Culture contemporaineActualités“Défendre les animaux, c’est élargir les valeurs de l’humanisme à tous les êtres vulnérables”

Savoir Animal14 mars 20225 min

Dominic Hofbauer et Rosa B. publient Les droits des animaux en questions, une petite encyclopédie d’éthique animale illustrée, pensée pour tout public. Savoir Animal a rencontré les auteurs de ce nouveau livre, paru aux éditions La Plage en partenariat avec L214.

Bonjour Dominic Hofbauer et Rosa B., vous publiez Les droits des animaux en questions, un livre de vulgarisation philosophique autour de l’éthique animale. Comment vous est venue l’idée de travailler ensemble sur ce projet ?

Rosa B. : À travers la série Insolente Veggie, je fais des BD depuis un moment sur le sujet, mais parfois je les trouve trop pointues, trop liées à un événement d’actualité, si le lecteur prend le train en cours, il peut ne pas avoir toutes les références. J’avais envie de poser les bases, de reprendre du début. Dominic m’a proposé ce projet, j’ai sauté sur l’occasion !

Dominic Hofbauer : De mon côté, je rêvais vainement d’un livre qui n’existait pas, une sorte de livre “idéal” à offrir ou à conseiller aux gens qui veulent découvrir l’éthique animale sans forcément passer un master en philosophie morale. Quelque chose comme L’égalité animale expliquée aux humains, de Peter Singer, qui reste à mon avis une des meilleures portes d’entrée dans l’éthique animale. Bref, je réfléchissais donc à cette idée d’un petit livre pratique, pouvant être lu par petits bouts indépendants, adapté au contexte français, à l’actualité des connaissances scientifiques et de la protection des animaux dans le droit. Sans trop de jargon, et avec des dessins ou des caricatures pour prendre de la distance, rire,… Je suis fan des dessins et de l’humour de Rosa depuis longtemps, donc je rêvais vraiment de pouvoir travailler avec elle !

Il sort beaucoup de livres sur l’éthique animale ou la cause des animaux. Comment celui-ci est-il pensé ?

Dominic Hofbauer : En fait, au départ, cela devait s’appeler L’éthique animale de A à Z. Avec 26 entrées correspondant aux 26 lettres de l’alphabet. Ça partait de A comme Animal-Machine, B comme Bien-être animal, etc jusqu’à Z comme Zoopolis. C’est Céline et Wendy des éditions La Plage qui ont suggéré de proposer les entrées sous forme de questions, et aussi d’enchainer les entrées selon un ordre plus logique et cohérent que celui du hasard de l’alphabet. Nous les avons donc rassemblées en 4 grandes parties qui créent une progression : l’éthique animale vue par la science, la philosophie, le droit et, enfin, la société.

En réponse aux textes, les dessins de Rosa viennent ensuite mettre en lumière chaque partie et chaque chapitre, en offrant un décalage humoristique et aussi plein de respirations bienvenues dans la lecture ! Pour chaque entrée il y a donc un petit texte et un dessin de Rosa, en miroir. On a composé à deux mains un essai graphique assez dynamique (enfin j’espère !).

Rosa B. : De mon côté j’ai voulu rendre un peu abordable des notions de philo, de sciences et d’éthologie qui peuvent paraître un peu rébarbatives au premier abord, même si Dominic explique très bien c’est toujours mieux avec un dessin !


Quel est votre parcours en tant qu’auteurs, et comment avez-vous commencé à vous intéresser à la question animale ?

Rosa B. : Ma colocataire était végétarienne, j’ai vécu avec elle un an sans poser de questions. Un jour, j’ai eu l’idée incroyable de lui demander pourquoi, elle m’a simplement dit “parce que je suis contre le fait de tuer des animaux”. Je n’ai rien dit et j’ai réfléchi à ça, je me suis renseignée longuement sur ce qu’impliquait la consommation de viande, et j’ai fini par admettre qu’elle avait raison. J’ai arrêté de consommer des animaux, et débarrassée de ma dissonance cognitive, je me suis intéressée de façon beaucoup plus apaisée à la philosophie animaliste, à l’éthologie, etc. J’ai commencé à dessiner par hasard, en devenant végane. Je lisais beaucoup de BD et je trouvais que les remarques auxquelles je faisais face en tant que végane seraient parfaitement à leur place dans une BD de Reiser, des Bidochons, de Bretecher… ça n’existait pas alors j’ai commencé à imaginer ce que ça pouvait donner, puis à le dessiner, et de fil en aiguille, je suis devenue autrice sans m’en rendre compte.

Dominic Hofbauer : Pour moi, il y a eu un moment-clef que je raconte en ouverture du livre. J’ai 17 ans et nous sommes à table, en famille. Ma petite sœur de trois ans ne veut rien manger. Pour détourner son attention, mes parents lui racontent une histoire, le conte des trois petits cochons. Le stratagème fonctionne : captivée par le périple de ces cochons qui luttent pour échapper au loup qui veut les manger, elle avale tout son dîner. Et d’un coup, comme la pilule rouge dans Matrix, le choc : je vois que ce qu’on lui met dans la bouche, c’est du jambon. C’est-à-dire… les cochons de l’histoire.

C’est comme ça que j’ai commencé à réfléchir aux animaux que l’on mange, et ça a été le point de départ du raisonnement moral, en ce qui me concerne. C’était une démarche assez rationnelle, en lien aussi avec les idées de non-violence qui m’intéressaient à cette époque où j’ai refusé de faire mon service militaire pour cette raison. Je crois qu’il y a une cohérence : au fond, défendre les animaux, c’est élargir les valeurs de l’humanisme à tous les êtres vulnérables.

L’humanisme, c’est précisément le fil rouge de ce livre, que l’on publie en partenariat avec L214. Pour moi, il s’inscrit plutôt bien dans la démarche pédagogique bienveillante que l’on développe avec L214 Éducation.

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La rédaction - Savoir Animal

Il y a un commentaire

  • Lemaire

    25 mars 2022 à 8h39

    Bien belle initiative !

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