Derrière l’ambiance festive et le vernis sportif, la course « Pig & Run » s’impose comme une vaste opération de communication destinée à verdir l’image de l’agro-industrie porcine. Imaginée par les représentants de l’élevage industriel pour redorer leur blason, cette manifestation profite des valeurs véhiculées par la course à pied afin d’étouffer les critiques sur la souffrance animale, les ravages écologiques et les risques sanitaires indissociables de ce modèle. Des militants de l’association de défense des droits animaux FUTUR ont pénétré le dispositif de la course pour y déployer un dispositif de sensibilisation exceptionnel.
Infiltration au sein de la course
Huit militants de l’association FUTUR ont difficilement intégré le dispositif de la course pour en atteindre l’arrivée avec une banderole encourageant les participants à courir pour de plus nobles causes que l’élevage intensif. Après avoir été suivis autour de la course par plusieurs véhicules, et comprenant bien que les signaleurs avaient repérés nos visages et véhicules, nous avons néanmoins réussi à nous insérer sur la ligne finale du parcours pour accompagner le peloton entre 10h30 et 11h30.
Trois bénévoles ont porté la banderole sur la dernière ligne droite de la course, accompagnés de quatre militants en civil documentant et temporisant les réactions violentes émanant du comité organisateur – la dernière bénévole était postée à la surveillance de nos véhicules. Des enceintes portatives étaient également utilisées pour diffuser une bande-son issue d’une de nos enquêtes sur un élevage porcin de la région.
Des dires d’une personne impliquée dans l’organisation, nous étions effectivement attendus sur place – mais nous avons visiblement réussi à les surprendre, le dispositif de réponse de la course à notre présence ayant mis plusieurs minutes à se manifester.
La gendarmerie est arrivée au bout d’une quinzaine de minutes – constatant la virulence de nos opposants et la légalité de notre démarche, la patrouille nous a accompagné le long de notre parcours, réduisant au possible les velléités de violence du comité organisateur. Après notre arrivée au point final, un attroupement de membres de l’organisation accompagnés de deux sympathisants se sont rapidement interposés entre la banderole et les gendarmes – laissant l’opportunité à d’autres organisateurs de violemment agresser deux des porteurs de banderole, la leur arrachant pour ensuite déchirer le trophée après une course effrénée en tutu rose. Des membres du comité organisateur ont tenté par plusieurs fois de nous arracher les téléphones qui filmaient.
La réaction des coureurs tout au long du dispositif était plutôt mitigée, beaucoup étant surpris par notre présence et le déploiement de notre visuel. Plusieurs se sont même arrêtés à notre contact pour témoigner leur soutien – certains ne s’étant pas rendu compte de ce qu’ils encourageaient en courant ce jour, quand d’autres nous ont copieusement arrosés d’insultes.
Pig & Run, la course vers la marée verte : une énième opération de communication du lobby porcin
La première édition de la Pig & Run s’est tenue le 18 mai 2025 le long de la Ria d’Étel, dans le Morbihan. Dès son annonce, le projet suscite l’indignation des défenseurs de l’environnement : le tracé traversait alors une zone classée Natura 2000, un écosystème fragile étranglé par les rejets azotés de la filière porcine.Malgré une pétition rassemblant 36 000 signatures, un appel au boycott lancé par des associations emblématiques comme Eau & Rivières de Bretagne, un engouement médiatique jusqu’en Belgique, l’événement a maintenu son cap. Ce dimanche 27 septembre 2026, cette opération éhontée de propagande vit sa deuxième édition pour vendre son discours éhontément mensonger à presque trois cents coureurs de plus que l’année précédente – le Parti Animaliste a déjà déploré la communication très sélective du lobby.
C’est l’image d’un circuit agricole vertueux, qui met en valeur des paysages locaux qu’elle n’a pas encore intégralement pourri par la pollution engrangée par le lisier porcin déversé en masse dans la région.
« La consommation de viande, massivement issue de l’élevage intensif, a un bilan carbone aussi coûteux que celui du secteur des transports. Mais quand on y réfléchit bien, personne n’imagine Total aller communiquer dans les écoles auprès des étudiants pour pousser à la consommation de carburant ! C’est une chose que peut pourtant se permettre le lobby porcin sur ces terres qu’il estime conquises, tant il les a détruites… » Willy, militant de l’association FUTUR présent sur l’action.
C’est au sein du GAEC de Kerdavezan, à Plouarzel, que part et se termine la course. Ironie de l’histoire, c’est là même où 13 ans plus tôt la communauté de commune du Pays d’Iroise sensibilisait les éleveurs pour qu’ils n’abreuvent plus leurs animaux à partir de l’eau de rivière, celle-ci étant trop polluée.
« J’ai quitté la Bretagne il y a quelques décennies avant de revenir l’année dernière. Je ne reconnais pas ma région. Les hangars concentrationnaires ont fleuri et massacrent le paysage… ». Camille, militante locale de l’association FUTUR, présente sur le happening
Opération de séduction et de régulation : les deux visages du Comité Régional Porcin Bretagne
Sous l’égide d’INAPORC et inscrit depuis février 2024 au répertoire de la HATVP pour ses activités de lobbying, le Comité Régional Porcin (CRP) Bretagne intensifie ses actions d’influence auprès des décideurs politiques… mais pas seulement.
Pour rentabiliser les 1,3 millions d’euros annuels a minima alloués au budget communication de l’interprofessionnelle, adoucir l’image de la filière et séduire le grand public, le Comité Régional Porcin (CRP) Bretagne coordonne des parades folkloriques (généreusement subventionnées par la région), des animations pendant des rencontres sportives, un concours culinaire façon Top Chef et maintenant… l’organisation de courses sportives !
Mais derrière cette vitrine festive, l’agenda réel reste particulièrement agressif : obtenir le démantèlement des régulations environnementales (abaissement des seuils ICPE, recul sur la loi Industrie verte) pour faciliter l’extension des élevages intensifs, tout en cherchant à bâillonner et faire condamner financièrement les associations qui usent de leur droit légitime de recours. Cela quand ils ne s’acharnent pas à museler les journalistes, écrasant le droit à l’information au profit de leurs communications ciblées.
Élevage intensif hors sol : une extrême cruauté
Avec 4 000 exploitations et 6,8 millions de cochons en 2022, la région détient plus de la moitié du cheptel national faisant de la Bretagne un centre stratégique de production… mais aussi de souffrance animale massive.
Les cochons sont élevés hors sol, enfermés dans des bâtiments clos et à forte densité où ils ne peuvent exprimer aucun de leurs comportements naturels : se gratter, se rouler, explorer et simplement se déplacer… Cette promiscuité engendre stress, blessures et cannibalisme, les animaux, rendus fous par la peur et le manque d’espace, finissent parfois par s’attaquer entre eux. Pour les truies, le calvaire se répète portée après portée : enfermées dans des cages individuelles exiguës pendant des semaines, elles sont privées de liberté de mouvement et réduites à leur seule fonction reproductive, jusqu’à ce que leur corps ne soit plus jugé rentable ou qu’elles meurent avant d’être menées à l’abattoir.
Vuk, porte-parole de l’association FUTUR dénonce : « Imaginez naître dans un bâtiment fermé, ne jamais connaître la liberté, ne jamais pouvoir fouiller le sol, courir ou explorer votre environnement. Imaginez être considéré comme un simple outil de production, reproduit, exploité, puis éliminé dès que vous n’êtes plus rentable. C’est pourtant la réalité imposée à des millions de cochons. Derrière les murs des élevages industriels, il n’y a pas une simple production : il y a des vies sacrifiées au nom de la rentabilité. Nous refusons de banaliser cette violence. »

























