maladie, trafic routier, chasse).

Le « mot du photographe » :

Je suis heureuse d’avoir pu les observer, ces petits ours de nos campagnes…

Je me souviens encore, un soir de juillet, les voir jouer à se courir l’un après l’autre et déraper dans le champ ; comme le feraient nos chiens de compagnie entre eux. Entre poursuites et bousculades, parties de « cache-cache » dans les terriers, voilà qu’un lapin se trouve sur le chemin d’un blaireau ; pas manqué, ce gros balourd tout excité se met à lui courir après ! L’heure de sortie doit sonner comme une délivrance après un long sommeil d’au moins 12 heures. Les blaireaux ont pour habitude, dès qu’ils sortent de leur terrier, de s’épouiller de longs moments. Ces temps de toilettage renforcent les liens entre les individus, mais possèdent aussi un aspect hiérarchique. Cependant, chaque clan a ses habitudes : pour l’un ce sera moments d’épouillage de longues minutes sous le bosquet ; pour d’autres la sortie du terrier se faisant à vue dans un champ visible, les blaireaux iront d’un pas rythmé se réfugier rapidement à l’orée du bois. Une chose est sûre, chacune de leur sortie est pour moi le meilleur des moments, celui où je peux enfin admirer cette bouille rayée de noir et de blanc et cette dégaine de pataud si unique et si attachante.

Pourtant, avant chacune de mes arrivées sur les lieux, j’ai toujours la boule au ventre de tomber sur une macabre découverte… et oui, le blaireau étant toujours considéré comme un « nuisible » dans la tête des gens, il serait tout à fait possible de tomber sur des terriers déterrés, des bonbonnes de poison autour des gueules, ou je ne sais quoi encore. Dans certaines régions, il n’est pas du tout accepté par les chasseurs ou agriculteurs qui font tout pour les éradiquer. Quelle tristesse, lorsque l’on sait qu’ils ne font pas tant de dégâts que ce que l’on veut bien leur faire porter… Mais je continue de croiser les doigts, pour le moment, je n’ai jamais eu à assister à ce genre de scène, alors longue vie aux blaireaux !


Sources :

Emmanuel Do Linh San, Le blaireau d’Eurasie

manimalworld.net/

Amandine
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Photographe amateur

Il y a un commentaire

  • Yannick Pirod

    16 avril 2022 à 18h25

    Très bel article. Très instructif.

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