ActualitésAnimaux sauvagesLes ONG appellent Vantara à mettre fin aux importations d’animaux sauvages de manière permanente

Fondation 30 Millions d'Amis26 septembre 20265 min

Plusieurs organisations non gouvernementales (ONG)* de référence spécialisées dans la protection et la conservation des animaux ont appelé Vantara, le méga-zoo privé financé par le groupe indien Reliance Industries, à mettre fin de manière permanente aux importations d’animaux sauvages. Les ONG réagissent aux annonces récentes de Vantara visant à restreindre les importations de faune sauvage, à soutenir les sanctuaires d’animaux sauvages et la conservation in situ, à renforcer la gouvernance et la diligence raisonnable, et à répondre aux inquiétudes concernant ses pratiques et ses normes.

L’annonce récente de Vantara fait suite à des années d’enquêtes approfondies et de rapports réalisés par des organisations de la société civile et des journalistes indépendants concernant le fonctionnement du méga-zoo. Vantara a importé plus de 60 000 animaux vivants appartenant à environ 2 000 espèces , un niveau d’importation d’animaux sans précédent sur une période de quatre ans. Ses acquisitions comprennent certaines des espèces les plus rares, les plus menacées et les plus emblématiques au monde, notamment des orangs-outans de Tapanuli, des aras de Spix, des iguanes des Galápagos et des lémurs catta.

En réponse à une pression internationale soutenue, Vantara a fait l’objet d’une surveillance étroite de la part de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).

Dans un courrier adressé aux dirigeants de Vantara, les ONG « saluent le changement d’orientation annoncé en faveur de la conservation in situ et le moratoire de 12 mois sur de nouvelles importations », mais « plaident fermement pour une approche plus claire et plus stricte concernant les futures acquisitions, un engagement solide et à long terme pour faire progresser les efforts mondiaux visant à mettre fin à la capture d’animaux sauvages destinés à des
collections ou à des présentations publiques, ainsi qu’un soutien significatif aux organisations et autorités compétentes qui travaillent pour protéger des espèces sauvages in situ » .

Elles soulignent que les exemptions incluses par Vantara dans son moratoire risquent d’autoriser la future importation d’animaux provenant d’installations commerciales, à la fois d’animaux présentés comme nés en captivité mais très probablement prélevés dans la nature, mais également d’animaux de sources non vérifiées — et potentiellement illégales. De plus, un moratoire à durée limitée peut envoyer aux exportateurs le signal que les importations pourraient reprendre à l’avenir, et inciter les commerçants et trafiquants d’espèces sauvages à stocker des animaux dans l’attente de l’expiration du moratoire.

Les ONG appellent Vantara à transformer la pause temporaire de 12 mois annoncée en une fin permanente de toutes les importations d’animaux sauvages, avec des exceptions strictement limitées aux urgences de conservation ou de bien-être vérifiées de manière indépendante.

Plus précisément, elles demandent instamment à Vantara de mettre en œuvre les mesures suivantes :

  • Mettre fin aux incitations commerciales : suspendre tout paiement direct ou indirect, y compris les « dons », susceptible d’être interprété comme étant lié à des acquisitions d’animaux. Les paiements peuvent alimenter l’exploitation commerciale, inciter à la capture sauvage et encourager l’identification frauduleuse d’animaux prélevés dans la nature comme « sauvés » ou « nés en captivité ».
  • Véritables normes de sauvetage et de sanctuaire : adopter des critères stricts et transparents sur ce qui constitue un « sauvetage » légitime, appliquer une politique de non-reproduction et s’abstenir de tout commerce, échange ou acquisition pour la présentation au public.
  • Transparence publique totale : publier un inventaire complet et régulièrement mis à jour, vérifié par des experts indépendants, de tous les animaux détenus à Vantara – y compris leurs origines, transferts, naissances et décès.
  • Contrôle indépendant : garantir la responsabilité et la transparence, éliminer les conflits d’intérêts potentiels au sein des conseils consultatifs de Vantara et assurer une protection complète de la société civile, des journalistes et des lanceurs d’alerte.
  • Prioriser le soutien in situ et le rapatriement : soutenir des ONG indépendantes dans les pays d’origine afin de protéger les habitats de la faune sauvage et de garantir des normes de soins élevées dans les centres de sauvetage locaux réputés, tout en évaluant les options de rapatriement des animaux vers leurs États d’origine lorsque cela est approprié. Les ONG rappellent que « La faune sauvage fait partie du patrimoine naturel d’un pays ».
  • Traiter les problèmes de conformité : répondre aux préoccupations et adopter des mesures correctives sur toutes les questions relatives à l’acquisition d’animaux, y compris leur origine.

« Ce revirement à 180 degrés de Vantara est une victoire indéniable pour le travail de fond mené par les ONG, mais il ne trompe personne : il sonne comme un aveu. Après des mois d’intimidations pour faire taire les critiques, pourquoi tout changer du jour au lendemain si l’on n’a rien à se
reprocher ? », réagit Reha Hutin, la présidente de la Fondation 30 Millions d’Amis. « Vantara ne peut pas dissimuler des années d’importations douteuses derrière un soudain écran de fumée philanthropique. Pour préserver la crédibilité de la CITES et du droit international, Vantara et ses fournisseurs doivent rendre des comptes sur l’origine exacte des milliers d’animaux déjà importés et détenus par le méga-zoo indien, et surtout garantir, par des mécanismes stricts de contrôle, qu’aucun animal ne sera plus l’objet de transactions douteuses ».

L’appel des ONG intervient avant la 81e réunion du Comité permanent de la CITES, qui doit se tenir du 2 au 6 novembre à Genève, en Suisse. Le Comité permanent examinera la réponse du gouvernement indien aux conclusions d’une mission officielle de vérification du Secrétariat de la CITES menée en Inde en septembre 2025. Les conclusions de la mission avaient exprimé des inquiétudes quant au volume important d’importations d’espèces strictement protégées vers Vantara et aux violations potentielles des réglementations sur le commerce international.

Les organisations soulignent qu’« à une époque où les intérêts liés au commerce d’espèces sauvages disposent souvent de moyens financiers considérables et de solides réseaux, alors que le respect des exigences réglementaires manque de financement […], les institutions dotées de ressources et d’une influence importantes devraient soutenir les efforts visant à protéger la faune sauvage dans ses habitats naturels, plutôt que d’encourager une exploitation accrue ». Elles exhortent les États membres de la CITES et Vantara à garantir une transparence totale, un strict respect des règles juridiques et un réel sens des responsabilités afin de protéger les espèces menacées et commercées à l’échelle mondiale.

*Parmi les signataires figurent la Fondation 30 Millions d’Amis, Born Free Foundation, Pan African Sanctuary Alliance (PASA), Pro Wildlife, Species Survival Network (SSN), Wildlife Impact, … et d’autres partenaires internationaux.


Fondation 30 Millions d'Amis
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