Animaux non domestiquesNuméro 5L’aventure des chiens de la Covid

L'équipe Nosaïs15 octobre 20214 min

C’est en mars 2020 que nait d’une réunion regroupant Clothilde Julien, Riad Sarkis (Médecin et Professeur à l’Université Saint Joseph de Beyrouth) et Dominique Grandjean, l’idée d’explorer la piste de l’olfaction canine dans le dépistage précoce du virus SARS-COV-2 par l’Homme.

Plus de 18 mois se sont écoulés aujourd’hui d’un travail prenant de par sa minutie, la nécessité de réponses aux questions scientifiques et la pugnacité qu’il réclame de la part de l’équipe NOSAÏS. Mais la démonstration est belle et bien faite : le flair inouï du chien permet de dépister des personnes COVID positives et les méthodologies de formation des chiens sont édictées.

Depuis son émergence en France, le concept a fait des petits puisque plus de 50 pays travaillent sur le sujet, plusieurs d’entre eux (Finlande, Allemagne, USA, Chili, Mexique, Emirats, Arabie Saoudite, Iran, Pakistan, Australie, etc.) ayant déjà déployé partiellement ou totalement des chiens en aéroports, centres commerciaux, universités, rencontres sportives ou concerts. L’Organisation Mondiale de la Santé s’est emparée du dossier et n’attend plus que la publication d’une synthèse pour assurer une diffusion internationale du test, en particulier vers les pays défavorisés.

En France, le dossier complet est entre les mains de la Direction Générale de la Santé, en attente de décision de déploiement de chiens qu’il faudra alors former en grand nombre.

A ce jour, plusieurs corps de sapeurs-pompiers ont formé des chiens à ce travail de détection médicale (78, 60, 33, 2A, 77), ainsi que la société Diag’Nose, l’association Handi’Chiens (qui forme ses chiens au profit d’EHPAD) et la Protection Civile. L’avenir peut être à la valorisation d’un bénévolat étendu, afin que tout en s’amusant (car c’est un jeu pour eux) les chiens contribuent à la disparition de la pandémie de COVID.

Ce qui est sûr, c’est qu’en dehors de toute aide étatique, parvenir aux résultats obtenus fut une vraie aventure qui doit énormément aux soutiens de l’OMS, de Royal Canin, du laboratoire CEVA (qui a monté le centre de formation de Libourne « Covidog – Nosaïs ») ou de la Fondation Dôme – Pharma.

Pooka de Handi’Chien marque un prélèvement positif

Comment tout cela fonctionne-t-il ? Comment formons-nous les chiens ?

Nous l’avons dit ; les capacités olfactives du chien sont énormes et chercher est un jeu pour lui. Ces prédispositions amènent déjà les chiens, depuis longtemps, à retrouver des personnes disparues, de la drogue, des explosifs, etc. Ils protègent la faune des braconniers en Afrique du Sud (chasses privées clandestines, trafic de l’ivoire). Les récits sont légions !

Toute la base de la formation est axée sur la motivation et la coopération avec l’animal.

Au commencement, le chien formé sur cône de détection, encouragé par son conducteur, doit simplement trouver son jouet, caché dans ledit cône, et reçoit une récompense en retour. Puis, logiquement et progressivement, les exercices se compliquent. D’autres cônes sont ajoutés dont un contient le jouet mais également d’autres objets ayant leur propre odeur, afin que le chien discrimine correctement. Le conducteur du chien accompagne moins son animal pour le laisser, seul, prendre sa décision. Les lieux de travail sont changés, aménagés (ajout de mannequins, de distractions – perturbations – visuelles et/ou sonores) afin d’optimiser les performances des chiens même dans des environnements moins confortables. Des déploiements de masse étaient alors envisagés (aéroports, gares, ports, etc.).

Sherlock de la Protection Civile du Tarn marque sur un cône d’olfaction

L’odeur de la Covid (car nous savons qu’elle a une odeur !) est ensuite ajoutée à cette base de formation en reprenant la même progression qu’expliquée ci-dessus. Pour cela, nous avons utilisé des compresses imbibées de sueur, avec l’aide de nos partenaires de l’APHP entre autres.

Mais, cela n’a pas été aussi simple finalement car le virus évolue, ses effluves avec et la fiabilité discutable des tests n’apportaient pas plus de visibilité. Il a donc fallu sans cesse réfléchir et faire évoluer la formation par une mise à jour régulière de la bibliothèque olfactive du chien.

Et le plus dur a sans doute été l’absence de soutien politique (n’était-ce pas du mépris ?) durant ces pénibles mois de pandémie. Sachant que, dans le même temps, la méthode Nosaïs s’exportait et se voyait validée par des équipes cynophiles, à l’extérieur de nos frontières. Cruelle réalité !

Sans rancune… Nous retrouverons notre sage paisibilité si les diverses intelligences scientifiques et médicales (One Health !) apprennent de notre histoire récente. Et les diverses lois de protection des individus, des données apparaitront comme une bien légère problématique face à la survie de notre espèce…

Au final, on sait maintenant que le chien peut fournir un diagnostic-test aussi pertinent qu’une analyse PCR, tout en étant non invasif, rapide, à résultat immédiat et d’un coût quasiment nul. Reste maintenant à valoriser en notre pays un savoir-faire disponible ; un paradigme nouveau induit dans le concept « une santé, une médecine » qui a peut-être pour seul défaut de gêner certaines économies pour qui cette crise mondiale est aussi source de profits !

L’équipe Nosaïs : Marc Blondot Clothilde Julien Capucine Gallet et Dominique Grandjean
L'équipe Nosaïs
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2 commentaires

  • leboulanger

    20 octobre 2021 à 21h11

    Cette histoire est proprement scandaleuse!! Elle n’honore pas les politiques français, ni notre société qui ne pense qu’au PROFIT.
    Bravo à votre équipe et à ceux qui vous soutiennent!
    Honte à nos dirigeants!!

  • Isabelle Jonqueres

    16 octobre 2021 à 21h03

    Merci pour cette étude qui est magnifique.
    Elle ne me surprend pas, car c’est ma chienne Malinoise de 5 ans qui a depisté mon cancer du sein.
    Tumeur indécelable à la palpation, profonde sous l’aisselle.
    En novembre 2019 lors de nos câlins du soir, contrairement à son habitude, elle mettait son nez au creux de mon bras et sous le sein gauche…
    J’ai consulté mon médecin qui m’a prescrit écho et mamo des soins
    Ma chienne ne s’était pas trompée, carcinome …et donc 2 opérations ablation et curetage ganglionnaire radiothérapie
    De l’avis des chirurgien cancérologue radiothérapie , ma chienne m’a alertée a depisté la tumeur, du fait du changement de mon odeur corporelle, fait fréquent dans les cancers hormonaux.
    Je suis prête à témoigner que MASKA Malinoise de 4 ans à l’époque du fait de notre complicité partage de vie symbiose, a été la 1ère a comprendre que sa maîtresse avait changé
    Je dois la vie à ma chienne, sans elle je n’aurai jamais pu me rendre compte que j’avais un cancer en évolution, la tumeur était indécelable
    Le chirurgien qui m’a opérée m’a précisé que c’est ma chienne qui avait fait le diagnostique, en nov 2019.

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