Combien d’argent public la France a-t-elle investi dans l’élevage d’insectes ? Et pour quels résultats ? Pour répondre à ces questions, l’Observatoire des Subventions et Aides Agricoles en France (ObSAF) s’est associé à l’Observatoire National de l’Elevage d’Insectes (ONEI) afin de retracer les flux de financement public vers la filière française depuis une décennie. Nos associations ont publié un rapport inédit consacré aux financements publics accordés à la filière des protéines d’insectes en France et en Europe. Fruit de plus de deux années de travail, cette enquête documente l’ampleur des soutiens publics mobilisés en faveur d’un secteur présenté comme stratégique, malgré des résultats économiques fragiles et des bénéfices environnementaux aujourd’hui fortement remis en question.
D’après les résultats de l’enquête, au moins 284 millions d’euros d’argent public ont été investis au cours de la dernière décennie dans les principales entreprises françaises du secteur. Rapporté à la production effective de la filière, cela représente environ 20 euros d’aide publique par kilogramme de farine d’insectes produit, soit près de cinq fois son prix de vente sur un marché peinant encore à trouver ses débouchés. A titre de comparaison, ce montant représente environ 2,5 fois l’enveloppe du plan Protéines végétales de France Relance, et près de 33 fois le budget annuel du fonds Avenir Bio.
Un secteur en grande difficulté économique
Le rapport souligne l’écart croissant entre les promesses initiales et la situation actuelle du secteur. En France, Ÿnsect a été placée en liquidation judiciaire malgré plus de 600 millions d’euros levés. Innovafeed affichait, en 2024, 5 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 35 millions de pertes.
À l’échelle mondiale, environ 2 milliards de dollars auraient été investis dans la filière ces dernières années, dont une part significative a été dirigée vers des entreprises aujourd’hui en cessation d’activité, en restructuration ou en grande difficulté.
Des bénéfices environnementaux loin d’être établis
Le rapport revient également sur plusieurs travaux scientifiques récents contestant le récit environnemental porté par la filière. Selon une analyse de cycle de vie commandée par le ministère britannique de l’Environnement, la farine d’insectes pourrait émettre jusqu’à 13,5 fois plus de gaz à effet de serre que le soja.
Les auteurs soulignent également que l’usage de véritables déchets alimentaires demeure marginal dans la pratique, les élevages d’insectes industriels reposant majoritairement sur des coproduits agricoles déjà valorisés par d’autres filières.
Un choix public qui interroge
Plus de 90 % des financements identifiés proviennent de l’État ou de ses opérateurs, notamment Bpifrance, l’ADEME et la Caisse des dépôts. Le rapport estime que ces montants traduisent un choix politique fort en faveur d’une filière soutenue très en amont, avant une démonstration claire de sa viabilité économique et de ses bénéfices environnementaux.
« L’enjeu dépasse cette seule filière : ce rapport pose la question de ce que l’on choisit collectivement de financer au nom de l’avenir de notre système alimentaire. L’argent public devrait aller en priorité vers les solutions dont les bénéfices environnementaux sont les mieux établis, notamment les protéines végétales. » Clémence Peyrot, présidente de l’ObSAF.
Quatre recommandations principales
Les organisations appellent notamment à :
- réévaluer les aides publiques accordées à la filière
- rediriger les financements vers des alternatives jugées plus robustes sur le plan environnemental
- améliorer la transparence des soutiens publics versés
- conduire un retour d’expérience sur les processus ayant conduit à ces investissements
La publication du rapport s’accompagne également d’une pétition mise en ligne sur le site de l’ObSAF.




