Après les incendies, un citoyen demande un temps de répit pour la faune sauvage
Je vis dans le Cantal, en Auvergne, où j’accueille des animaux abandonnés ou promis à l’abattoir. Je ne suis ni professionnel de la politique ni porte-parole d’une association. Je suis un citoyen engagé, sans étiquette et sans budget. C’est de là qu’est partie ma démarche.
Le 14 juillet 2026, j’ai lancé la pétition « Pas de fusils sur les cendres ». Sa demande est simple : suspendre la chasse dans les forêts ravagées par les incendies (et sa partie limitrophe de 5 kms), le temps que les milieux et la faune puissent se reconstituer. Pour comprendre ce que cela implique, je me suis documenté, j’ai lu et j’ai sollicité des personnes compétentes.
Après un incendie, la forêt ne retrouve pas son équilibre du jour au lendemain. Le feu détruit des abris, des nids et des ressources alimentaires. Les espèces les plus mobiles parviennent parfois à fuir, mais les jeunes animaux et de nombreuses petites espèces sont particulièrement vulnérables. Même les animaux qui survivent doivent ensuite trouver de quoi se nourrir, se cacher et se reproduire dans un paysage profondément transformé. Les conséquences varient selon l’intensité du feu, la saison, le milieu et les espèces présentes.
La régénération est un processus complexe. Certaines plantes repoussent à partir de leurs racines ou de graines restées dans le sol. D’autres arrivent depuis les zones épargnées. La faune participe elle aussi à cette dynamique : des oiseaux et des mammifères transportent des graines, tandis que les insectes pollinisateurs contribuent à la reproduction de nombreuses plantes. Le retour de la vie se construit par une multitude d’interactions, à des rythmes différents.
On entend parfois que les herbivores empêcheraient la végétation de repousser parce qu’ils mangent les jeunes pousses. La pression exercée par les herbivores peut effectivement peser sur la régénération dans certains contextes. Mais cela ne suffit pas à résumer le fonctionnement d’un écosystème, ni à justifier automatiquement le maintien de la chasse dans une zone incendiée. Chaque site a ses caractéristiques ; il faut regarder l’état du milieu, les espèces présentes et les effets attendus des mesures envisagées.
C’est précisément pour cela que je demande un moratoire de trois ans sur la chasse dans les zones incendiées, avec un périmètre autour, afin de laisser un temps de répit aux animaux survivants et de suivre la reconstitution des milieux. Trois ans constituent la durée que je propose, pas une règle scientifique universelle : la récupération écologique peut être plus rapide pour certaines espèces et beaucoup plus longue pour d’autres. Une mesure nationale permettrait, selon moi, d’éviter que la protection varie fortement d’un territoire à l’autre.
Je ne demande pas, par cette pétition, l’abolition de la chasse. Je demande une mesure ciblée, temporaire et liée à une situation exceptionnelle. Après un incendie, les animaux ont perdu une partie de leurs refuges et de leurs ressources. Leur laisser de l’espace et du temps me paraît être une précaution élémentaire.
La pétition a dépassé les 527 000 signatures au moment où le chiffre a été relevé dans mon texte initial. [Ce nombre devra être actualisé avant publication]. Derrière chaque signature, je vois une personne qui a choisi de ne pas détourner le regard.
Un regard devenu symbole
Mon logo a été réalisé à partir d’une photographie de Virginie Charles, photographe animalière en milieu sauvage. Je la remercie pour son autorisation et son soutien : le regard de ce brocard est devenu celui de la pétition.
La démarche a également reçu le soutien de plus de cinquante associations, parmi lesquelles One Voice, le PACCT Officiel Rambouillet, l’ASPAS, AVES France, qui m’ont apporté leur aide et leur soutien. Chacune conserve son identité et ses combats. Pour ma part, je tiens à garder le cap sur la demande initiale : un moratoire après les incendies, sans récupération partisane. D’autres combats suivront sous d’autres formes, c’est inévitable : Chasse à courre, déterrage, élevages de gibiers pour la chasse, âge du permis de chasse…Chaque combat est un pas vers la victoire.
J’ai écrit à plusieurs responsables publics et autorités, dont le président de la République, le Premier ministre, les présidents des deux chambres et les préfets de la Gironde et de la Haute-Garonne pour des dossiers particuliers. À ce stade, je n’ai pas reçu de réponse de fond à la demande de moratoire. La pétition restera ouverte tant que l’État n’aura pas répondu clairement, qu’il accepte ou qu’il refuse la proposition et/ou qu’un député ne se sera saisi de cette proposition de loi.
Le 24 octobre, une Marche pour le Vivant « Pas de fusils sur les cendres » est organisée à Paris, avec un départ prévu place Saint-Sulpice à 13h30, sous réserve de confirmation du parcours par la préfecture. D’autres initiatives sont également annoncées, notamment à Perpignan, Rennes… Chacun peut venir pour faire entendre une idée simple : la nature mérite que nous la traitions avec dignité.
Au-delà de la pétition, j’essaie aussi d’aider les petites associations mobilisées sur le terrain après les incendies. J’ai lancé des appels à l’aide, écrit des courriers et passé des coups de téléphone. Leur travail, souvent mené avec peu de moyens, m’impressionne. Face à l’urgence, elles continuent d’agir pour les animaux qui ont besoin de soins.
Je ne porte pas d’étiquette. Je porte une exigence : que la faune sauvage ne soit pas oubliée dans les décisions prises après une catastrophe. Le vivant ne s’arrête pas aux limites d’un département.
Et lorsqu’un territoire a brûlé, la question devrait d’abord être celle-ci : comment lui donner les meilleures chances de se relever ?
Anticipons l’avenir, que va-t-on faire par rapport à la sècheresse ? il faut, aussi cesser la chasse !
Arrêtons cette arrogance ! Nous sommes invités sur cette planète.
Crédit photo : Virginie Charles :
https://www.instagram.com/virginie_naturesauvage.bzh

Bruno Valentin
Initiateur de la pétition « Pas de fusils sur les cendres »



