Numéro 8Bien-être animalInterview d’ Emilie Devienne, auteur de « Ces animaux qui nous font du bien »

Savoir Animal15 juillet 20225 min

Editions Eyrolles, 2022

Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire ce livre ?

Tout commence par Moumousse…. Moumousse, c’est mon copain, mon complice. C’est un fox-terrier, j’ai deux ou trois ans sur les premières photos en sa compagnie. L’histoire va durer longtemps… Depuis, les animaux ont toujours croisé ma vie, de manière durable à demeure ou passagère, lors de voyages, d’observation… Il était temps que je leur consacre un livre. Je leur devais bien ça !

Que leur doit-on, au fait ?

Une infinie gratitude pour les apprentissages : aimer, être tolérant, pardonner, réfléchir (car oui, au cas où vous en douteriez, les animaux réfléchissent et nous serions souvent fondés de les respecter aussi à cet égard)…

De la reconnaissance pour les sacrifices qu’ils font afin de nous sauver. Contraints (souvent), forcés (hélas), ils donnent leurs vies pour préserver les nôtres.

À partir de ces premiers constats, que recommandez-vous aux lecteurs ?

La suite est simple dans sa formulation et complexe dans sa mise en œuvre : les respecter. En tenant compte de leurs singularités, de leur droit à vivre sans que l’on porte atteinte à leur intégrité, c’est de notre humanité que l’on parle. De notre place sur cette planète que nous partageons, eux et nous. Ils peuvent vivre sans nous, l’inverse est faux. Ne l’oublions pas. L’exploitation des animaux remonte à la nuit des temps, comme leur vénération.

Le tableau est plutôt sombre à vous écouter, et pourtant, dans votre livre, vous nous donnez aussi des raisons d’espérer…

En effet, la tâche est immense et il y a d’emblée une bonne nouvelle : notre époque se préoccupe du bien-être des animaux comme en d’autres temps on s’est inquiété du sort réservé au humains réduits en esclavage, puis des femmes, des enfants, des mouvements gays… « Ces engagements marquent de réelles évolutions, des étapes sur la voie du progrès de l’humanité. » Aujourd’hui, se préoccuper de la cause animale n’est plus une mode. C’est un courant fort de notre société. Certes, la réalité est on ne peut plus hétérogène partout dans le monde, il n’empêche, l’engagement est patent et en constante progression.

Votre livre va dans le sens des personnes qui sont déjà acquises à la cause animale. Mais comment peut-il aussi les aider à convaincre les indécis ? 

Il est vrai que le lectorat de Savoir-animal est acquis au sujet. Mais il est légitime de se demander comment prêcher la bonne parole en dehors de nos cercles déjà investis dans la préservation du règne animal sous quelle que forme que ce soit. Je propose deux grandes catégories d’arguments pour parler soit à la tête, soit au cœur de ces personnes sceptiques ou condescendantes à notre égard :

Parler à la raison : peut-on encore nier le fruit des recherches scientifiques, anthropologiques, éthologiques et autres, démontrant tant et plus que les animaux sont riches d’enseignements pour nous dans leur manière d’agir et d’interagir ? Si les valeurs humaines ne suffisent pas, appuyons-nous sur le cadre législatif. Certes, les dispositions légales sont appliquées avec un laxisme qui mérite d’être dénoncé, mais quand elles sont bel et bien respectées, les sanctions tombent. Ce n’est pas le lieu ici d’entrer dans les détails, mais posons juste ceci : en 2015, la loi du 16 février relative à la modernisation et à la simplification du droit et des procédures dans les domaines de la justice et des affaires intérieures ainsi que l’amendement Glavany dispose que « les animaux sont donc des êtres vivants doués de sensibilité et ne sont plus considérés comme des biens dans la mesure où une loi les protège. »

S’adresser au cœur : Peut-on fermer les yeux devant la souffrance animale ? Comment rester indifférent à l’empathie, voire l’amour que les animaux nous témoignent ? Enfin, plus largement, envisageons notre civilisation à l’aune de cette phrase de Gandhi : « On peut juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux y sont traités. »

Sensibiliser leur corps : notre santé non seulement psychologique, mais physique dépend beaucoup des animaux. Les tests en laboratoire, rappelons-le, mais pas que : ils sauvent des vies, ils soulagent des maux par la médiation animale pour aider les personnes accidentées ou en situation de handicap, à leur contact, notre rythme cardiaque, notre sommeil, notre niveau de stress notamment tendent à diminuer, la liste des effets bénéfiques des animaux sur notre santé pourrait s’allonger beaucoup encore.

Un mot pour la fin ?

Je le céderai volontiers au Docteur Claude Béata, vétérinaire psychiatre, qui m’a fait l’honneur de préfacer mon livre.  Il m’écrit : « Depuis que j’ai découvert Baptiste Morizot[1], je suis très attentif à cela : nous ne cohabitons pas avec le règne animal, nous en faisons pleinement et simplement partie. La question qui se pose est presque moins celle du respect que celle de la reconnaissance de l’unité. » Dont acte…


[1] Agrégé de philosophie, enseignant chercheur à l’université Aix-Marseille, ses recherches portent principalement sur les relations entre l’humain et le reste du vivant. Il est aussi pisteur, et auteur de plusieurs ouvrages couronnés de multiples prix dont Raviver les braises du vivant (Actes Sud, 2020). France Culture lui a consacré plusieurs épisodes de son émission Les Chemins de la philosophie en 2020.


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