Culture contemporaineActualités« Au nom de tous les animaux »  Olivia Symniacos et Valérie Péronnet

Brigitte Leblanc29 avril 202415 min

L’actualité cinématographique de cette année fait découvrir à beaucoup d’entre nous les rapports particuliers entre les avocats et les animaux : tout d’abord en parlant des procès d’animaux « accusés » de crimes et délits au Moyen-Âge[1], dont la défense était assurée par un avocat (plus souvent occupé certes à se faire connaître par ce biais que par le devenir de l’animal[2]), puis dans un film à paraître où une avocate est amenée à défendre un chien « mordeur », découvrant sa propre humanité à cette occasion[3]. Défendre un animal accusé est à notre époque une facette de ce métier, l’autre, qui se développe enfin, est de défendre l’animal victime de l’humain, ce qui constitue la majorité des récits que Me Olivia Symniacos partage avec nous dans son ouvrage. Elle a, avec beaucoup de gentillesse et d’humilité, accepté d’échanger avec nous sur ce sujet et bien d’autres.

Tout d’abord, mon ambition n’a jamais été d’être avocate, je n’ai passé l’examen du barreau que dans le cadre du précédent cabinet dans lequel j’exerçais alors, avec la promesse faite à moi-même et au monde entier de ne jamais plaider ! Dès ma robe reçue, elle a été mise au placard. Mais ce métier m’a rattrapée, il a fallu que je me fasse violence pour aider ceux pour lesquels je voulais m’engager : les animaux. C’est peut-être ce parcours atypique qui explique que je me sens un peu déphasée parmi mes consoeurs et confrères, en tout cas je m’attache à garder ce qui compte pour moi : ma transparence (il suffit de lire mes posts sur les réseaux sociaux !), et l’empathie que je porte aux animaux bien sûr mais aussi aux gens, car j’aime les gens. Il est important pour moi de faire mon métier à ma façon.

Ce livre, on vous a proposé de le faire, comment avez-vous réagi à cette demande ?

J’aime me lancer des défis, lorsque leur but me semble utile. J’ai pris cette proposition comme un pari, une nouvelle expérience qui allait me permettre de découvrir de nouvelles personnes et un nouveau monde, et je dois dire que je n’ai pas été déçue : j’ai fait de belles rencontres, et moi qui respectais déjà beaucoup les livres, j’ai vu ce respect grandir encore quand j’ai réalisé la masse  de travail que cela représentait. En fait, c’est une opportunité qu’on m’offrait et cela ne doit pas faire peur, la peur de l’échec fige alors qu’il faut oser, d’autant que dans mon cas il s’agissait de plus encore : d’une autre façon de m’engager pour les animaux.

Je n’avais pas envie de parler de droit, de faire un livre sur la science juridique, il y en a beaucoup et très bien faits. J’avais envie de raconter la vie, le vécu : celui des animaux, des prévenus, et le mien. Je travaille en droit pénal, les affaires qu’on y traite sont des histoires de vie que j’ai eu envie de partager avec tous, les amis des animaux mais aussi les autres, pour leur apporter quelque chose. Car je cherche toujours à comprendre et à adapter mes réactions avec ce et ceux que je rencontre : personne n’est tout blanc ou tout noir. Mes dossiers « préférés » sont ceux qui concernent les animaux de rente car toute la société sait à présent combien la situation du monde rural est difficile, on ne doit stigmatiser personne mais chercher à comprendre comment et pourquoi on en est arrivé là, pour trouver des solutions. Pour moi, un avocat borné n’est pas crédible et n’est pas un bon avocat, et personne ne doit oublier qu’un avocat est un humain dans une robe.

Le droit des animaux et leur protection sont à présent, et heureusement, une thématique récurrente dans notre société. Mais jamais ce format de livre n’était encore paru, des livres de droit certes mais pas de livre sur le « quotidien » du droit des animaux, sur ce qu’ils vivent et comment on les défend. Pour moi, c’était donc une autre forme d’engagement pour eux, je pouvais mettre le droit des animaux en avant à ma manière, comme je mène mon métier d’avocat à ma manière. J’ai pu le faire sans censure, j’ai pu dire ce qui me tenait à cœur, avec mes mots. Quand j’ai lancé mon cabinet de droit animalier[4], autour de moi beaucoup ont crié au suicide professionnel. De la même façon, la couverture de ce livre, avec ce chat noir en robe d’avocat, pourrait sembler être un choix suicidaire au vu de leur mauvaise réputation bêtement persistante. Mais c’est le contraire. Lorsque l’on m’a proposé cette idée de couverture, je l’ai trouvée juste parfaite !

Merci infiniment pour cet échange, et il n’y a plus qu’une chose à dire : allez découvrir le monde de cette avocate au grand cœur !

« Au nom de tous les animaux », Olivia Symniacos, Valérie Péronnet, aux éditions Les Arènes


[1] « Les Chèvres ! » comédie française réalisée par Fred Cavayé, sortie en février 2024.

[2] « Le procès des rats » roman de Charles Daubas, aux éditions Gallimard, mai 2022.

[3] « Le Procès du chien » film franco-suisse réalisé par Laetitia Dosch, sortie en septembre 2024.

[4] ANIMALEX avocats.


Brigitte Leblanc
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