« Il se venge. » « Il est jaloux. » « Il sait qu’il a fait une bêtise. »
Ces phrases reviennent souvent lorsque l’on parle du comportement du chat. Elles sont rarement prononcées avec de mauvaises intentions : nous aimons nos animaux et cherchons naturellement à comprendre ce qu’ils font avec nos propres repères.
Mais le chat n’est pas un petit humain couvert de poils. Et c’est précisément là que commence, selon moi, le travail du comportementaliste félin : observer le chat pour ce qu’il est, avant d’interpréter son comportement avec notre regard d’humain.
Comprendre avant de vouloir corriger
Je suis Cécile Valmalette, fondatrice de FéliSens, une activité consacrée au comportement et au bien-être du chat.
Lorsque l’on fait appel à moi, je ne cherche pas à « corriger » le chat. Un comportement s’inscrit toujours dans un contexte : une histoire, un environnement, des apprentissages, des interactions, un état émotionnel et parfois un état de santé.
Un chat qui élimine hors de son bac, se cache, vocalise la nuit ou présente des comportements agressifs ne fait pas nécessairement quelque chose « contre » son humain. Il fait quelque chose dans une situation donnée.
Le bien-être est lui-même une expérience individuelle. L’ANSES rappelle qu’il dépend notamment de la perception que l’animal a de sa propre situation. Ainsi, un même environnement, une même interaction ou un même changement peuvent être vécus différemment d’un chat à l’autre.
C’est précisément cette dimension individuelle qui rend les solutions toutes faites si limitées en comportement.
Un changement brutal de comportement peut également avoir une origine médicale. Le comportementaliste ne remplace donc jamais le vétérinaire : lorsqu’un changement est soudain ou qu’une cause médicale est possible, une consultation vétérinaire est prioritaire.
Observer et décrire avant d’expliquer
Avant de chercher une explication, il faut d’abord distinguer ce qui est réellement observé de ce que nous supposons.
Décrire un comportement, le contexte dans lequel il apparaît et les circonstances qui l’entourent permet ensuite au comportementaliste de croiser les informations, de les replacer dans l’histoire du chat et de formuler des hypothèses sur la situation.
La difficulté apparaît lorsque nous passons directement du comportement observé à une intention supposée : « il se venge », « il est jaloux », « il fait exprès ».
C’est particulièrement vrai avec l’anthropomorphisme, c’est-à-dire notre tendance à attribuer à l’animal des raisonnements, des intentions ou des caractéristiques humaines.
Cette tendance est naturelle et n’est pas forcément négative. Considérer son chat comme un membre de la famille peut renforcer l’attention portée à son bien-être. La difficulté apparaît lorsque notre interprétation humaine prend le pas sur ce que le chat exprime réellement.
Prenons l’exemple d’un chat qui urine sur un lit après l’absence de son humain. La succession des événements peut rapidement conduire à penser : « Il m’en veut » ou « il se venge ».
Cette conclusion attribue immédiatement une intention au chat à partir du comportement observé. Le comportementaliste suit une autre démarche : il replace ce comportement dans son contexte et croise les différents éléments de la situation afin de formuler des hypothèses.
Son état de santé, son histoire, son environnement, ses relations, ses expériences ou les changements survenus dans son quotidien peuvent notamment être considérés ensemble.
Deux chats présentant en apparence le même comportement ne vivent donc pas nécessairement la même situation. Un conseil pertinent pour l’un peut être inutile, voire inadapté, pour l’autre s’il est appliqué sans analyse globale.
C’est aussi pourquoi je privilégie avec FéliSens une approche sans punition envers le chat et sans jugement envers son humain. Lorsqu’une situation dure depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois, une famille peut être inquiète, épuisée ou découragée. La culpabiliser ne résout rien ; attribuer au chat de la vengeance, de la jalousie ou de la mauvaise volonté non plus.
Observer davantage, imposer moins
Comprendre un chat, c’est également apprendre à regarder autrement ses interactions.
Posture du corps, orientation des oreilles, mouvements de la queue, regard, immobilisation, rapprochement ou retrait participent à sa communication. Mais aucun signal ne doit être interprété isolément : le contexte reste essentiel.
Un chat peut rechercher une interaction puis souhaiter qu’elle cesse quelques instants plus tard.
Observer davantage, imposer moins, c’est aussi lui laisser, chaque fois que la situation le permet, une marge de choix dans ses interactions. Respecter un chat, c’est savoir reconnaître lorsqu’il recherche le contact, mais aussi lorsqu’il demande de la distance.
Ce principe se retrouve dans les soins coopératifs que j’intègre à ma pratique : il ne s’agit pas seulement de parvenir à effectuer une manipulation ou un soin, mais de chercher à limiter autant que possible la contrainte et les émotions négatives qui peuvent y être associées.
Prévenir et transmettre
Le comportementaliste félin n’intervient pas uniquement lorsqu’une difficulté est déjà installée. Il peut également accompagner les périodes de changement et aider une famille à mieux comprendre les besoins et la communication de son chat.
Prévenir les incompréhensions fait pleinement partie du travail.
C’est dans cette logique que j’ai proposé bénévolement mon accompagnement à la SPA de Flayosc, et plus largement aux associations de mon secteur, afin d’apporter un regard professionnel sur certaines situations et certains aménagements, mais aussi de contribuer à la création de supports de bonnes pratiques pour les bénévoles et les adoptants.
Cette démarche repose sur une même conviction : mieux connaître le chat permet de mieux le comprendre, et mieux le comprendre permet aussi de mieux le respecter.
Finalement, le comportementaliste félin n’est pas là pour apprendre au chat à mieux correspondre à nos attentes humaines. Son rôle est plutôt de créer un pont entre deux espèces qui vivent ensemble, s’attachent l’une à l’autre, mais ne perçoivent pas toujours les situations de la même manière.
C’est le sens que j’ai voulu donner à FéliSens : mieux comprendre le comportement et les besoins du chat pour construire une relation plus équilibrée, dans le respect de sa nature, de ses besoins et de ses limites.
Et si, avant de nous demander pourquoi notre chat « nous fait cela », nous cherchions à comprendre ce que son comportement nous apprend sur ce qu’il vit ?


Cécile Valmalette
Comportementaliste félin - Fondatrice de FéliSens
Comportement & Bien-Être du Chat



