Culture contemporaineNuméro 4Rosa Bonheur, par Isy Ochoa

Isy Ochoa15 juillet 20217 min

Le Musée d’Orsay présentera une exposition consacrée à cette femme hors du commun à l’occasion du bicentenaire de la naissance de l’artiste en 2022. Le grand public ne connaît principalement de Rosa Bonheur que ses œuvres majeures,  Le labourage Nivernais  exposé au musée d’Orsay et Le marché aux chevaux  visible au Metropolitan Museum of Art de New York.

Une destinée précoce

Née le 16 mars 1822 à Bordeaux dans une famille d’artistes, Marie-Rosalie Bonheur, dite Rosa Bonheur, a marqué son temps. Célèbre dès son plus jeune âge, elle donnera à l’art animalier ses lettres de noblesse.

Elle se spécialise, dès l’âge de seize ans, dans la peinture animalière, un genre longtemps tenu pour mineur, qui connaitra son apogée à la fin du xixe siècle avant qu’il n’ait droit, en 1912, à son premier salon d’Art.

Son talent se révèle à l’occasion du Salon annuel de peinture et de sculpture de Paris, « Le Salon », où elle expose pour la première fois en 1841. Le peintre Delacroix, Corot et  quelques autres de ses condisciples la considèrent comme une des leurs : « Elle peint comme un homme ! » peut-on entendre dans les salons.

D’ailleurs, cette femme émancipée et libre de mœurs obtiendra du Préfet l’autorisation de s’habiller en homme afin de mieux battre la campagne sur son cheval qu’elle montait à califourchon.

La renommée de Rosa Bonheur s’envole. Ses toiles s’exportent en Angleterre et aux Etats-Unis grâce aux marchands de tableaux, les frères Tedesco à Paris, et Ernest Gambart à Londres, qui promeuvent sans peine son génie. Les expositions, les médailles, les acquisitions par des gens fortunés et les commandes de l’état s’enchaînent.

L’appel de la nature

Passionnée par toutes les facettes du monde animal, Rosa Bonheur quitte Paris à l’âge de 40 ans pour se rapprocher de la nature. Elle s’installe au château de By à Thomery en Seine-et-Marne.

La proximité de la nature lui manque terriblement et la vie parisienne ne lui plait pas. Lasse des importuns et des mondanités, elle « s’en va aux oiseaux », selon son expression, et fuit le tumulte parisien. Dans cette propriété de quatre hectares située en lisière de la forêt de Fontainebleau qui l’inspirera par ses paysages variés et sa faune, Rosa passera la seconde partie de son existence.

Elle dessine aussi, et brillamment. Le dessin est la qualité maîtresse de son œuvre. Dans un cabinet aux études qui jouxte son atelier, s’empilent des milliers d’études et de croquis, étapes préliminaires à l’élaboration de ses tableaux qu’elle conserve tel un trésor. « Il faut se garder de prendre la palette avant d’être sûre de savoir manier le crayon » écrira-t-elle.

Plus tard, Rosa Bonheur fera usage de la photographie – elle achète à Nadar des portraits d’animaux – puis elle photographiera elle-même animaux et paysages. Toujours en avance sur son temps, elle crée son propre laboratoire photographique et fait elle-même ses tirages à partir des plaques de verre.

L’arche de Rosa Bonheur

Les animaux sont le fil rouge de sa vie et de son œuvre. Elle peint bœufs, moutons, chèvres, chevaux qu’elle croise en France ou lors de ses voyages à l’étranger, en Angleterre et en Ecosse. Les animaux sont même le plus souvent le but réel de ses déplacements.

Au « château », elle crée son propre monde. Elle installe sous ses fenêtres et dans les dépendances une véritable ménagerie composée d’animaux sauvages et domestiques. Après la guerre contre la Prusse, elle fera l’acquisition de lions. « La guerre avait donné à mes préoccupations une sorte de tournure tragique. C’est sûrement à l’influence de nos désastres que j’attribue le sentiment qui m’a fait abandonner un peu l’étude des animaux pacifiques dont je m’étais occupée jusqu’alors, pour celle des lions et des tigres » dit Rosa Bonheur pour justifier sa nouvelle passion.

Depuis la conquête de l’Algérie en 1830 et d’autres pays d’Afrique et d’Asie, les colonisateurs se livrent à une razzia sur la faune sauvage. Il devient alors très facile de se procurer des animaux « exotiques ». Ceux-ci sont même à la mode et deviennent le but de collections de nombreuses personnalités.

Delacroix et Géricault seront les premiers à dessiner ces nouveaux spécimens, une girafe d’Egypte et des lions après leur arrivée au Jardin des Plantes. Il va sans dire qu’aucune loi n’encadrait alors la capture, l’importation et la possession de ces animaux dont l’acclimatation échouait la plupart du temps. Les animaux mourraient dans les mois qui suivaient leur arrivée en Europe.

Une défenseuse de la cause animale

Par sa vie, ses engagements et sa force de caractère, Rosa Bonheur est étrangement actuelle et moderne. Ses préoccupations font en effet écho aux questions que se pose aujourd’hui, en particulier, la société sur le bien-être animal. Elle est un des premiers membres actifs de la Société Protectrice des Animaux, créée en 1845, dont les actions influenceront la création de la loi Grammont de 1850 qui « punit ceux qui exercent publiquement et abusivement des mauvais traitements envers les animaux domestiques ».

En son temps, Rosa a dévoilé l’extrême brutalité à laquelle les animaux étaient soumis dans les abattoirs en réalisant des croquis plus vrais que nature. Dans ses souvenirs, elle écrit « Je m’installais dans les boucheries à côté des tueries. Le sol était rouge de sang. Il faut avoir la passion, le culte de son art pour vivre dans ce milieu d’horreurs, cette brutalité repoussante de ces grossiers tueurs de bêtes. »

Tout au long de sa vie, Rosa Bonheur fut convaincue que « les animaux (avaient) une âme ». Si les animaux bénéficient aujourd’hui du droit d’être protéger à défaut d’avoir une «âme», comme Rosa Bonheur l’a toujours cru, il aura fallu attendre la loi du 16 février 2015 pour que l’animal soit enfin considéré dans le Code civil comme un « être vivant doué de sensibilité ».

Une femme engagée

Rosa Bonheur ne se contente pas de peindre cette nature généreuse. Ecologiste avant l’heure, elle intervient quand bucherons et carriers s’apprêtent à détruire les 25000 hectares de massif boisé, faisant jouer ses relations et sa notoriété.

Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, alors qu’elle possède un cheptel de quarante moutons, elle met un point d’honneur à ne manger aucun de ses animaux, tandis que les Parisiens, victimes d’un blocus, sacrifient les animaux du Jardin des Plantes et consomment leur viande.

Comment ne pas se rappeler le tragique destin des éléphants « parisiens » ? Dans « Choses vues », Victor Hugo, laconique, écrit : « On a abattu l’éléphant du Jardin des Plantes. Il a pleuré. On va le manger». Dans les restaurants, on sert de l’antilope, du chameau, de l’éléphant, du kangourou. Les Parisiens les plus pauvres se contentent de rats, de chiens et de chats. Plus tard, Rosa fera don au Jardin des Plantes de ses propres animaux sauvages, en particulier de ses lions.

Femme de caractère, indépendante, originale et talentueuse, Rosa Bonheur aura traversé un xixe siècle jalonné de bouleversements politiques, de transformations sociales et de progrès techniques. C’est la découverte d’une artiste moderne que je propose au jeune public à travers mon dernier ouvrage, « Rosa Bonheur ».

« Rosa Bonheur »

Date de parution : décembre 2021 / Domaine : Jeunesse / 72 pages / Format (fermé) : 23 x 32 cm / ISBN : 978-2-9576768-1-1 / Prix public : 20 euros TTC

Une collecte est en ligne : fr.ulule.com/rosa-bonheur/

Le château de By est ouvert au public. www.chateau-rosa-bonheur.fr/

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Artiste diplômée de l’école Supérieure d’Arts Graphiques (ESAG)
Ouvrages publiés aux Éditions du Chêne, Parigramme, Minerva, Solar, Gautier-Languereau

Il y a un commentaire

  • FLORES BETTY

    4 août 2021 à 9h22

    MERCI UN GRAND MERCI A CETTE PRODIGIEUSE FEMME DE SON TEMPS OU TOUT ETAIT DUR ,ELLE FUT POUR LA CAUSE ANIMALE UNE MERVEILLEUSE ADEPTE

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