Numéro 2Politique & AnimauxAnimaux & SpectaclesSamantha Cazebonne : la corrida « comporte des risques pour le développement d’un enfant »

Amandine Zirah15 janvier 20215 min

Engagée en faveur du bien-être animal, Samantha Cazebonne est à l’origine d’une proposition de loi visant à protéger les mineurs de l’exposition à la violence exercée sur les animaux. La députée LREM souhaite notamment interdire la corrida aux moins de 16 ans, une pratique dont les effets seraient préjudiciables sur le bien-être des enfants.

En octobre dernier, votre amendement visant à interdire la corrida aux moins de 16 ans a été retiré en dernière minute alors qu’il devait être examiné à l’Assemblée nationale dans le cadre de la proposition de loi sur le bien-être animal. Comment l’aviez-vous pris ?   

Je me suis impliquée en effet en octobre dernier lors de l’examen de la proposition de loi sur la souffrance animale de mon collègue Cédric Villani à l’Assemblée même si, faute de temps et suite à l’obstruction de certains, cette proposition n’a pu être examinée complètement dans l’hémicycle. Le groupe des députés LaREM s’est dit favorable à inscrire au plus vite un temps parlementaire pour légiférer sur ces progrès attendus par la population.

J’ai été très déçue, comme je l’avais exprimé sur les réseaux sociaux, par l’irrecevabilité de mon amendement prononcée la veille de l’examen dans l’hémicycle par les services de l’Assemblée nationale en raison de l’article 45. Toutefois, cette décision m’a confirmé dans l’idée que ce texte trouverait plus de légitimité dans la protection des droits de l’enfant comme le demande le comité d’experts de l’ONU.


Pour les pro-corrida, cette pratique est affaire de tradition, de transmission entre les générations. Pour quelles raisons les enfants et adolescents devraient-ils être protégés de ce type de « spectacle » ?

Ma proposition de loi vient ajouter un article à la section « de la mise en péril des mineurs » du code pénal afin que l’acte de maltraitance animale ne soit pas seulement puni au titre de sévices exercés sur les animaux mais bien également au titre de la protection de l’enfant.

Être exposé à des sévices exercés sur les animaux comporte des risques pour le développement d’un enfant, risques corroborés par de nombreux témoignages et des études, particulièrement anglo-saxonnes. La protection de l’enfance ne peut s’arrêter à une frontière régionale. Une idée approuvée par la majorité de la population des territoires taurins selon les sondages réalisés sur la question de l’interdiction de la corrida aux mineurs.

Lorsque l’on souhaite protéger les mineurs de l’exposition à la violence exercée sur les animaux, y compris en contexte de tradition, on nous réplique souvent qu’il faudrait alors interdire l’exposition à la violence à la télévision, sur Internet ou dans les jeux vidéo. Ici la réponse est on ne peut plus simple : cette interdiction existe déjà. Le CSA délimite des seuils d’âge pour les films, un classement PEGI (Pan European Game Information) est obligatoire pour les jeux vidéo et les sites contenant des messages à caractère violent ne prévoyant pas de moyens pour que les mineurs n’y soient pas exposés sont susceptibles de poursuites. D’ailleurs, concernant la corrida à la télévision, le CSA a établi l’obligation de la diffuser à un horaire tardif pour éviter que des enfants y soient exposés et la mise à mort ne doit pas être diffusée.

De plus, le code du travail reconnaît qu’un mineur ne doit pas être exposé à la mise à mort d’un animal ou être mis en contact avec un animal en position de l’attaquer. L’article D4153-37 précise qu’il est interdit d’affecter les jeunes à des travaux d’abattage, d’euthanasie et d’équarrissage des animaux. Mais aussi, à des travaux en contact d’animaux féroces ou venimeux.

Si les risques pour la sécurité affective et le développement des enfants sont reconnus, ils n’ont pas encore mené à des mesures législatives en France. Or, l’affirmation de Marguerite Yourcenar selon laquelle « si la cruauté humaine s’est tant exercée contre l’homme, c’est trop souvent qu’elle s’était fait la main sur les animaux » a été d’une certaine façon confirmée par les dernières études sur la question. Voici pourquoi j’ai travaillé sur cette proposition de loi visant à protéger les mineurs de l’exposition aux sévices exercés sur les animaux, y compris en contexte de corrida et de combats de coq, et donc en école taurine.

Un enfant devrait pouvoir exercer son libre-arbitre. Ne pourrait-il pas s’opposer de lui-même à une décision parentale ?

Je ne dis pas que certains ne le font pas mais combien d’enfants osent dire non à leurs parents ? Combien, par loyauté, suivraient leurs parents où qu’ils aillent ? Une très grande majorité ! Je crois aussi que beaucoup de parents, touristes généralement, assistent avec leurs enfants à des corridas, sans réellement avoir conscience de ce qu’ils vont y voir. D’ailleurs, André Viard lui-même a indiqué à l’AFP qu’il avait accroché un avertissement à l’entrée d’une exposition sur la corrida à Nîmes pour prévenir les parents. N’est-ce pas là une sorte d’aveu du propre monde taurin de la violence à laquelle vont être confrontés ces enfants en s’asseyant dans les arènes ?

Il y a peu, le Parlement européen a voté un amendement pour que les aides de la PAC (Politique Agricole Commune) ne soient plus distribuées aux éleveurs de taureaux de combats. Peut-on espérer un jour l’interdiction totale de la tauromachie en France ?

Vous connaissez mon engagement pour le bien-être animal. C’est un engagement de longue date. Je suis une députée et citoyenne avant tout convaincue que la France doit avancer sur tous les sujets qui touchent à la protection animale. Les Français le demandent de plus en plus fort, les sondages d’opinion le montrent, les élections aussi, il faudra bien qu’un jour le Parlement s’en saisisse et l’interdiction de la corrida, pour laquelle vous me trouverez bien évidemment à vos côtés, devra en faire partie.  

Quels sont vos projets à court terme ?

Mon intention première est de déposer la proposition de loi présentée en 2019 lors d’un colloque ce qui devrait être chose faite en début d’année. Ayant reçu l’accord de la présidence de mon groupe et de son bureau je pense qu’il n’attendra plus ensuite, et rapidement je l’espère, une inscription à l’ordre du jour pour que celle-ci soit discutée au sein de l’hémicycle.

Lien vers la PPL : https://www.samantha-cazebonne.com/ppl-protection-enfance