ActualitésAnimaux domestiquesSurmortalité dans les élevages pendant la canicule : il est urgent d’adapter les pratiques et les infrastructures au changement climatique

Welfarm6 juillet 20265 min

Alors que la canicule de juin 2026 a provoqué la mort de centaines de milliers d’animaux dans les élevages français, il est urgent d’opérer une transformation profonde des pratiques d’élevage et des conditions de transport des animaux. Depuis de nombreuses années, l’association de protection animale Welfarm se bat pour accélérer ces évolutions nécessaires, afin de réduire durablement les souffrances subies par les animaux élevés pour la consommation humaine lors des vagues de chaleur.

La canicule de juin 2026 a provoqué une mortalité exceptionnelle dans les élevages français, particulièrement dans les élevages de volailles. Si aucun bilan national définitif n’est disponible à l’heure où nous écrivons ces lignes, les données disponibles suggèrent que plusieurs centaines de milliers, voire plus d’un million de volailles pourraient avoir péri durant cet épisode de chaleur, entraînant la saturation des services d’équarrissage dans plusieurs régions.

Les volailles ne sont pas les seules espèces qui ont fait les frais de cet épisode météo. Le dirigeant d’une entreprise d’équarrissage de l’Orne a notamment évoqué des surmortalités de + 1200 % pour les volailles, + 40 % pour les bovins et + 55 % pour les porcs par rapport à l’an dernier à la même période.

Face à cette hécatombe, il est urgent d’agir pour adapter les élevages aux vagues de chaleur, de plus en plus fréquentes et intenses en raison du changement climatique.

Welfarm porte plusieurs demandes pour mettre fin aux souffrances endurées par les animaux dans les élevages et lors de leur transport lors d’épisodes caniculaires :

  • réduire les densités dans les élevages, en particulier parce que les surdensités sont un facteur aggravant du stress thermique ;
  • offrir un accès au plein air ou, a minima, à des vérandas ou des courettes ;
  • planter des haies, arbres et arbustes sur les parcours extérieurs afin de permettre aux animaux de bénéficier de zones ombragées ;
  • permettre aux animaux d’adapter leur rythme d’activité en fonction de la température, notamment en leur donnant la possibilité de se nourrir aux heures les moins chaudes ;
  • adapter le mode de logement et l’aménagement du bâtiment de manière que les animaux puissent adopter sans gêne les postures contribuant à baisser leur température interne ;
  • permettre aux animaux d’exprimer leurs comportements naturels, notamment ceux qui participent directement ou indirectement aux mécanismes thermorégulateurs ;
  • adapter la sélection génétique et/ou les croisements dans un sens favorable au bien-être animal. Il s’agit notamment d’intégrer la thermorésistance aux critères de sélection génétique ; de favoriser les croisements avec les races plus tolérantes à la chaleur ; abandonner les souches dites « à croissance rapide », qui ont des besoins énergétiques supérieurs aux autres et dégagent généralement plus de chaleur, ce qui augmente leur vulnérabilité ;
  • Adapter le choix des sites et la conception des bâtiments au réchauffement climatique ;
  •  interdire les transports d’animaux par fortes chaleurs. Welfarm demande de définir des seuils de températures spécifiques à chaque espèce transportée et d’imposer une stricte interdiction des transports hors de cette zone de confort thermique. De plus, aucun animal ne devrait être exporté vers les pays tiers de l’Union européenne : ces trajets peuvent durer plusieurs jours, voire semaines, alterner voyages par route et par mer et nécessiter de longs temps d’attente aux frontières.

Dans un rapport de décembre 2020, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAER) formulait sept recommandations à destination des pouvoirs publics afin de mieux prévenir et gérer les conséquences des vagues de chaleur.

L’une d’entre elles était la suspension de la possibilité donnée aux préfets d’accorder des dérogations aux densités d’animaux dans les élevages de poulets de chair, permise par l’arrêté ministériel du 28 juin 2010, sur la période du 1er mai au 15 août.

En effet, les surdensités dans les élevages sont un facteur aggravant du stress thermique pour les volailles et sont donc à proscrire lorsqu’il y a un risque d’épisode caniculaire.

Malheureusement cette recommandation n’a pas été entendue, et aucune suspension des dérogations n’a été mise en place, malgré la multiplication des vagues de chaleur ces dernières années.

Lorsque la chaleur devient insupportable, des animaux d’élevage continuent d’être transportés sur les routes par camion, sans protection juridique suffisante et parfois même au mépris de la réglementation protégeant les animaux en cours de transport.

Pour documenter ces transports afin d’alerter les parlementaires et de faire évoluer la réglementation en la matière, Welfarm a créé en 2020 l’application Truck Alert.

Elle permet de signaler les transports d’animaux vivants effectués sur le territoire français lorsque les températures dépassent les 30 °C.  Depuis son lancement, Truck Alert a permis, parmi plus de 1 200 signalements, d’épingler plus de 600 camions transportant des animaux d’élevage par plus de 30 °C, potentiellement en infraction avec la réglementation protégeant les animaux en cours de transport.

Crédit photo : Studio Porto Sabbia


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