Quitter son domicile pour entrer en EHPAD constitue déjà un bouleversement majeur. Mais lorsqu’il faut également envisager de se séparer de l’animal avec lequel on partage parfois sa vie depuis dix ou quinze ans, cette transition peut devenir particulièrement douloureuse. La loi « Bien vieillir » est venue reconnaître l’importance de ce lien. Reste maintenant à rendre l’application de ce droit possible dans la réalité des établissements.
Un chien qui attend sa promenade chaque matin. Un chat qui vient s’installer sur les genoux chaque jour à la même heure. Des habitudes construites au fil des années, une présence dans un logement devenu parfois très silencieux…
Pour une personne âgée, l’animal peut être un compagnon du quotidien, un repère, une source d’affection, mais aussi une raison de continuer à sortir, à prendre soin de quelqu’un et à maintenir des interactions sociales.
Alors, lorsque survient une perte d’autonomie et que l’entrée en établissement devient nécessaire, une question peut prendre une importance considérable : « Que va devenir mon animal ? »
Un lien que la loi reconnaît désormais
La loi du 8 avril 2024 portant mesures pour bâtir la société du bien vieillir et de l’autonomie a marqué une évolution importante.
Elle prévoit, sauf avis contraire du conseil de la vie sociale, que les EHPAD et les Résidences Autonomie garantissent aux résidents le droit d’accueillir leur animal de compagnie, sous réserve qu’ils soient en capacité d’assurer ses besoins physiologiques, comportementaux et médicaux et de respecter les conditions d’hygiène et de sécurité.
L’arrêté du 3 mars 2025 est venu préciser les conditions de cet accueil.
Cette évolution constitue une véritable reconnaissance de la place que peut occuper l’animal dans la vie d’une personne.
Mais entre reconnaître ce lien et permettre à un animal de vivre durablement au sein d’un établissement collectif, il reste une étape essentielle : organiser concrètement son accueil.
Accueillir l’animal, c’est aussi penser à l’après
Imaginons une résidente qui entre en EHPAD accompagnée de son chien.
Elle est aujourd’hui capable de le nourrir, de veiller sur lui et de le promener. Mais que se passera-t-il si, dans quelques mois, elle rencontre davantage de difficultés pour se déplacer ? Qui sortira le chien ? Et si elle est hospitalisée pendant plusieurs semaines ?
Les mêmes questions se posent avec un chat : qui entretiendra sa litière si son propriétaire ne peut momentanément plus le faire ? Qui l’emmènera chez le vétérinaire ?
Ces situations ne doivent pas être découvertes dans l’urgence.
Un projet d’accueil peut prévoir en amont les personnes susceptibles de prendre le relais, les responsabilités de chacun et les solutions envisageables si la situation du résident évolue.
Il doit également prendre en compte la vie collective. Certains résidents peuvent avoir peur des chiens, être allergiques ou tout simplement ne pas souhaiter être en contact avec des animaux. Les professionnels doivent eux aussi savoir ce qui relève ou non de leur responsabilité.
Le directeur peut ainsi déterminer les espaces auxquels les animaux ne peuvent pas accéder ou auxquels leur accès est soumis à certaines conditions.
Et si l’animal ne va pas bien ?
Une autre question est parfois moins spontanément posée : l’établissement convient-il à l’animal ?
Parce que préserver le lien humain-animal ne signifie pas que toutes les situations sont possibles.
Un chien habitué à plusieurs longues sorties quotidiennes pourra-t-il conserver ce rythme ? Un animal particulièrement sensible supportera-t-il les bruits, les déplacements, les visites et les sollicitations ? Comment repérer un animal qui commence à montrer des signes de stress ?
La loi rappelle elle-même cette responsabilité en conditionnant l’accueil à la capacité du résident à assurer les besoins physiologiques, comportementaux et médicaux de son compagnon.
Le bien-être du résident ne peut donc pas être pensé indépendamment de celui de son animal.
C’est précisément pour cette raison qu’un accueil réussi ne devrait pas reposer sur une simple réponse « oui » ou « non ».
Il nécessite une réflexion individualisée.
Passer du droit au Projet d’établissement
Depuis plus de vingt ans, LIANES – LIen avec l’ANimal et contre l’Exclusion Sociale – accompagne des personnes fragilisées afin que les difficultés qu’elles traversent ne conduisent pas systématiquement à une rupture avec leur animal.
Hospitalisation, perte de logement, précarité, perte d’autonomie : sur le terrain, nous observons quotidiennement combien ce lien peut compter.
Cette expérience nous montre également qu’une volonté d’accueillir les animaux, aussi positive soit-elle, ne suffit pas. Il faut donner aux établissements et aux professionnels les moyens de la mettre en œuvre.
En tant qu’organisme de formation, LIANES peut accompagner les établissements dans cette démarche : réfléchir aux critères et modalités d’accueil, identifier les risques, construire des procédures, définir les responsabilités, anticiper les situations d’urgence ou de perte d’autonomie et sensibiliser les équipes aux besoins et aux comportements des animaux.
L’objectif n’est pas de proposer un modèle identique à tous les établissements.
Chaque structure possède ses contraintes, son architecture, son organisation, ses équipes et son public. Chaque résident et chaque animal constituent également une situation particulière.
Il s’agit plutôt de permettre à l’établissement de construire son propre projet d’accueil des animaux, dans lequel les besoins du résident, ceux des autres personnes accueillies, les conditions de travail des professionnels et le bien-être animal peuvent être conciliés.
Vieillir ensemble, lorsque cela est possible
La loi « Bien vieillir » représente ainsi une évolution qui dépasse la seule présence d’animaux dans les établissements.
Elle nous invite à considérer ce que signifie réellement entrer en EHPAD : changer de lieu de vie ne devrait pas nécessairement signifier renoncer à tout ce qui constituait sa vie auparavant.
Lorsque les conditions permettent de préserver le lien entre une personne et son animal, il nous appartient collectivement de chercher comment le rendre possible.
Parce que parfois, derrière la question « Puis-je entrer avec mon animal ? », se cache une question beaucoup plus intime : « Puis-je continuer à vivre avec celui qui partage ma vie ? »
LIANES – LIen avec l’ANimal et contre l’Exclusion Sociale

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