ActualitésAnimaux domestiquesFéria 2026 : Robert Ménard souhaite faire de la corrida un marqueur de l’identité biterroise, les faits racontent une autre histoire

Sophie Maffre-Baugé19 août 20264 min

200 manifestants anticorrida dans les rues de Béziers, une fréquentation des corridas en nette baisse et, parallèlement, une communication municipale qui redouble d’efforts pour ériger la tauromachie espagnole en marqueur de l’identité biterroise : au lendemain de la Feria 2026, le décalage est saisissant entre le récit porté par Robert Ménard et la réalité. Le COLBAC réagit.

Samedi 15 août, 200 militants anticorrida ont défilé dans les rues de Béziers à l’appel du COLBAC, au cœur même de la Féria. Une mobilisation pacifique et déterminée pour porter la voix de celles et ceux, nombreux, qui refusent la souffrance et la mise à mort de taureaux pour le divertissement.

Cette année, le COLBAC avait choisi de mettre particulièrement en lumière la dépendance de la corrida à l’argent public. Tout au long du cortège, une torera a marché reliée à une poche de perfusion « Argent public », symbolisant une corrida maintenue artificiellement en vie, tandis qu’un sosie de Robert Ménard – particulièrement réussi, au dire des passants – rappelait le soutien financier, politique et médiatique assumé du maire à la corrida.

Sur les allées Paul Riquet, le slogan « Féria OUI, corrida NON ! » a résonné pour rappeler que la fête peut parfaitement vivre sans corrida.

Devant l’Hôtel de Ville, le message a pris vie dans un happening satirique : des contribuables biterrois remettent symboliquement leur argent à Robert Ménard, qui l’utilise pour alimenter la perfusion de la torera. Lorsque l’argent public cesse de couler, celle-ci s’effondre : sans argent public, la corrida s’effondre. Une mise en scène pour rendre visible ce que le COLBAC dénonce depuis des années : l’argent des contribuables est mobilisé pour soutenir une activité incapable de s’autofinancer. La corrida vit sous perfusion d’argent public. Il est temps de couper la perfusion.

À l’ouverture de la Féria, Robert Ménard déclarait : « Ici, la corrida vivra dans les arènes, quoiqu’en pensent les sinistres animalistes. » Ces « sinistres animalistes », comme il choisit de les qualifier avec mépris, sont pourtant aussi des citoyens respectables, des Biterrois, des contribuables, indignés qu’en 2026, dans leur ville, on puisse encore applaudir des actes de violence infligés à un animal et prendre plaisir au spectacle de sa mise à mort.

Cette volonté d’imposer une identité taurine à toute une population s’affiche désormais jusque dans les rues de Béziers : « Ici nous avons des traditions ! Et tant pis pour les bureaucrates parisiens ! », proclame une campagne municipale. Une autre affirme : « On aime la messe, on aime les femmes, on aime les toros, on aime les flics. Et vous ? »

La célébration d’une messe dans les arènes participe de ce même matraquage idéologique : la religion catholique est instrumentalisée comme caution morale d’un spectacle fondé sur la souffrance et la mise à mort d’animaux.

L’opposition à la corrida existe pourtant ici, à Béziers. Elle n’est ni une lubie parisienne ni une attaque contre le Sud : elle est portée par des habitants qui aiment leur ville mais refusent que le maire leur assigne une identité fondée sur des ” actes de cruauté et sévices sur un animal” selon le Code pénal français.

Et les chiffres de fréquentation des arènes viennent sérieusement relativiser l’image d’une ville qui serait passionnément taurine.

Olivier Margé, qui s’est exprimé dans Midi Libre ce lundi 17 août, utilise la méthode Coué pour se persuader que BETARRA, société privée gestionnaire des arènes actuellement en redressement judiciaire, va se redresser.

La Féria constituait un rendez-vous crucial pour remplir les arènes et renflouer les caisses. Mais les aficionados n’ont pas été au rendez-vous. Olivier Margé reconnaît lui-même 2 000 entrées de moins que l’an dernier sur l’ensemble de la billetterie. Robert Ménard l’a également reconnu lors de sa conférence de presse au lendemain de la Féria : « Les chiffres de la corrida sont moins bons. »

Avec une capacité de 13 500 places, les quatre corridas ont accueilli en moyenne 6 250 spectateurs, soit 46 % de remplissage : plus d’un siège sur deux est resté vide. Pour les novilladas, avec 2 166 spectateurs en moyenne, le taux de remplissage tombe à 16 % !

Ce fiasco économique de la corrida espagnole sera-t-il sauvé par les recettes des toros-piscine et des bodegas ? Cela paraît peu probable. Les aides publiques, toujours venues à la rescousse, devront-elles encore être amplifiées ? La question mérite d’autant plus d’être posée que BETARRA est toujours en redressement judiciaire.

Quel que soit le compte de résultat final, une évidence demeure : la corrida à Béziers est très loin d’attirer les foules de la Féria.

Les Biterrois ne se résument pas aux aficionados. Ils ne se reconnaissent pas tous dans ce spectacle de cruauté importé d’Espagne, contrairement au matraquage politique et médiatique de Robert Ménard qui veut, mordicus, l’imposer comme marqueur identitaire de la ville.


Sophie Maffre-Baugé
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Présidente de l'association Colbac

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