Numéro 2Animaux sauvagesLe retour des animaux sauvages

Marc Giraud15 janvier 20214 min

Le « rewilding », ou « réensauvagement », est un phénomène mondial réjouissant : il donne un bel espoir à tous ceux qui se désespèrent des atteintes infligées à la vie sauvage. Non, tout ne va pas mal. Des reconquêtes fantastiques ont lieu sous nos yeux, et ça n’est que le début. En France, à la pointe de ce mouvement, l’Association pour la protection des animaux sauvages (l’ASPAS) achète des pans entiers de nature pour les redonner à… la nature. Petit à petit, les animaux font leur retour !

Qui aurait cru, il y seulement 40 ans, que des loups s’ébattraient dans nos paysages en toute liberté ? Ils sont pourtant revenus en 1992, naturellement, et ne sont jamais repartis. Bien sûr, les prédateurs ne sont pas acceptés par quelques-uns, encouragés par un État français qui se laisse aller à la facilité des tirs, débordant des lois européennes, piétinant l’éthique et les vues à long terme. Mais quels que soient leurs opposants, les loups sont en expansion partout.

Nos trois grands prédateurs

Le premier noyau lupin venait d’Italie, d’autres arrivent désormais de l’est, et les différentes populations se rejoignent en Europe. Des naissances ont déjà eu lieu en Belgique… avec la protection du gouvernement.

En 1995, il ne restait plus que 5 ours dans les Pyrénées dont une seule femelle, Cannelle. La mort de Cannelle, abattue par un chasseur en 2004, a ému le pays entier, provoquant une prise de conscience. Aujourd’hui, après plusieurs réintroductions et des naissances chaque année, on compte plus d’une cinquantaine d’ours dans les Pyrénées. Bien que rare le braconnage persiste, mais rappelons que les ours réintroduits sont pris sur un quota de chasse : dans leur Slovénie natale, ils n’avaient aucune chance de survie. Dans nos montagnes, leur prospérité revenue ne fait que rétablir un équilibre jadis rompu artificiellement par des humains : les antinature n’ont pas gagné.

21 lynx ont été réintroduits dans les Vosges françaises à partir de 1983. Ils ont tous disparu, victimes du braconnage. Mais d’autres arrivent depuis la Suisse, et récemment depuis l’Allemagne où les réintroductions se font avec le soutien du ministère de l’Environnement, des chasseurs et des éleveurs. Même animal, mentalités différentes… Mais là aussi, l’opinion publique évolue.

De nouveaux venus

Depuis les lois de protection de 1976, la faune se porte beaucoup mieux. Des rapaces comme le faucon crécerelle ou la buse variable sont redevenus communs, d’autres ont retrouvé des territoires perdus, tels les balbuzards pêcheurs, les vautours fauves ou les pygargues. Les phoques gris et veaux-marins, les castors ou les loutres d’Europe ont également fait de belles reconquêtes. En décembre 2017, une caméra-piège révélait pour la première fois la présence d’un chacal doré en France, témoin d’une expansion en cours partout en Europe. Certains naturalistes rêvent désormais de réintroduire des gros animaux comme le bison d’Europe, qui se rencontre déjà à l’état sauvage en Allemagne, voire des élans, qui vivaient encore dans les Vosges au Xe siècle. La cohabitation existe dans bien des pays, elle est certainement possible si l’on accepte de partager l’espace. Le botaniste Francis Hallé mijote par exemple le projet ambitieux de recréer une grande forêt primaire en Europe de l’Ouest. Mais déjà, des lieux de libre évolution, c’est-à-dire où la nature ne subit pas de gestion, sont préservés. La chasse étant autorisée dans la plupart des parcs et réserves de l’État, ce sont donc les citoyens qui doivent prendre soin de leur patrimoine naturel.

Les Réserves de Vie Sauvage®

Le 22 avril 2014 dans la Drôme, le cinéaste Jacques Perrin inaugurait la première Réserve de Vie Sauvage® (RVS) de l’ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages). Depuis, d’autres réserves ont vu le jour, d’autres encore sont prévues. L’ASPAS étant une association entièrement indépendante, ses réserves reposent sur les dons des particuliers. Dernière en date, la réserve du Vercors a elle aussi eu un certain retentissement médiatique, ce qui a suscité quelques oppositions idéologiques.

Le 21 août 2020, une manifestation anti-ASPAS menée par des éleveurs et des chasseurs se déroulait devant les locaux de l’ASPAS en Drôme, avec la bénédiction du préfet. Leur crainte affichée : que des terres agricoles leur soient volées, et que les « écolos des villes » décident à leur place. En réalité, l’ASPAS n’a acquis que 0,1 % du département, et ce sont des forêts qu’elle ouvre au contraire au public. Autre fantasme : les écologistes mettent la nature « sous cloche ». Entendez : ils osent lui faire confiance, la laisser tranquille, sans intervention humaine. Or, on ne fige pas la biodiversité : on préserve au contraire l’évolution, on laisse les processus dynamiques du vivant s’exprimer, trouver par eux-mêmes les solutions pour résister au réchauffement climatique et autres agressions, comme la nature l’a toujours fait. Association libre, l’ASPAS œuvre pour que ces espaces libérés accueillent des animaux… libres.

Pour en savoir plus :

ASPAS www.aspas-reserves-vie-sauvage.org
Forêt primaire www.foretprimaire-francishalle.org 
Forêts sauvages www.forets-sauvages.fr
Manifeste www.faunesauvage.fr/fspetition/arretons-de-vouloir-maitriser-et-exploiter-la-totalite-des-espaces-et-des-ecosystemes
Marc Giraud www.marcgiraud-nature.net/accueil.html

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