Série thématique : quand les politiques publiques humaines servent aussi les animaux
Cet article fait partie d’une série thématique consacrée aux liens entre politiques publiques humaines et protection des animaux. Chaque contribution traite d’un sujet distinct et peut être lue indépendamment des autres.
Intégrer les animaux dans l’analyse et la prévention des violences territoriales
Les violences liées au narcotrafic et aux trafics organisés sont aujourd’hui au cœur de nombreuses préoccupations locales. Fusillades, intimidations, dégradations, insécurité chronique : ces phénomènes sont analysés presque exclusivement à travers leurs impacts humains. Pourtant, ils produisent également une souffrance animale massive, diffuse et largement ignorée, qui mérite d’être intégrée aux politiques publiques de prévention et de sécurité.
Les animaux présents dans les territoires concernés — animaux de compagnie, animaux liminaires, animaux sauvages — sont exposés de plein fouet aux conséquences de ces violences. Leur invisibilisation n’est pas neutre : elle révèle une approche fragmentée des politiques de lutte contre les violences urbaines, qui laisse de côté des victimes pourtant bien réelles.
Les animaux, victimes collatérales des économies violentes
Dans les quartiers marqués par le narcotrafic, les animaux sont fréquemment exposés à des environnements profondément dégradés : stress sonore permanent, explosions, coups de feu, circulation intensive, insalubrité, déchets dangereux, substances toxiques. Ces conditions affectent directement leur santé, leur comportement et leur sécurité.
Les animaux de compagnie peuvent être :
- blessés lors d’affrontements,
- utilisés comme moyens d’intimidation,
- abandonnés lors de déménagements contraints ou de placements d’urgence,
- négligés dans des contextes de grande précarité ou de peur.
Les animaux liminaires et les animaux sauvages subissent quant à eux :
- la destruction de leurs zones de refuge,
- l’empoisonnement indirect par des déchets ou substances illicites,
- des perturbations chroniques de leurs déplacements et de leurs cycles de repos.
Cette souffrance reste largement absente des diagnostics territoriaux.
Une violence qui s’exerce sur les plus vulnérables
Les logiques à l’œuvre dans le narcotrafic reposent sur la domination, la contrainte et la peur. Les animaux, par leur dépendance et leur incapacité à se protéger, figurent parmi les premières victimes de ces systèmes violents. Ils sont parfois utilisés comme outils de menace, parfois simplement considérés comme négligeables.
Cette réalité rejoint une constante observée dans d’autres contextes de violence : ce sont toujours les individus les plus vulnérables qui subissent les effets les plus durables, qu’ils soient humains ou animaux. Ne pas prendre en compte cette dimension revient à accepter une hiérarchisation implicite des souffrances.
L’angle mort des politiques de sécurité
Les politiques locales de sécurité et de prévention de la délinquance intègrent rarement la question animale. Les diagnostics de territoire, les contrats de sécurité ou les dispositifs de médiation ignorent quasi systématiquement la présence et la situation des animaux.
Cette omission a plusieurs conséquences :
- elle empêche une compréhension fine des conditions de vie dans les quartiers concernés,
- elle prive les services publics d’indicateurs supplémentaires de tension et de dégradation,
- elle contribue à banaliser des violences qui s’inscrivent pourtant dans un continuum.
Or, la présence d’animaux blessés, stressés ou abandonnés constitue souvent un signal indirect mais révélateur d’un environnement profondément dégradé.
Intégrer la question animale dans les politiques de prévention
Reconnaître la souffrance animale liée aux violences urbaines ne détourne pas l’attention des enjeux humains. Au contraire, cela permet d’enrichir l’analyse et d’améliorer l’efficacité des politiques publiques.
À l’échelle municipale, cela peut se traduire par :
- l’intégration de la question animale dans les diagnostics locaux de sécurité,
- la formation des acteurs de terrain au repérage des situations de maltraitance ou d’abandon liées aux violences,
- des partenariats entre services de prévention, associations de protection animale et structures sociales,
- la prise en compte des animaux lors des opérations de relogement ou de mise à l’abri.
Ces actions renforcent la cohérence de l’intervention publique sur les territoires les plus exposés.
Protéger les animaux pour mieux protéger les habitants
La prise en compte des animaux peut également favoriser une relation de confiance avec les habitants. Dans de nombreux quartiers, l’attachement à un animal est un facteur de stabilité émotionnelle dans des contextes de forte insécurité. Ignorer cette réalité fragilise les parcours d’accompagnement et peut renforcer la défiance envers les institutions.
À l’inverse, une politique publique qui reconnaît la place des animaux dans les foyers et dans les territoires envoie un signal clair : celui d’une attention portée à l’ensemble des formes de vulnérabilité.
Une approche globale des violences territoriales
Les violences liées au narcotrafic ne sont pas seulement des faits criminels. Elles transforment durablement les espaces de vie, les relations sociales et les équilibres locaux. Les animaux, parce qu’ils partagent ces territoires sans pouvoir s’en extraire, en subissent les effets de manière continue et silencieuse.
Les intégrer dans l’analyse et la prévention des violences urbaines, ce n’est pas élargir artificiellement le sujet. C’est reconnaître que la violence est un phénomène systémique, qui traverse les espèces et s’exerce toujours sur ceux qui disposent du moins de moyens pour se défendre.
Une responsabilité publique assumée
Traiter la question du narcotrafic et des violences urbaines sans considérer leurs impacts sur les animaux revient à accepter une zone d’ombre dans l’action publique. À l’inverse, intégrer cette dimension permet de construire des politiques plus justes, plus complètes et plus lucides.
Reconnaître la souffrance animale invisible dans les territoires marqués par les violences, c’est affirmer que la protection des animaux fait partie intégrante d’une politique de prévention digne de ce nom. C’est aussi refuser une vision fragmentée de la sécurité, et choisir une approche globale, attentive à toutes les victimes de la violence, quelles qu’elles soient.

Béatrice Canel Depitre
Essayiste









