Numéro 14ConsommationUne première en France : un collectif accompagne les éleveurs en quête de changement

Audren Davo15 janvier 202436 min

Lancé en octobre 2023, le collectif Terres en Transition a pour ambition d’accompagner les éleveurs qui le souhaitent vers des modèles de production 100 % végétale rentables, durables et éthiques.

Silvère Dumazel et Virginia Markus lors du lancement du collectif à Paris en octobre 2023. @Fairshot

Le concept existe déjà aux États-Unis et en Suisse, mais l’initiative n’avait pas encore  été lancée en France. Né d’une rencontre entre Silvère Dumazel, co-fondateur de l’association française Transiterra, et Virginia Markus, fondatrice de l’association suisse romande Co&xister, Terres en Transition a été créé avec l’idée de mutualiser des compétences et des ressources afin d’apporter des solutions personnalisées aux professionnels de l’élevage souhaitant transitionner pour des raisons économiques, environnementales ou éthiques. Le collectif accompagne les éleveurs dans divers projets, que ce soit pour basculer vers un modèle de production végétale, transmettre une exploitation à des porteurs de projets agroécologiques ou tout simplement changer de métier.

Bien que les deux associations ne se positionnent pas de la même manière sur la question de l’élevage, elles partagent à travers Terres en Transition l’ambition commune « d’accompagner des projets de reconversion vers des modes de production plus respectueux de la chaîne du vivant, alliant les humains, l’environnement et les animaux », et ce, toujours selon l’initiative de l’éleveur lui-même à opérer un changement.Cette vision commune associée à une complémentarité certaine leur permettent de répondre à des besoins spécifiques et de s’adresser à différents types d’élevage.

Virginia, ex-éducatrice sociale, a entre autres de solides compétences dans l’accompagnement psychologique et socialdes éleveurs souhaitant transitionner pour des raisons éthiques et écologiques, et se spécialise surtout sur des élevages de type extensif.

« L’association Co&xister oeuvre en faveur d’une cohabitation respectueuse entre les humain-e-s et les animaux, en montrant ainsi qu’elle est non seulement possible, elle est même nécessaire et salvatrice. » – Virginia –

Elle a déjà accompagné une dizaine d’éleveurs en Suisse, dont Valérie et Stéphane Baud, ex-éleveurs de bovins, aujourd’hui gérants de la boulangerie végétale Aux pains sans peines, et organise des formations à destination des personnes souhaitant créer un refuge ou sanctuaire pour animaux dits « de rente ».

Silvère et Joachim, deux petits-fils d’éleveurs, ont quant à eux une approche agroécologique solidaire, et accompagnent ceux qui ont des motivations économiques ou environnementales à changervers des productions rentables, durables et résilientes.

« La transition agricole ne se fera qu’en étant socialement équitable. Nous devons construire une agriculture performante et durable qui n’oublie personne ! » – Silvère –

Culture de pleurotes en bâtiments. @Transiterra

Ils ont déjà réalisé un travail exploratoire prometteur sur la restructuration de bâtiments d’élevage intensif vers des productions de pleurotes, shiitake, micropousses et chanvre. L’association est actuellement en lien avec un éleveur de lapins pour l’aider à transmettre son exploitation à des repreneurs prêts à produire du végétal.

Le modèle agricole actuel souffre de nombreux maux, et les enjeux de la transition sont de taille. Si les impacts environnementaux de l’élevage ont largement été diffusés auprès du grand public (émission de GES, pollution des sols et des eaux, réduction de la biodiversité, biorésistance, etc.), les difficultés économiques et sociales des exploitants agricoles, et particulièrement des éleveurs, le sont peut-être moins.

Une étude de l’Insee publiée en 2021 révèle que « le niveau de vie des ménages agricoles est plus faible dans les territoires d’élevage ». En effet, si ces ménages sont globalement plus exposés à la pauvreté monétaire (18 % vivent sous le seuil de pauvreté[1]), cette proportion atteint 25 % chez les éleveurs bovins. Par ailleurs, près de la moitié des agriculteurs ont 50 ans ou plus, ce qui pose un enjeu de taille pour le renouvellement des générations et la transmission des exploitations dans les 10-15 années à venir. Silvère en a bien pris la mesure, et confirme « qu’aider les porteurs de projets [agroécologiques] à s’installer sur des exploitations d’élevage, à diversifier ces exploitations et à les restructurer, sont probablement les voies les plus intéressantes à l’avenir».

Virginia et Bhutsy dans le sanctuaire qu’elle dirige à Bex en Suisse. @Co&xister

À ces problématiques s’ajoutent des attentes sociétales grandissantes en matière de bien-être animal, qui évoluent en large majorité en faveur d’un meilleur traitement des animaux d’élevage. C’est ce qu’illustre un sondage d’opinion réalisé en 2022 par l’IFOP dans lequel 85 % des français se disent favorables à l’interdiction de l’élevage intensif, soit une augmentation de 4 points par rapport à 2020. De son côté, Virginia a également pu constater que le dilemme moral peut être une source de difficulté pour beaucoup de professionnels de l’élevage. Car nombreux sont ceux qui exercent ce métier par amour des animaux et du travail de la terre, mais ne parviennent plus à répondre aux besoins fondamentaux de leurs animaux en raison des contraintes de productivité toujours croissantes. Elle explique que certains sont exposés à « un vrai cas de conscience » et ont « de plus en plus de mal à amener leurs animaux à l’abattoir. »

Visite d’un élevage de poulets en Pays de la Loire. @Fairshot

Le collectif espère agréger avec le temps d’autres organisations agricoles, agroécologiques et animalistes qui partagent la même ambition. Pour l’instant à l’état embryonnaire, les prochaines étapes sont le développement du réseau et  la médiatisation, points clefs pour être identifiés auprès des exploitants agricoles. Silvère, conscient de l’enjeu, insiste sur le point de la visibilité car « il y a peu de façons d’aller parler à des éleveurs qui sont parfois reclus, ont parfois honte parce qu’ils n’arrivent pas à performer sur leur exploitation, et ne vont pas vouloir s’expose­r. » Une autre étape importante sera également de rencontrer des représentants du monde agricole et des écoles de l’agriculture afin de se présenter et d’échanger. Un enjeu de taille pour ce jeune collectif.

Pour en savoir plus : terres-en-transition.fr


[1] Le seuil de pauvreté est fixé à 13 000€ par an pour une personne seule en 2018


Audren Davo
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3 commentaires

  • Roisné Hervé

    10 février 2024 à 9h47

    Bonjour, je suis néo paysan à la retraite, j’ai 6 ânes sur 10 hectares, et je cherche une ou des personnes ayant déjà un sanctuaire, ou voulant le créer. Je laisse à disposition les terrains gratuitement, pour y installer un sanctuaire. Si quelqu’un (une), est intéressé. tel, 0781770152 (laissez un message).

    Répondre

  • Schmid

    23 janvier 2024 à 10h33

    Bonjour,
    Membre du Parti animaliste (mais aussi engagé dans le monde associatif de la protection animale), je participe à un groupe de travail sur un nouveau modèle agricole que nous voulons porter lors de la prochaine campagne pour les Européennes.
    Votre article et la démarche de Terres en Transition entrent en totale résonnance avec le projet que nous élaborons.
    J’aurais aimé aller un peu plus loin avec vous sur ce sujet.
    Pourriez vous trouver un moment pour me contacter en vue d’un échange téléphonique?
    Mon téléphone : 06 08 25 22 29
    Merci beaucoup
    Denis Schmid

    Répondre

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