En Italie, une mobilisation citoyenne prend de l’ampleur pour changer le statut juridique des équidés – chevaux, ânes, mulets et bardots. L’objectif : les faire reconnaître officiellement comme des animaux de compagnie, et non plus comme de simples “animaux de rente”, afin de leur garantir un niveau de protection et de bien-être à la hauteur de leur sensibilité et du lien qu’ils tissent avec l’humain.
Ce que prévoit l’initiative
Portée par les associations Animal Equality Italia et la Fondation Islander, la proposition de loi d’initiative populaire “Fine corsa” a été officiellement déposée à la Cour de Cassation de Rome le 2 juillet 2026. Elle est actuellement en collecte de signatures officielle sur le site du Ministère de la Justice italien. La collecte se termine le 6 janvier 2027 : au moins 50 000 signatures certifiées sont nécessaires d’ici cette date pour que la proposition soit examinée par le Parlement.
Le texte vise à modifier le cadre juridique actuel (fondé sur la loi 281/1991 et la Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie), en introduisant des mesures précises :
- Inclusion parmi les animaux d’affection : les équidés (chevaux, ânes, mulets et bardots) seraient inscrits dans la catégorie juridique des animaux de compagnie, ce qui interdirait leur assimilation à des animaux de rente ou d’abattage ;
- Interdiction alimentaire et à l’exportation : interdiction absolue de l’abattage sur tout le territoire national, ainsi que de la vente, de la consommation et de l’exportation de viande équine à des fins alimentaires ;
- Fin de la “mise à la casse” : la loi viserait à empêcher la pratique consistant à envoyer à l’abattoir les chevaux en fin de carrière issus des courses hippiques, des sports équestres ou des calèches touristiques, pour éviter les frais d’entretien et de soins ;
- Protections complémentaires : des mesures contre l’exploitation excessive, l’utilisation dans des spectacles dangereux ou stressants, et l’expérimentation scientifique sur les équidés.
En parallèle, un texte porté par les députées Eleonora Evi, Patrizia Prestipinio et Debora Serracchiani est actuellement examiné à la Chambre des députés, en commission Agriculture. Une proposition transversale, également soutenue par la militante animaliste Michela Brambilla, est aussi discutée en commission Environnement — signe d’un consensus politique inhabituel sur ce sujet en Italie.
Un cadre juridique aujourd’hui insuffisant
En Italie comme en France, la définition légale des “animaux de compagnie” repose sur des textes anciens qui excluent de fait les équidés : ils sont aujourd’hui considérés comme des animaux de rente, ce qui autorise leur abattage et leur commerce à des fins alimentaires – malgré le lien affectif fort que beaucoup de propriétaires entretiennent avec eux, notamment dans le cadre d’activités de loisir ou sportives.
Une reconnaissance méritée
Au-delà du cadre juridique, c’est aussi une question de dette historique. Depuis les débuts de l’humanité, le cheval a accompagné et soutenu l’homme dans le transport, l’agriculture, le travail, la guerre puis le sport et les loisirs – contribuant directement au développement de nos sociétés. Beaucoup de défenseurs de cette réforme y voient donc une reconnaissance légitime de ce rôle historique, et non un simple ajustement administratif.
Et en France ?
Le sujet n’est pas propre à l’Italie. Plusieurs propositions de loi similaires ont déjà été déposées en France, notamment par le député Nicolas Dupont-Aignan (2013, 2018 et 2023), visant à inscrire le cheval dans la liste des animaux de compagnie et à interdire son abattage. Ces textes n’ont cependant jamais abouti. Plus récemment, deux nouvelles propositions ont été déposées en ce sens : à l’Assemblée nationale (n° 1830, septembre 2025) et au Sénat (n° 105, novembre 2025), toutes deux actuellement en cours d’examen.
À titre de comparaison, la Grèce a déjà franchi le pas : depuis juillet 2020, les chevaux y sont reconnus comme animaux de compagnie, ce qui a entraîné l’interdiction de leur abattage et de leur consommation. Une initiative citoyenne européenne, “End The Horse Slaughter Age”, a par ailleurs été lancée en 2023 pour porter ce débat à l’échelle de l’Union européenne.
Pourquoi cela nous concerne tous
Ce débat dépasse largement les frontières italiennes. Il pose une question de fond : notre rapport aux équidés a évolué, mais le droit, lui, n’a pas suivi. Faire connaître cette initiative, c’est aussi contribuer à faire avancer la réflexion en France et en Europe sur la place que nous accordons à ces animaux dans notre société.
Pour en savoir plus et soutenir l’initiative italienne :
https://firmereferendum.giustizia.it/referendum/open/dettaglio-open/7100000


Stefano Consiglio
Directeur de magasin



