Numéro 10Culture contemporaineL’art animalier au service des espèces menacées

Sofia Johannissen16 janvier 20236 min

”On se sert des couleurs, mais on peint avec les sentiments ”

Amoureuse profonde de la nature, dont j’ai viscéralement besoin d’être entourée pour trouver mon équilibre, j’ai toujours observé, photographié, dessiné et peint les animaux, aussi longtemps que je m’en souvienne. Un peintre du XVIIIe siècle a dit : ”On se sert des couleurs mais on peint avec les sentiments”. Cette citation décrit parfaitement le processus créatif tel que je le vis et le conçois. En effet, chacune de mes peintures reflète l’émotion qui m’a portée le temps d’un regard, un émerveillement, une colère, une interrogation… Je suis toujours à l’affût de symboles qui font écho à ce que j’ai envie de mettre en image, en observant tout, autour de moi. Et ce sont ces symboles que je vais peindre.

Me spécialiser dans l’art animalier m’est ainsi venu de manière complètement naturelle

Quand je peins un animal, ce n’est pas uniquement parce que je le trouve beau, ou que je suis attirée par le challenge de réussir à le représenter d’une manière personnelle… c’est aussi parce que les animaux ont cette particularité d’être remplis de symboles. Certains, universels ; d’autres, plus personnels pour chacun d’entre nous. Leur pose, leur regard, leur expression, rien n’est choisi au hasard dans mes peintures. Je peins presque exclusivement des animaux que j’ai réellement croisés, avec lesquels «il s’est passé quelque chose». En les observant longuement, il y a une interaction dans les regards, des émotions que je fixe en prenant des photos si possible, pour ensuite pouvoir travailler. Toutefois, mon but n’est pas de créer une illustration narrative qui raconterait de manière impudique mon histoire. Le symbolisme de l’animal est juste mon déclencheur créatif. Je m’efforce toujours de laisser suffisamment d’ouvertures, suffisamment de niveaux de lecture, également dans les titres de mes œuvres, afin que mes peintures aient leur propre vie, et qu’elles racontent leur propre histoire aux personnes qui les regardent.

Originaire de Suède, et après avoir grandi dans plusieurs pays, puis avoir passé vingt-cinq ans en Ile-de-France, je me suis installée dans le Lot, il y a presque six ans. J’y ai trouvé une sérénité que je n’avais jusqu’alors connue que dans l’archipel suédois de mon enfance. Dans cette campagne quercynoise, où rapaces et chevreuils croisent vos chemins quotidiennement, où les chanceux aperçoivent des cerfs, voire des hardes de biches, où les chèvres angora, ânes, chevaux, vaches et alpagas broutent tranquillement dans les prairies bordant les chemins – sans oublier les magnifiques moutons caussenards – où les observateurs verront blaireaux, sangliers, renards, lièvres, fouines et une multitude d’autres animaux fascinants, l’inspiration artistique est pour moi à son comble ! Chaque promenade est un émerveillement ! Chaque sentier présente sa magie animalière, qui change selon le moment de la journée, la météo, la saison et peut de ce fait être redécouvert et nous surprendre à l’infini !

Les espèces menacées

En m’installant dans ma nouvelle région j’ai également la chance de découvrir des parcs animaliers dont le travail consiste à œuvrer pour la conservation d’espèces menacées (La Réserve  Zoologique de Calviac, Le Parc Animalier de Gramat…). J’y ai très vite trouvé des cadres idylliques pour observer, apprendre, et créer  ! Professeur d’aquarelle depuis plus de dix ans, j’y organise même des stages. Une collaboration naît alors progressivement avec le Parc Animalier de Gramat, et notamment autour des espèces qu’il conserve en concertation avec les milieux scientifiques et universitaires.

Fondé en 1980, ce parc est géré par l’Association pour l’Étude et la Protection de la Faune et de la Flore du Causse créée en 1976. Il s’étend sur 40 hectares d’un milieu naturel protégé. On peut y observer 150 espèces d’animaux européens, dont le conservatoire européen des races primitives d’animaux domestiques ayant pour but de préserver la diversité des races domestiques. C’est ainsi que j’ai eu le plaisir de réaliser, entre autres, les illustrations naturalistes présentes sur les panneaux explicatifs autour de leur conservatoire de volailles, mais également les panneaux sensibilisant le public aux problèmes écologiques liés aux espèces exotiques envahissantes, ou encore des illustrations d’autres espèces en danger à l’état naturel en France, comme par exemple le bouquetin ibérique. D’autres espèces menacées m’ont par ailleurs inspirée des peintures plus personnelles, exposées au parc en très grand format selon une technique qui m’est propre, comme le cheval de Przewalski, l’ancêtre des chevaux domestiques, représenté dans les peintures rupestres emblématiques de la région (grotte du Pech-Merle, Lascaux…), ou encore l’ours brun, le lynx…

De fil en aiguille, d’autres portes se sont ouvertes. J’ai pu par exemple réaliser une peinture de gypaète barbu, pour le Parc Des Oiseaux dans l’Ain, parc à l’initiative du programme “Barnabé” qui concentre son activité sur des espèces d’oiseaux menacées ou localement disparues à l’état sauvage. Il héberge ainsi des couples reproducteurs, élève les jeunes en veillant à ce qu’ils ne s’habituent pas à l’homme, pour ensuite les réintroduire dans la nature. Ma peinture est imprimée sur des produits dérivés dont la vente aide entre autre à financer ce programme.

Je suis vraiment heureuse de pouvoir vivre de ma passion, tout en la rendant utile.

L’aquarelle : une aventure…

Mon médium de prédilection est depuis toujours l’aquarelle, parce que pour moi, c’est le médium le plus magique ! Si l’on se sert vraiment de l’eau, les effets et styles sont infinis. Et c’est aussi un médium qui correspond totalement à ma philosophie de vie : pour moi, peindre une aquarelle est comme un voyage, une aventure ! L’on sait quand on commence, l’on sait à peu près où l’on veut aller, quelle direction l’on veut prendre, mais, si l’on se sert vraiment de toutes les possibilités qu’offre la fusion entre le pigment, l’eau et le papier, si on laisse tout cela « vivre sa propre vie » sur la feuille avec une certaine liberté, si l’on est réceptif aux surprises, si l’on sait s’adapter… on ne sait pas du tout quand on terminera, ni quelle direction l’œuvre aura finalement pris. Je dis souvent que le travail de l’aquarelliste, c’est de « dompter – à juste dose » ce qui se passe sur le papier. Mon amour pour des sujets animaliers à l’aquarelle n’est de ce fait pas anodin : c’est un peu ma façon de “dompter”, l’espace de quelques instants, ces animaux ; leur permettre éventuellement de laisser une empreinte colorée dans l’esprit de la personne qui verra ma peinture, tout en leur laissant leur liberté…

Hormis mes créations personnelles et les illustrations pour les parcs animaliers, je suis également portraitiste animalière depuis plus de dix ans, réalisant des portraits d’animaux domestiques pour des particuliers. J’anime aussi des stages et ateliers, notamment dans les écoles. Tous mes domaines d’intervention ainsi que des exemples de réalisations sont visibles dans la galerie de mon site internet. Outre les peintures originales, régulièrement exposées, je vends également des tirages d’art et des produits tels que des coussins, des calendriers, ou des plaids, dans ma boutique en ligne sofiajstudio.com/boutique 


Sofia Johannissen
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