Le 13 décembre 2018, nous ouvrions notre centre de sauvegarde, soit 4 années après une rencontre avec un hérisson, arrivé dans la gueule ensanglantée d’un Leonberger. Quelle histoire ! Le parcours fut compliqué car la réglementation qui concerne la faune sauvage peut décourager les personnes les plus motivées. Par ailleurs, je ne connaissais rien à l’espèce et il était très difficile de trouver des experts en France. Je pouvais compter sur plusieurs amis vétérinaires, à Paris et dans la Sarthe mais une chose sont les soins vétérinaires et une autre, bien différente, est la connaissance de l’espèce en tant que naturaliste ou biologiste.
Le travail de soigneur d’un capacitaire* est réalisé sur prescription de vétérinaires. Il faut apprendre les gestes et la rigueur mais le travail le plus important demandé aux capacitaires par les services de l’État, c’est la connaissance de l’espèce. Le capacitaire faune sauvage travaille en tandem avec le vétérinaire. Le vétérinaire soigne et le capacitaire veille à que les soins de l’animal soient adaptés aux besoins de l’espèce et à l’éthique qui concerne la faune sauvage. C’est un sujet complexe car les soins à la faune sauvage doivent être effectués dans l’intérêt de l’animal et en dehors de la vision qu’on a des soins aux animaux domestiques ou de rente.
On soigne un animal sauvage en vue de sa réintroduction dans son milieu naturel.
Pour préparer mon certificat de capacité, il fallait trouver des experts qui connaissent le Hérisson (morphologie, biologie et physiologie, affections courantes, comportements, répartition de l’espèce et réintroductions…) – des expertises très rares en France. Certes, beaucoup d’informations sont disponibles sur Internet (réseaux sociaux, blogs…) mais j’ai compris plus tard que beaucoup de ces recommandations ne sont pas sérieuses, voire même contraires à l’intérêt de l’animal. Cela est un autre sujet -peut-être il sera le sujet d’un autre article.
Très vite, j’ai compris que les experts pour l’espèce se trouvaient au Royaume-Uni. J’ai contacté la British Hedgehog Preservation Society (BHPS). J’y ai fait la connaissance du Dr Pat Morris et ai découvert ses travaux sur le Hérisson d’Europe. C’est grâce à lui que j’ai tout appris : j’ai lu tous ses livres et ses études scientifiques, j’ai découvert les autres chercheurs qui collaborent avec lui, j’ai découvert par lui le monde fascinant du Hérisson. J’ai obtenu mon certificat de capacité haut la main avec les félicitations du jury.

Pat Morris a été, est et sera notre référence sur l’espèce. Nous vous avons préparé une présentation du scientifique en fin de page. Alors, j’ai toujours désiré faire sa connaissance, de discuter avec lui et de créer un lien particulier. C’était un souhait mais je ne pensais pas qu’il se réaliserait un jour…
Lors de l’International Hedgehog Conference for Professionals à Copenhague du 17 – 18 janvier derniers, organisée par la Docteure Sophie Lund Rasmussen la « Jane Goodall of hedgehogs », elle m’avait proposé de nous rencontrer à l’Université d’Oxford en juin pour un événement. Sophie, qui travaille de manière régulière avec Pat Morris, m’avait proposé de contacter Pat pour un déjeuner ensemble. Pat a accepté l’invitation et malgré son âge (83 ans) il s’est déplacé de Londres pour faire ma connaissance. J’étais aussi excité qu’un lycéen qui vient de passer son Bac ! Quel honneur ! Ce déjeuner sera un moment inoubliable, plein d’émotion. J’étais devant deux éminents scientifiques sur l’espèce et un lien très fort s’est créé entre nous. [photo Sophie + Pat]

Erinaceus France va collaborer avec Sophie pour plusieurs projets scientifiques dont un probablement au niveau européen dans le programme HORIZON-EU de la Commission Européenne. Le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) et le Zoo de Paris y participeront également. Pat Morris nous a encouragés dans cette démarche scientifique et il va suivre les travaux de Sophie. Depuis ce déjeuner, Pat et moi avons continué nos échanges par mail sur le Hérisson d’Europe et une belle relation qui dépasse le travail scientifique a vu le jour.
Ces échanges sont très importants pour le Hérisson car ils permettront de mieux connaître l’espèce en collectant des données scientifiques inexistantes à ce jour.La Ville de Paris, notre partenaire, suit avec intérêt cette collaboration et nos études seront utiles pour le plan de protection de la biodiversité de Paris.
Si mon désir de rencontrer Pat Morris était à l’origine purement personnel, la rencontre s’est transformée en travail scientifique bien utile pour l’espèce.
I love Pat Morris.
Pat Morris – Qui est-il ?
Le Dr Pat Morris a été maître de conférences en zoologie à Royal Holloway (Université de Londres) jusqu’à son départ à la retraite anticipée en 2002. Il y a formé des générations d’étudiants, dont beaucoup ont par la suite fait carrière dans les domaines de la biologie et de la conservation. Il a également dispensé des cours du soir pour adultes à l’Université de Londres pendant 20 ans. Surtout connu pour ses travaux sur les hérissons menés au cours des 50 dernières années, il a aussi dirigé des études sur les campagnols amphibies, les chauves-souris, les loirs gris et les écureuils roux. Il a piloté un important programme de recherche et de conservation consacré au muscardin pour le compte d‘English Nature, l’ancien organisme public chargé de la conservation de la faune sauvage. Cette approche axée sur une espèce spécifique a permis de faire progresser considérablement les connaissances sur cet animal auparavant insaisissable, d’établir le Programme national de suivi du muscardin (le premier du genre pour un mammifère terrestre britannique) et de sensibiliser efficacement le public aux enjeux majeurs de conservation, notamment grâce à un vaste projet de science participative ayant abouti à la création d’une nouvelle carte de répartition de l’espèce.
Il a siégé à une commission d’enquête gouvernementale sur les blaireaux et la tuberculose bovine, ainsi qu’à trois comités d’évaluation officiels portant sur des recherches sur la faune sauvage financées par l’État. Ancien président de la Mammal Society, il a reçu la médaille d’argent de cette organisation. Il a été membre du conseil d’administration du National Trust pendant 15 ans et a présidé, durant 6 ans, son comité consultatif sur la conservation de la nature. Vice-président du London Wildlife Trust, il est également membre de deux autres associations locales de protection de la nature, de la RSPB et de diverses organisations dédiées à l’histoire naturelle et à la conservation ; il est par ailleurs le premier membre honoraire à vie de la Guild of Taxidermists. Pendant trois ans, il a codirigé l’école d’été internationale du Durrell Institute consacrée à l’élevage et à la conservation des espèces menacées, au zoo de Jersey. Nommé premier président de la British Hedgehog Preservation Society, il agit régulièrement en tant que conseiller scientifique auprès du People’s Trust for Endangered Species. Il a siégé au conseil de la Linnean Society of London (2012-2015), a présidé l’Ecology & Conservation Studies Society (2012-2015) et a été président de la Camberley Natural History Society pendant 42 ans.
Il a publié plus de 80 articles scientifiques, principalement consacrés aux mammifères, et a écrit des ouvrages sur les chauves-souris, les loirs, les hérissons ainsi que (avec son épouse) sur l’histoire naturelle des lacs. Son ouvrage sur le hérisson, paru dans la collection New Naturalist, a été publié en 2018. Il a agi en tant que consultant pour le volume consacré aux mammifères britanniques de la collection Nature Lover’s Library du Reader’s Digest ainsi que pour les séries documentaires en fascicules Wildlife of Britain et The Living Countryside ; il a également collaboré à de nombreux livres et magazines d’histoire naturelle et conseillé la poste britannique (Post Office) sur la conception de timbres représentant des mammifères. Conférencier apprécié sur des sujets liés à l’histoire naturelle, il a participé pendant de nombreuses années à des émissions de radio et de télévision de la BBC, notamment The Great Hedgehog Mystery et The Incredible Edible Dormouse. Il a beaucoup voyagé, effectuant notamment cinq expéditions zoologiques en Éthiopie et vingt-deux séjours aux États-Unis, où il a visité 47 États. Ces voyages ont été principalement financés par les revenus de son agence de photographie animalière.
Durant son temps libre, il a cultivé un intérêt de longue date pour l’histoire de la taxidermie, publiant dix livres (entre 2003 et 2026) et plusieurs articles sur ce sujet. Il figure parmi les inspecteurs du DEFRA chargés d’évaluer l’âge et l’authenticité de pièces de taxidermie anciennes. En 2012, la Society for the History of Natural History lui a décerné la « Founder’s Medal » et, en 2015, il a été nommé membre de l’Ordre de l’Empire britannique (MBE) lors de la promotion du Nouvel An pour services rendus à l’environnement naturel et historique.
Il s’exprime à titre purement personnel et non au nom des organisations avec lesquelles il collabore ou a collaboré par le passé.
* Certificat de capacité et autorisation d’ouverture pour la détention d’animaux d’espèces non domestiques https://www.loire-atlantique.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Faune-sauvage-captive/Certificat-de-capacite-et-autorisation-d-ouverture
Crédit photo : Erinaceus France

Manuel de Aguire
Responsable Capacitaire
Président d’Erinaceus France






