Culture contemporaineNuméro 4Questions à Emilie Devienne, quand les animaux s’invitent dans nos lectures

Savoir Animal15 juillet 20215 min

Dans la littérature, les animaux réels ou imaginaires ont toujours occupé une place de choix et la liste serait interminable des Croc-Blanc, Lassie, Snoopy, Bendico, Bagheera qui peuplent par centaines nos lectures. Emilie Devienne, coach et auteure d’une vingtaine d’ouvrages a notamment publié Truffe et sentiments et plus récemment, J’ai écouté le bruit des anges.  Nous l’avons rencontrée…

Il semblerait que les animaux occupent une véritable place dans votre vie, vous pouvez nous en dire plus ?

Depuis mon enfance, nous avons toujours accueilli des animaux à la maison. Rien que de très classique : chiens, canaris, les poissons rouges gagnés à la kermesse… Plus tard, nous avons eu deux chevaux aussi. Tous ont été mes compagnons, mes confidents, ceux qui me dispensaient une affection, j’oserais même dire un amour infini. Puis, quand j’ai su lire, ce sont les animaux de fiction qui ont complété ce lien : Mon ami Flicka, Le retour de l’étalon noir, Belle et Sébastien, Les 101 Dalmatiens, Les Aristochats, sans parler du Dr Doolittle et tant d’autres films que je regarde encore avec plaisir. J’évite juste de replonger dans des lectures ou des visionnages trop tristes, Tombouctou par exemple, même si ce roman de Paul Auster est magnifique ou, Les mémoires d’un âne. Je l’ai lu enfant, après, terminé. Ce pauvre Cadichon, je n’arrive pas à prendre de recul !

Justement, vous évoquez Cadichon et dans votre deuxième roman, J’ai écouté le bruit des anges, on retrouve un âne aussi ?

Oui, vous avez raison, mais heureusement, Curcuma ne souffre pas autant que dans le roman de la Comtesse de Ségur ! Au contraire, il est choyé et veille à son tour, au bien-être des humains de son entourage. Dans J’ai écouté le bruit des anges, mon héroïne va hériter de ce petit âne gris âgé de cinq ans. Je vis à Paris, impossible d’avoir un âne, bien entendu, mais je les aime et quand je vais en randonnée, si j’en croise, je deviens gâteuse ! Ce sont des animaux d’une rare humilité, affectueux, courageux. En outre, il est éminemment intelligent. C’est bien pour cela qu’à l’école à l’époque – heureuse – où les maîtresses pouvaient encore imposer une certaine discipline aux élèves, on punissait un enfant en le mettant au coin avec un bonnet d’âne. Il s’agissait de lui donner, symboliquement, l’intelligence de l’âne. Un contre-sens est trop souvent fait autour de l’âne bête comme ces élèves paresseux ou indisciplinés. C’est tout le contraire et je suis attachée à rétablir la vérité.

Pourquoi ce titre, J’ai écouté le bruit des anges ?

Edaine, mon héroïne, va recevoir une lettre d’une vieille dame décédée qui l’invite à écouter le bruit des anges et j’ai choisi de retenir cette phrase pour le titre. Cette respectable Eugénie suggère ainsi à Edaine d’être sensible aux signes que la vie va glisser sur son chemin pour qu’elle reste maître de son destin.

Ce roman a été publié au Québec, puis en France ?

Exactement. D’abord chez Edito (le groupe Gallimard à Montréal), puis ici, j’ai fait le choix de l’auto-édition pour tenter l’expérience avec Librinova. Mon premier roman, Truffe et sentiments avait aussi été publié d’abord chez Edito, puis en France chez un éditeur, Pygmalion.

Truffe et sentiments ?

Oui, là, il n’y a pas d’âne, mais un chien, Gibus. C’est un border collie mâtiné griffon. Autant dans J’ai écouté le bruit des anges, Curcuma est un personnage, mais pas le héros, dans Truffe et sentiments, c’est bien Gibus le pivot de l’histoire. Il va être adopté après avoir été honteusement abandonné et va se retrouver, quelques années plus tard, aux prises avec le divorce de ses maîtres. Cette rupture et les projets de recompositions familiales vont lui donner beaucoup de fil à retordre.

Vos histoires sont plutôt joyeuses tout en évoquant des sujets de société, ici la séparation d’un couple et dans J’ai écouté le bruit des anges, le chagrin d’amour. Pourquoi ce choix ?

Même si j’ai la chance d’avoir une vie assez épargnée des horreurs qui affectent nombre de personnes, j’ai aussi eu mon lot d’épreuves et je ne sais pas ce qui m’attend ! Cependant, par discipline et par volonté, j’ai toujours fait le choix d’un optimisme lucide et réaliste. S’écrouler certes, accuser le coup, certes, mais après, il faut se donner les moyens de rebondir. Comme l’écrit Edaine : « Une fois assénée la claque amoureuse, il nous appartient de choisir le plus tôt possible ce que l’on veut faire de son chagrin. » et plus loin, elle paraphrase Rainer Maria Rilke qui invitait le jeune poète à « ne pas gaspiller son courage ». Elle, elle recommande de « ne pas gaspiller » ses douleurs. Voilà pour l’explication disons plus personnelle.

Après, il y a une raison de confort d’écriture. Je passe des années avec mes personnages, puis des mois une fois lancée dans l’écriture. Alors j’aime autant que l’univers dans lequel je vis ces longues heures soit agréable, sans pour autant faire l’économie des revers qui épicent l’histoire.

Quels sont vos prochains projets de livres ?

Je mets la dernière main à un roman où Astrid, la femme de mon héros, aura un magasin d’accessoires pour animaux de compagnie, mais je ne vous en dis pas davantage sur l’argument. Simplement, elle aura deux chats, Caramel et Tagada. Et je commence un essai sur le bien-être que nous procure les animaux. Il paraîtra en juin 2022 aux éditions Eyrolles.


Nous allions lui demander si, aujourd’hui encore, Emilie avait des animaux quand son chat, Lémur, un abyssin accueilli quand il avait quinze mois, s’est invité dans l’échange. Sa fierté d’être son humaine de compagnie se lisait dans son regard…

http://www.emilie-devienne.com/

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