Grindadrap, massacre en eaux troubles

Guillaume Prevel20 novembre 20206 min

L’homme a peu de chances de cesser d’être un tortionnaire pour l’homme, tant qu’il continuera à apprendre sur l’animal son métier de bourreau

Marguerite Yourcenar (1903-1987)

Iles Féroé, l’archipel aux moutons

C’est un petit archipel, qui émerge des brumes, et où s’abattent les tempêtes homériques. Quelques minuscules rochers posées là, isolées en plein Atlantique Nord entre l’Islande et les iles Shetland, habités par 52100 habitants (recensement 2020) et 80 000 moutons. Un lieu battu par les vents et où le « brouillard noir » comme le nomment les féringiens rend aveugle, le voyageur égaré.

Les îles Féroé doivent leur nom aux moutons, qui débarquèrent au IXème siècle avec les vikings, Foroyar signifiant, les iles aux moutons.

Jusqu’au XIXème l’élevage des ovins fut la principale activité des iles féringiennes et il n’est donc pas surprenant que ses armoiries soient blasonnées ainsi : d’azur  au bélier passant d’argent, lampassé de gueules, armé et corné d’or.

Un archipel à la beauté sauvage, mais aussi malheureusement héritier d’une tradition tout autant sauvage.

Le grindadrap, une horreur venue du fond des âges

Si les iles Féroé sont connues pour la sécurité qui y règne, cette tranquillité  ne concerne malheureusement pas les animaux, notamment les cétacés qui y sont annuellement chassés, lors du Grind communément appelé le Grindadrap.

Cette chasse considérée comme un don de Dieu, et relevant pour les Féringiens de la tradition, est mentionnée depuis 1584, mais beaucoup s’accorde à dire que son origine remonte à une époque plus ancienne encore.

A ces époques reculées, le manque de ressources sur l’archipel, poussait les habitants à la chasse aux cétacés, afin de survivre dans cette nature hostile. Le Grindadrap, assurait pour de longs mois la nourriture aux habitants de cette contrée dur et sauvage.

Si cette chasse pouvait trouver une justification à l’époque qu’en est-il aujourd’hui ? Cette sauvagerie a-t-elle encore sa place au XXIème siècle ?

Le plus grand massacre de mammifères marins d’Europe

Chaque année, le Grind se déroule dans plusieurs baies de l’archipel. La première étape de la chasse aux cétacés, consiste au repérage de ces derniers. Une fois le ban signalé, les bateaux se regroupent en demi-cercle derrière lui, afin d’effrayer les globicéphales, dauphins à flancs blancs, dauphins de Risso, Grands dauphins, ou encore des baleines à bec. La majorité des victimes du Grindatrap sont les globicéphales et dauphins à flancs blancs. Les chasseurs, les effraient avec le bruit des moteurs de leurs bateaux puissants, afin de les regrouper et les pousser vers le piège tendu au fond de la baie. La fuite des cétacés, les entrainant irrémédiablement vers le lieu d’abattage.

Cette seconde étape terminée, la dernière consiste à provoquer l’échouage des animaux sur la plage ou de les pousser dans les eaux peu profondes de la baie afin qu’ils se retrouvent piégés.

Le massacre peut alors commencer, les chasseurs introduisent dans l’évent (narines des cétacés), un crochet relié à une corde, que d’autres chasseurs tirent pour entraîner les pauvres animaux sur la plage où ils seront abattus sauvagement à l’aide de couteaux traditionnels et de lances rachidiennes, qui serviront à sectionner, la colonne vertébrale et les artères adjacentes. Le cou des cétacés sera ensuite découpé largement afin de vider l’animal de son sang et il sera éviscéré avant la distribution de sa viande aux participants du Grind.

Le plus grand massacre de cétacés se termine avec la mort de plusieurs milliers de dauphins et dans l’horreur d’une mer devenue rouge du sang des victimes innocentes.

En 2017, 1117 globicéphales et 488 dauphins à flancs blancs ont été ainsi massacrés dans les baies féringiennes, un record depuis 2000.

Le Grindadrap, un problème éthique et sanitaire

Pour les Féroïens, la chasse pratiquée assurent aux cétacés une mort rapide et sans souffrance. Pour eux le Grindadrap est une activité festive, et n’a aucun impact environnemental, car ils ne chassent, croient-ils savoir, que 1% des 100 000 cétacés, vivant à proximité de leurs îles.

Les habitants de cette petite communauté de 52.100 âmes, ne semblent pas  comprendre, l’émotion mondiale qui agite les réseaux sociaux, lorsque le monde découvre écœuré les images d’une foule baignant dans une mer de sang, plantant leurs outils de bouchers dans la tête de milliers d’animaux innocents. Ils ne comprennent pas non plus la colère des amoureux de la nature, lorsque l’on sait que durant ces massacres des centaines de femelles enceintes sont tuées avec leurs familles, alors qu’elle se rapprochaient des côtes pour mettre bas !

Les féroïens, ont-ils conscience de tuer un animal d’une intelligence remarquable, à la vie sociale collaborative, un animal conscient de lui-même et capable d’éprouver des émotions complexes ?

En 2010, des charniers sous-marins ont été révélés par le réalisateur François Xavier Pelletier. Dans son documentaire Féroé l’archipel blessé, le réalisateur qui est aussi ethno-cétologue, démontre par ces découvertes macabres que la viande des globicéphales n’est quasiment jamais consommée et pour cause…

De nombreux rapports scientifiques alertent sur la présence de métaux lourds dans l’organisme des globicéphales, la graisse, les muscles et les organes de ces cétacés présentent des taux extrêmement élevés de sélénium, de cadmium, de PCB (Polychlorobiphényles) ou encore de mercure.

En 2011, les autorités vétérinaires féroïennes ont recommandé aux habitants de limiter leur consommation de viande de cétacés à un repas maximum par mois.

Des effets sur le développement neurologique des enfants féroïens ont été observés, ainsi que des problèmes de la concentration, des troubles du langage, et de la mémoire. Une partie de la population de l’archipel souffre également de problèmes nerveux.

L’Europe indifférente, le Danemark complice

L’organisation non gouvernemental Seashepherd, qui dénonce l’intervention de la Marine Royale danoise, afin de protéger les bateaux d’habitants féroïens en pure violation des lois de la communauté européenne, demande à la France de déposer plainte auprès de la cour de justice internationale de la Haye.

Les iles Féroé, jouissent d’un statut d’autonomie et par conséquent ne sont pas tenus de respecter les législations européennes comme son grand frère protecteur le Danemark, qui lui est signataire des conventions européennes.

La plainte réclamée par voie de pétition par Seashepherd tend à dénoncer cette hypocrisie, car si les iles Féroé se revendiquent autonomes, elle ne refuse pas les subventions européennes versées par l’intermédiaire du Danemark.

Aussi, Seashepherd accuse le Danemark de violer trois conventions dont il est signataire, la convention de Berne, la convention de Bonn et l’accord sur la conservation des petits cétacés (ASCOBAN)  qui l’engageaient à protéger les globicéphales. La fondation Brigitte Bardot s’est associée à Seashepherd et a écrit  une lettre à la Reine du Danemark, l’appelant à faire pression sur les îles Féroé pour faire abolir cette « pratique aussi cruelle qu’inutile ».

La réponse de la commission européenne intervenue le 25 juin 2017 a rejeté l’affaire sans pousser plus avant sa justification.

En attendant, le plus grand  massacre de mammifères marins d’Europe continue avec la bienveillante indifférence des pays signataires des conventions de Berne et de Bonn.

Correspondant des Hauts de Seine du Parti Animaliste

5 commentaires

  • DENOYER

    27 novembre 2020 à 9h37

    La cruauté gratuite humaine est sans limite. C’est atterrant !!

  • Palix

    24 novembre 2020 à 20h03

    Je soutiens les actions de sea sheapeard et la fondation BB … vous portee ma voix comment est ce possible de continuer à bafouer les lois que vous érigez..!! 🛑 STOP🛑

  • Couvillers

    22 novembre 2020 à 20h47

    C’ est abominable, stop !! Il faut absolument arrêter ce massacre !!
    Béatrice Couvillers

  • Couvillers

    22 novembre 2020 à 20h46

    C’est abominable, il faut absolument interdire ce massacre !!

  • Jaboin

    21 novembre 2020 à 20h34

    Cruauté insoutenable

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